Deux mois se sont écoulés depuis qu'Hanna a pris la fuite pour échapper à ce monde sombre empli de tueurs et de malfaiteurs.
Deux mois.
Pourtant, Auguste n'a pas dit son dernier mot. Comment peut-il la laisser s'échapper alors qu'elle devient une...
Oups ! Cette image n'est pas conforme à nos directives de contenu. Afin de continuer la publication, veuillez la retirer ou mettre en ligne une autre image.
_________ Hanna
Ma joue brûle lorsque le filet d'eau froide glisse sur mon visage. Je grimace, gémis et observe mon reflet dans le miroir brisé des toilettes. Dans une station-service, presque abandonnée, que nous avons trouvée au bout de quelques kilomètres de marche nocturne, Lucien et moi tentons de reprendre des forces. L'endroit désert, tenu par un caissier à moitié endormi devant son poste de radio, ressemble davantage à une station fantôme, avec ses néons grésillants et cette odeur entêtante d'essence mêlée à l'eau Javel bon marché. L'homme ne nous a même pas remarqués quand nous nous sommes précipités dans les toilettes, sans consommer.
Les fêlures du miroir déforment mon reflet, je reste pourtant consciente que les œdèmes et le coquard à mon œil en sont tout autant responsables. Avec un papier rêche, je tamponne ma pommette et ma tempe pour détacher le sang coagulé. Je déboutonne ma chemise et abaisse ma combinaison de Pisteurs jusqu'à ma taille. Quelques bleus parsemés sur mes bras, mais rien d'alarmant et surtout, pas de sang. Je me passe de l'eau sur le cou, la nuque, les aisselles, aussi rapidement possible, tandis que ma peau se couvre de chair de poule au contact glacé. Je bois directement sous le robinet, des litres et des litres, tant ma gorge est sèche, espérant néanmoins que l'eau soit potable.
Des éclats de rire m'interpellent. Je me détourne vers la porte dont la lumière filtrante dessine les ombres de deux silhouettes. Elle s'ouvre brusquement sur un jeune homme, et je me rhabille aussitôt. Il lève une main, me parle dans une langue que je ne comprends pas, et me fixe sans cligner des yeux, attendant sans doute une réponse.
— Je ne comprends pas, dis-je en remontant le zip de ma combinaison.
— Tu es anglaise ? demande-t-il, donnant un coup de coude à son ami, qui devait être discret dans son imagination.
Galloise, plutôt, mais je préfère me taire en le voyant passer sa langue sur les lèvres. Ils sont grands, bien que fins, l'un brun, l'autre roux, et ma description s'arrête là, car je m'apprête à sortir.
Les deux hommes, sûrement de mon âge, voire plus jeunes encore, me barrent le passage.
— Attends, tu as quoi à la tête ? Tu es toute seule ?
— Je vais bien, merci.
Ils ne bougent pas quand je force le passage. Je serre les dents, et ma mâchoire me lance.
— Écoutez, j'ai passé une sale journée. Poussez-vous.
Je m'attendais à tout sauf à des éclats de rire.
— C'est ton mec qui t'a frappée ?
Mes sourcils se froncent. Quelle conversation lunaire. Pourquoi rire d'une telle situation ? Je sors de ma torpeur lorsque l'un d'eux me pousse vers l'intérieur. Je glisse la main vers mon couteau dissimulé dans ma manche – celle qui n'est pas déchirée – prête à ne pas me laisser faire, mais en une fraction de seconde, le brun qui me tenait la conversation se retrouve avec le nez fracassé contre le bord de l'évier.