Deux mois se sont écoulés depuis qu'Hanna a pris la fuite pour échapper à ce monde sombre empli de tueurs et de malfaiteurs.
Deux mois.
Pourtant, Auguste n'a pas dit son dernier mot. Comment peut-il la laisser s'échapper alors qu'elle devient une...
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____________ Hanna
Manoir des Harmon, Londres.
Deux Chefs.
Deux Chefs à la tête du plus puissant des réseaux criminels.
Moi, Hanna, cette fille brisée des bunkers, vendue par son père, souillée par les hommes.
Cette fille deviendra la Cheffe du réseau Harmon, et reprendra aussi celui des Sinclair.
Je couvre ma bouche d'un rouge à lèvres écarlate. Devant ma coiffeuse, je scrute le reflet de celle que j'incarne. Une rivière de diamants orne mon cou, brillant si intensément qu'elle dissimule ma cicatrice. Dans ma robe de velours noir qui épouse mes formes désormais saines, je n'ai jamais eu autant confiance en moi. J'accroche à mes oreilles des boucles assorties à mon collier, leurs pierres éclatantes, mes préférées d'une collection qui ne cesse de grandir. Une mèche s'échappe de mon chignon haut ; je l'enroule machinalement en me contemplant, pour découvrir la future Cheffe.
— Tu es magnifique.
Auguste s'adosse au chambranle. Son costume sombre souligne le bleu intense de ses yeux. Je souris, séduite par sa beauté simple. Pour l'occasion, il s'est fait couper les cheveux, coiffés en arrière.
— Pas mal non plus, je le taquine.
— « Pas mal » ? J'aurais choisi une autre tournure.
Il pince son menton en feignant la réflexion.
— Toujours aussi grande gueule, Harmon.
— Grande... et sublime, petite.
Son rire dévoile une rangée de dents parfaites, ses fossettes, rarement visibles, embrasent mon ventre.
— Tu es prête ?
— Je suis morte de trouille, avoué-je.
— Il n'y a pas de quoi. Tu es en famille. Et je suis certain que le vote sera unanime.
Mais une voix contre suffirait à tout faire capoter. Pourtant, après des heures de réflexion, j'ai fini par accepter que j'étais prête à bouleverser l'ordre établi.
Certaines personnes sont destinées à autre chose, m'avait dit Ezra un jour. Il ne s'imaginait pas que je prendrais ce précepte au pied de la lettre.
Auguste me tend la main, une invitation vers un avenir magistral. Je la saisis sans hésiter.
Une heure plus tard, je suis de nouveau assise sur le même siège qu'hier. Vingt-quatre heures ont passé, et tous les Harmon arrivent, vêtus de leurs habits somptueux comme l'exige la tradition. Claire, dans sa longue robe bleue, s'installe près d'Auguste.
— Des nouvelles ? demande-t-il à voix basse.
— Je croyais qu'il était avec toi.
Mon visage se ferme, mais je garde mon calme tandis que tantes et oncles prennent place. Eva me lance un clin d'œil, et je lui rends un sourire crispé.