Deux mois se sont écoulés depuis qu'Hanna a pris la fuite pour échapper à ce monde sombre empli de tueurs et de malfaiteurs.
Deux mois.
Pourtant, Auguste n'a pas dit son dernier mot. Comment peut-il la laisser s'échapper alors qu'elle devient une...
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__________ Hanna
Réseau Strauss, Berlin. Allemagne.
Mes orteils se recroquevillent devant le froid mordant de la chambre de Lucien. Assise sur son lit, les mains encerclant mes pieds, je peine à les réchauffer tandis que j'observe mon nouvel allié. Il dévore son ragoût fumant, installé sur une petite table d'appoint, son fauteuil tapissé de bleu roi assorti aux tons bleu ciel des papiers peints et à l'édredon brodé de fil turquoise.
Sa chemise immaculée contraste avec sa peau violacée. Ses cheveux bruns, encore humides de la douche qu'il s'est octroyée sont coiffés en arrière. Il ne lui manquerait plus que sa veste de costume et sa cravate pour redevenir le Chef français qui hantait mes cauchemars. Pourtant, tout a changé.
Je le haïssais au point de vouloir sa mort, ruminant chaque trahison, chaque mensonge qui m'avait valu d'être chassée de la Corporation. Pendant deux mois, j'ai disséqué chaque événement, frôlant la folie, tentant de comprendre ce qu'il m'avait fait.
Et maintenant, face à ses yeux, si semblables aux miens, empreints d'une sincérité déroutante, ma vengeance vacille. Peut-être est-ce aussi pour cette raison que je ressens ce besoin étrange de rester à ses côtés.
Pour m'assurer que son changement est réel et non une énième comédie pour gagner ma confiance, comme se plaît à me le répéter Ezra.
Il te manipule de A à Z, tu ne sais rien de notre passif ni de la rancœur de Lucien ! a hurlé le Pisteur avant qu'Auguste lui ordonne de soigner son visage amoché par le poing de Lucien.
Il s'est détourné, avec une déception bien visible qui a ébranlé mon cœur.
À ma grande surprise, Auguste m'a écoutée. Il m'a laissée m'expliquer, du moins. Et après de longues discussions, il a convenu que parfois, tous les moyens sont bons pour remporter une guerre.
Car c'est bien une guerre de pouvoir, laide et mortelle, qui brise les confiances, alimente la paranoïa et forge des alliances improbables. Finalement, rien ne rapproche autant que la haine d'un ennemi commun, et Lucien n'aspire à rien d'autre qu'à tuer son père.
Tout comme moi.
Mes orteils remuent plusieurs fois. Lucien prend une grande bouchée de son ragoût avant d'engloutir une miche de pain. Il vide son verre d'eau et se ressert deux fois. Je connais cette faim tenace qui ne s'apaise qu'en remplissant son ventre. Le voir ainsi me fait osciller entre un sourire moqueur et une grimace, écho de souvenirs douloureux. J'ai bataillé pour qu'on s'occupe de lui comme n'importe quel Harmon. Ludwina a refusé catégoriquement, mais Auguste, d'une manière ou d'une autre, lui a fait changer d'avis. Il est crucial que Lucien reprenne des forces pour nous mener à son repère. Ludwina a sans doute saisi l'opportunité. Si l'alliance Sinclair-Harmon devait perdurer, mieux valait-il afficher un visage plus cordial. Sa famille est liée aux Harmon, mais le pouvoir d'Auguste est incomparable. Aussi est-il préférable d'être son allié que son ennemi.