Deux mois se sont écoulés depuis qu'Hanna a pris la fuite pour échapper à ce monde sombre empli de tueurs et de malfaiteurs.
Deux mois.
Pourtant, Auguste n'a pas dit son dernier mot. Comment peut-il la laisser s'échapper alors qu'elle devient une...
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Auguste
En direction de la maison secondaire des Harmon, Cambridge.
Ses yeux me hantent. Ceux de Lucien, ravagés par la haine et la trahison. Les représailles planent au-dessus de ma tête et menacent de m'abattre à chaque instant. Pourtant, rien ne se passe. Lucien s'est terré dans son réseau, honorant ses morts, poursuivant son deuil depuis déjà quatre jours. De retour à Londres, nous avons convenu d'organiser une entrevue avec lui dans quelques semaines. Une sorte de cessez-le-feu, pour apaiser les tensions. Sans Ezra, bien évidemment. Non pas que je veuille l'écarter de nos affaires, mais il doit se faire aussi discret que possible. Malheureusement, nous n'avons aucune nouvelle de Lucien, malgré les nombreuses mains tendues de Hanna.
— Je n'arrive toujours pas à y croire, lâche Hanna, rompant le silence chargé de non-dits.
Je m'arrache à la contemplation du paysage à travers la vitre teintée de la limousine et me concentre sur elle. Assise en face de nous, entourée par Claire et Jared – dont je ne comprends toujours pas la présence –, elle croise les bras sur sa poitrine, sans cacher la colère qui crispe son visage.
— On avait dit qu'on arrêtait d'en parler, la réprimande Eva.
Installée entre Ezra et moi, mon amie lâche un soupir de frustration. Claire et Jared échangent un regard embarrassé au-dessus de la tête de Hanna. Je me redresse, soudain inconfortable, alors que ma seule envie est d'arriver à la villa secondaire. Je déteste les longs trajets en voiture, encore plus quand une partie de ma famille est à bord.
Depuis l'assassinat de mes parents, j'ai développé une véritable paranoïa. J'exige qu'on inspecte chaque voiture jusqu'à la désosser avant qu'on l'utilise. Des Gardes nous escortent au lieu dans un cortège de berlines noires aux vitres teintées. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, nous n'empruntons jamais les routes de campagne ou les départementales désertes ; les voies fréquentées nous assurent la meilleure protection. Les réseaux ennemis n'agiraient jamais en plein jour, sur une avenue exposée.
Après tout, nous ne devons pas exister aux yeux du monde. C'est sur cette stratégie que mes ancêtres ont établi le siège de la Corporation en plein centre de Londres, dans le quartier d'affaires de Canary Wharf. La tour n'est autre qu'un building abritant les bureaux de la multinationale HarmonCorp pour le commun des mortels. Les Sinclair, eux, se sont terrés pendant des années. Voilà pourquoi il nous a été si difficile de localiser leur base. Comme toujours, nos façons de faire sont opposées.
Hanna détourne le regard au moment où nous arrivons dans ma demeure familiale, près de Cambridge. Des voitures déjà garées dans la cour m'indiquent que mes oncles, tantes et cousins, ont posé leurs valises.
— Enfin, s'exclame Claire, qui sentait comme nous tous la tension peser dans la limousine.
Je me demande encore comment ma sœur a bien pu nous convaincre de quitter la Corporation pour une « semaine de vacances ». Comme si nous pouvions nous payer le luxe de nous reposer alors que nos ennemis frappent à notre porte. Mais quand il s'agit des fêtes de Noël, nos traditions familiales nous imposent de nous réunir. Ce n'est certes pas la même ambiance qu'au temps où mes parents étaient encore en vie – les Harmon se retrouvent en moins grand nombre –, mais le répit accordé est le bienvenu.