En sortant de l'hôpital, je n'avais pas envie de rentrer voir Arthur. Je l'aime beaucoup, certes, mais j'ai vraiment besoin de rester seule. Je déambule comme toujours, dans les avenues et les boulevards de ma ville. Je ne quitte jamais mon casque, après tout, quand on a l'accessoire qui nous permet de ne plus entendre les autres, autant l'utiliser. J'aime me déchirer les tympans, ne plus entendre mes propres pas, mon souffle, ou les battements de mon cœur.
La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile ;
La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile
J'escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile ;
Je sens vibrer en moi toutes les passions
D'un vaisseau qui souffre ;
Le bon vent, la tempête et ses convulsions
Sur l'immense gouffre
Me bercent. D'autres fois, calme plat, grand miroir
De mon désespoir !
Le poème qui me correspond. Il reste toujours dans ma tête, le seul que je connaisse par cœur. Il faut croire que Baudelaire et moi avons la même âme torturée.
Je marche jusqu'à apercevoir le Starbucks, je n'ai vraiment pas envie de rentrer, et ça me fera un endroit où aller. Heureusement que je viens de recevoir de l'argent de poche de mamie.
J'entre, il y a déjà du monde, c'est l'heure du petit déjeuner après tout. Je suis obligée d'enlever ma musique, et de supporter leurs discussions. Je m'approche du serveur et le détaille, j'ai un problème avec les bruns aux cheveux décoiffés. Après s'être fixés pendant quelques secondes, je reprends mes esprits et me commande un croissant et un thé. Je m'installe près d'une fenêtre et j'attends. Qu'est ce que j'attends ? Aucune idée, peut être que les heures passent. J'ai une vie inutile, sans ami, et paradoxale. A la fois, ma vie m'ennuie et me conforte. Je continue mes pensées philosophiques sur ma vie en mangeant mon croissant, lorsque quelqu'un s'assied en face de moi. Ethan. Je ne peux pas passer une journée tranquille, sans que les gens viennent me faire chier ? Apparemment non. Je lui fais ma plus belle scarface et le fixe sans détourner le regard.
"Salut Alison ! Ça fait longt...
-Qu'est ce que tu fous là ? Je n'ai vraiment pas envie d'être tendre avec lui. Un ton haineux, c'est tout ce qu'il mérite.
-Je suis venu m'excuser !
Je marque un silence, sans pour autant le quitter des yeux, en serrant la mâchoire. Technique de culpabilisation.
-Oh trop gentil. Dis-je ironiquement, tu crois que c'est pour quoi que je t'ignore ? Que j'ignore tes messages ? Je t'ai dis, je ne veux plus te parler !
-Eh ! Je pense que c'est pas à toi de me faire des leçons !
-Pardon ?
-Je sais que tu as couché avec Arthur ce soir là. Fais pas l'innocente tout le monde le sait.
Je vais le buter. Je joue nerveusement avec mes doigts pour essayer de ne pas me défouler sur le cou d'Ethan. Et puis comment il sait ça lui ? Ce n'est pas possible que ce soit Arthur qui lui ai dit..
-Donc, tu es venu ici me traiter de traînée pour t'excuser, c'est ça ? Excuse moi d'avoir eu le cœur déchiré ce soir là, à cause de qui crois-tu que je me sois bourrée la gueule au point de finir dans le même lit que l'autre ?
Je vais exploser, je vais exploser.
-Nan mais nan , enfin Alison tu sais très bien que je suis amoureux de toi !
-Ah oui je vois ça, donc toi tu vas foutre ta queue dans les trous que tu trouves pour me prouver que tu m'aimes ? Sois un peu cohérent dans tes paroles mec. Dégage, je ne veux plus que tu t'approches de moi !
-Mais Ali'...
-TU NE COMPRENDS PAS QUOI DANS LE MOT "DÉGAGE" ? Putain il me met hors de moi cet enfoiré. J'ai foutu un froid dans le café, en même temps, je viens de hurler, et je suis debout en train de menacer la pauvre ordure en face de moi avec mon poing.
Il ne répond rien, pauvre mec sans personnalité, je ne comprends même pas comment j'ai pu échanger ma bave avec ça. J'ai juste envie de le frapper, quand le serveur m'arrête en me faisant reculer en m'attrapant par la taille d'une main et en baissant mon poing avec l'autre. J'essaie de me débattre mais il a de la force monsieur Sonic low-cost ! J'ai beau l'insulter, il n'en a rien à faire, il m'ignore et demande poliment à l'autre de se barrer. Et Ethan obéit. Sale chien.
Il me lâche ensuite, je prends une position défensive, prête à ce qu'il veuille me calmer. Mais au lieu de ça, il passe une main dans ses cheveux et me sors un sourire colgate, avant de se retourner et de repartir derrière la caisse. Sur le moment je bug je crois. Ce n'est pas une réaction normale ça ? Où j'ai tellement l'habitude des personnes chelous que j'en ai peur des personnes normales ?
Je m'apprêtais à partir en laissant la fin de mon thé sur la table, quand j'ai remarqué un morceau de papier, avec un numéro écrit dessus. Il veut du pain mister cliché américain ou quoi ? Je rigole et part sans prendre le numéro. Il me semble que je viens de vivre la pire approche du monde.
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Une fille aux cheveux bleus.
Teen FictionAlison à une vie assez banale, une adolescente qui aime être solitaire, tant qu'elle a ses écouteurs avec elle. Elle n'a pas sa langue dans sa poche et il vaut mieux éviter de l'énerver. Victime de nombreuses crises et cauchemars en tout genre, la j...
