Petit à petit, j'avance. Il fait froid. Le soleil est caché derrière une montagne de nuages gris qui retiennent une tempête. J'observe mon vernis à ongles en marchant, qui est à moitié écaillé, ce n'est pas que je fais particulièrement attention à ce genre de petit détail, mais une fois qu'on remarque ça, on ne se concentre plus sur autre chose. La brise dans les cheveux, et mes écouteurs en fidèles acolytes, je ne vois pas le temps passer, mais il faut quand même que je me dépêche, je suis à la limite d'être en retard. Je m'arrête pour observer le haut bâtiment beige en face de moi. Je pousse la lourde porte et entre dans le hall, où je sonne pour que la seconde porte à l'intérieur s'ouvre. Une à une je monte les trop nombreuses marches lentement.
Je me retrouve assise sur cette chaise, pas si confortable, comme les dernières fois, rien n'a changé.
«Alors Alison, avant tout, comment vas-tu ?
-Ça va merci. Je garde le regard baissé sur la table qui me sépare de ma psychologue. J'ai apporté mon carnet avec moi.
-Ah très bien ! Tu voudras bien me le prêter à la fin de la session ? La jeune métisse est toujours aussi souriante, c'est à la fois rassurant mais ça m'énerve en même temps.
-Non. Je ne vous le laisse pas. Elle est folle elle ? Je ne vais pas lui laisser et ne le récupérer que la prochaine fois que je viens ! Déjà que j'ai du me faire violence pour l'amener, il ne faut pas trop m'en demander.
Elle sourit, une fois de plus et change de sujet.
-Alors, est-ce que tu te souviens de tes rêves ?
-Oui, enfin ce sont plutôt des cauchemars.
-Quelque chose te tracasse Alison. La nuit c'est ton subconscient qui te fait la conversation, il veut te faire passer des messages, s'inspire de ce qu'il y a là dedans. Elle tapote son index contre sa tempe.
-Oui ça, je suis au courant, mais je n'arrive pas à savoir ce que c'est.
-Je ne peux pas savoir pour toi, il n'y a que toi pour trouver.
-C'est souvent, des cris, du noir, de la solitude et de la peur. Je laisse une pause dans ma phrase, et voyant qu'elle ne dit rien, j'ajoute, également, après plusieurs expériences pas très agréables, je grimace en y repensant, j'ai peur de l'eau.
La jeune femme fronce les sourcils.
-As-tu eu un traumatisme avec ça ? Un manque de te noyer ? Tu sais nager au moins ?
-Hmmm... je ne me souviens pas d'une telle chose, mais j'ai du mal à garder mes souvenirs, même les récents, je ne sais pas pourquoi. Mais je sais nager, ça ne m'arrive que depuis quelques temps... depuis que ma mamie est morte en réalité. C'est ça qui me déclenche beaucoup de choses j'ai l'impression.
-C'est normal tu sais, la mort d'un être cher c'est toujours compliqué à digérer. »
Je baisse la tête, perdue dans mes pensées, pendant ce temps de silence, elle prend mon carnet et l'inspecte. Le son de chaque page tournées résonne dans la pièce. Pièce qui ne change pas d'ailleurs, les murs blancs avec quelques tableaux -si on peut appeler ça comme ça- accrochés, les stores beiges relevés, qui laissent une vue sur la ville recouverte de brouillard. La voix de Sandra me ramène à la réalité, elle me fait quelques réflexions sur mon carnet, que je dois continuer à le mettre à jour, à écrire tout ce qu'il me passe par la tête, et en plus de ça, elle me conseille de faire comme un journal des rêves. Ce serait susceptible de m'aider. On blablate encore un moment avant que la séance se finisse. Je dois dire que je suis soulagée.
Je descends les escaliers beaucoup plus vite que je ne les monte et en deux temps trois mouvements, me voilà dans la ville. Je réfléchis à ce que je vais faire de ma fin d'après-midi, je n'ai pas vraiment d'idée précise, en réalité j'ai juste envie de rien faire.
Et effectivement, c'est bel et bien la question que je me pose, une fois rentrée à la maison. Je me pose alors sur mon bureau et je traîne sur mon ordinateur.
Quand j'y pense, je ne suis pas sûre que mes séances de psychologie me servent vraiment. Je ne me sens pas sereine quand j'en sors. En tout cas, pas plus que je ne le suis en entrant. Je n'arrive pas à comprendre ce que ça peut apporter aux gens. C'est juste quelqu'un qui écoute, et elle ne donne pas de solutions concrète. Je continue d'y aller pour faire plaisir à ma mère et qu'elle ne s'inquiète de rien.
Je soupire et tourne la tête dans ma chambre à la recherche d'une activité. Quand mes yeux se posent sur ma guitare, ça fait un bon moment que je n'ai pas joué ! Je décide de m'y remettre alors, plutôt soudainement, et puisque je n'ai aucune envie particulière de musique, je pars en improvisation. Je n'ai pas de talent inouïe pour cet instrument, mais une fois que l'on connaît les accords, et que l'on analyse les enchaînements qui fonctionnent dans les chansons, je n'ai pas de mal à faire une jolie mélodie.
Je joue une bonne heure je dirais, et dès que je m'arrête, j'entends, à travers ma fenêtre ouverte, des clappements de mains qui proviennent du jardin. Je me dirige d'un coup de l'autre côté de ma chambre pour voir d'où provient le bruit. Et c'est en me penchant que j'aperçois Léona, la jolie rousse, en bas de chez moi, tout sourire.
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Une fille aux cheveux bleus.
Fiksi RemajaAlison à une vie assez banale, une adolescente qui aime être solitaire, tant qu'elle a ses écouteurs avec elle. Elle n'a pas sa langue dans sa poche et il vaut mieux éviter de l'énerver. Victime de nombreuses crises et cauchemars en tout genre, la j...
