Sans elle

366 29 2
                                        

Encore un couloir blanc, encore des mines déconfites ou résignées assises sur des chaises en métal peint vert pâle devant des portes bleues ciel. Les couleurs vives et joyeuses de l'enfance, toutes rangées et lavées par cette odeur permanente d'alcool désinfectant et cette lumière bien trop filtrée, bien trop douce, bien trop propre, devenaient les couleurs du chagrin et de la douleur. Le froid m'empêchait de me sentir en sécurité entre ces murs. Mes pas couïnent sur les carreaux blancs, tout le poids de mon corps s'écrasait épuisé d'avoir trop pleuré et d'avoir eu trop peur, de la culpabilité de ne pas m'être rendue compte du silence plus tôt.
Louisa était de nouveau là, derrière cette porte trop lourde, sur ce lit trop blanc. Ses longs cheveux étalés partout autour de sa tête et de ses épaules. Elle détestait dormir les cheveux détachés. Ses poings étaient fermés, mais elle avait l'air serein. Tout doucement, tout précautionneusement, je lui dis deux tresses souples, que j'attachais avec les petits bracelets brésiliens que j'avais aux poignets. Cela mettait un peu de joie sur cet accoutrement hospitalier en toile blanche à pois bleus. Toujours ce blanc aseptisé, et toujours ce silence lourd qu'il aurait fallu briser par un baiser, un sourire, un regard, une caresse furtive sur la main, un autre signe de vie que le son industriel ou électronique insupportable du monitoring et que les mouvements lents de ses poumons qui soulevaient sa poitrine. Son ventre ne bougeait presque pas, comme un lac sous la plus fine des brises d'août et la chaleur douce de juin. Je mis une main entre ses seins pour sentir son coeur battre sous ma peau, comme lorsque je me blotissais contre elle et qu'elle me berçait pour calmer mon souffle ou mes peurs, ces nuits trop froides ou trop lourdes où le spectre de ma force me faisait des pieds de nez.
J'étais la forte, pourtant, souvent, c'était moi qui la consolais, c'était moi qui la prenait contre moi, mais c'était elle qui riait aux éclats, elle qui chantait, elle qui me contait ses histoires féeriques le soir venu. J'avais beau être toute la sécurité et le soutien de l'univers, c'était elle le bonheur, elle l'amour, elle la douceur, elle la joie. Sans elle, c'était l'hiver noir, le chaos froid, sans elle, j'étais une petite bête tremblante et pleurnicharde qui pleurais sous le tonnerre, incapable de me lever. Sans elle, le petit oiseau blessé, c'était moi.

Elle... Et Moi ?Où les histoires vivent. Découvrez maintenant