Raniero Felisica était épuisé, la crise de Tanja la nuit dernière lui avait coupé le sommeil, et cette nuit, elle n'était plus là...
Il avait confié Ira à la famille Eisbär pour l'après-midi. Son ami Ours l'avait aidé à compléter toutes les procédures le plus vite possible. On avait pu enterré sa femme le soir même, dans le cimetière des sédentaires. Il n'avait pas eu la force de se battre contre l'autorité, qui leur avait retirer leurs privilèges de chaperon et de chasseur. Tanja ne sommeillerait pas dans les jardins de l'académie mais c'était sans doute mieux ainsi.
On les considérait comme des traitres, pas vraiment à tord. Il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même pour ne pas avoir redorer leur image, par fierté.
Il était déjà éternellement reconnaissant envers son vieil ami Nelson Eisbär, un des membres du conseil ; sans son appui, ils n'auraient même pas pu rentrer au village.
A présent, il passait une seconde nuit blanche. Assis à même le sol, à côté du matelas d'Ira, il observait sa respiration calme, ses traits gonflés de chagrin et de fatigue. Cette journée avait été particulièrement éprouvante pour la jeune renarde. Sa mère était morte sous ses yeux, elle avait assisté à son enterrement précipité quelques heures plus tard. Elle avait vidé sa chambre, sa maison. Il l'avait embarquée dans la forêt interdite, dans le laboratoire, dans le RévélaSonge. Raniero avait fait appel à ses souvenirs, il s'y était précipité comme dans un dernier refuge, y entrainant Ira. Elle avait écarquillé les yeux devant la forêt de lanternes, avant de se retrouver poussée dans une avenue de Brest, sans transition. Il lui avait souri, pris sa main, pour lui dévoiler une facette du monde et y cacher leur présent.
Ils avaient arpentés les rues dans le plus grand silence, sous la pluie.
Chacun fixait un point incertain, ils se frôlaient, communiquant par simple présence.
Sur le port, Ira avait découvert l'océan. Elle avait regardé tous ces gens, plus qu'elle n'en avait jamais vu, marcher sur les trottoirs abrités sous leurs capuches et leurs parapluies. Tout était gris, absolument gris :
le ciel...
la mer...
le béton...
les visages...
les yeux de son père...
et son cœur.
Ils s'étaient promené, faisant fi des éléments qui leur passaient au travers. Chacun perdu dans ses pensées, des larmes silencieuses coulaient sur les joues d'Ira.
Ils avaient fini par sortir, remonter du puits. C'était plus qu'assez pour un jour.
Elle s'était couchée, toujours sans un mot, sans un son. Il lui avait caresser les cheveux jusqu'à ce que ses mirettes mouillées ne se ferment.
Il était toujours là, hésitait à partir. Une suspicion rongeait son esprit, le tiraillait. Il hésitait à la laisser maintenant, il ne voulait pas qu'elle se réveille seule. Aussi, il ne voulait pas laisser son doute inassouvi.
Il se remémora l'enterrement, et le petit manège des fossoyeurs. Il nourrissait un doute, il avait perçu comme une faille dans le tombeau. Ils avaient passé plus de temps que ce que Raniero imaginait à la déposer dans la fosse, à ajuster la dalle de granite. Comme si... il prenaient soin de ne pas fermer correctement.
Il secoua la tête, persuadé de se donner des excuses pour retourner sur sa tombe au plein milieu de la nuit. Il gambergea encore, laissant le trouble s'enfoncer profondément dans sa conscience.
Il était un chasseur, ses instincts lui étaient fidèles, ne le trompaient pas. Mais qu'il avait-il à craindre pour une morte?
Il se leva discrètement, sans mouvements brusques. Sans faire craquer le plancher ou grincer les portes, il s'échappa au dehors.
Il était parti d'un pas leste, indétectable, le fauve était aux aguets. Il traversa le bois interdit sans encombres, longea le bord du village jusqu'au cimetière. Entre les premiers alignements, il se figea, avant de se jeter à plat ventre.
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Ira Irae
FanficLa Colère et son Poison cruel me rongent jour et nuit... Les réalités se confondent, mon esprit s'y perd, je ne distingue plus le vrai du faux, l'ami de l'ennemi. Je me méfie de tout, en particulier de moi-même. La fureur monte, elle me torture tel...
