Les portes arrières claquent, un des Partisans du Silence y donne deux tours de clés. Ses comparses sont déjà à bord du véhicule. Ce dernier récupère la clé USB que lui tend leur contact sur place, un quelconque administratif corrompu. Ils échangent un bref mouvement de tête, empreint de retenue, avec ce regard entendu. Cette nuit de juin marque leur dernière rencontre, scelle leurs lèvres à jamais.
La camionnette démarre, emportant avec elle ces hommes de main étranges et leur précieux colis.
Le secrétaire laissé derrière soupire, tout son corps se détend soudain. Il observe le motif de céphalopode monstrueux sur la camionnette blanche s'évanouir dans les ombres. L'angoisse qui lui pressait les tripes reflue. Ses doigts tremblants et moites se glissent dans son col pour desserrer la cravate qui lui comprimait la gorge. Il se sent enfin respirer. La brise nocturne effleure son cou trempé de sueur, le picotement froid fait descendre un frisson dans son dos. Il s'ébroue, sortant enfin de ce mauvais rêve.
Il contemple ses pieds un moment. Il aurait préféré avoir à organiser l'assassinat de témoins plutôt que de déterrer du cimetière communal les corps d'une famille décimée par la maladie.
C'est la troisième et dernière fois. pense-t-il avec soulagement.
Il avait craint pour sa peau, et dans un coin de son esprit cette crainte demeure. A la fin d'une mission de cette envergure, il est courant que les employés considérés comme "désormais inutiles" se fassent proprement éliminés.
Parfois les maitres se soucient peu du degré de dévouement de leurs chiens et de leurs taupes. Leur méthodes radicales lèvent les moindres doutes. Couper d'autres têtes allège leurs propres épaules.
Monsieur de Terrier n'est pas franchement un homme intègre, ni très ambitieux, ni très regardant. Il est tout bonnement servile, bien éduqué par ses maitres. Cependant, en ouvrant ces trois tombes, ses instincts s'étaient braqués. On lui avait fourré la truffe dans une auge d'abominable où il était préférable pour les rétifs tel que lui de ne pas tremper la patte.
Sa silhouette s'effondre un peu, il baille à s'en décrocher la mâchoire, cligne des yeux plusieurs fois dans la pénombre. La fatigue lui tombe dessus.
Il ajuste la position des classeurs sous son bras, rentre chez lui.
...
La clé tourne dans la serrure, le quinquagénaire vouté s'engouffre dans son appartement vide. Il referme la porte, s'étant au préalable débarrassé des dossiers qui lui encombraient les mains sur la table. Très dignement, il pose son chapeau et son manteau, dont il prend le temps de lisser les plis.
Dans sa chambre, il quitte son costume trois pièces pour un pyjama Snoopy bien plus confortable. Le costard est repassé à la main puis rejoint ses homologues dans l'armoire.
Monsieur de Terrier aime faire les choses dans l'ordre, dans le calme, avec précision, à la perfection. De ce point de vue, sa journée a été pleinement satisfaisante.
Il traverse sa pièce à vivre en chantonnant, met son café a coulé, le cœur léger. Tout cela est enfin fini! Plus de témoin potentiel à traquer, plus de famille suspicieuse à tromper, à surveiller.
Finis les Felisica! Morts jusqu'au dernier!
Il s'assoit dans son fauteuil, tasse fumante à la main, s'installant confortablement pour revoir une dernière fois les points majeurs de ce dossier maudit. Maudit comme cette famille, grogne-t-il.
Il est déjà trois heures et demi du matin, mais les nuits blanches ne lui font pas peur, surtout maintenant qu'il savoure sa victoire. Tout excité, il ouvre le classeur, pour tomber d'abord sur le témoignage écrit de Rolf Eisbär.
Le secrétaire hoche du chef : c'est un bon garçon que ce jeune homme. Il a de l'avenir dans les rangs des chasseurs! Ce petit lui avait fourni toute les informations qu'il voulait. Il avait fallu le titiller un peu, mais le diplômé avait, sous le poids de ses questions et le regard inquisiteur de son père, progressivement vidé son sac. La Felisica les avait dupés depuis le début : son état de santé s'était dégradé à une vitesse alarmante depuis son confinement avec son père. Les symptômes décrits, toujours par Rolf, correspondaient aux mêmes que ceux observés chez les parents de la renarde.
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Ira Irae
Hayran KurguLa Colère et son Poison cruel me rongent jour et nuit... Les réalités se confondent, mon esprit s'y perd, je ne distingue plus le vrai du faux, l'ami de l'ennemi. Je me méfie de tout, en particulier de moi-même. La fureur monte, elle me torture tel...
