« Ma mère a eu un cancer du sein quand j'étais au collège.
Ce n'était pas évident parce que moi qui pensais que c'était une maladie normale, elle m'a dit qu'elle pouvait en mourir. J'avais 14 ans. Elle a passé beaucoup de temps à l'hôpital et mon père était au plus mal. Je ne savais vraiment pas quoi faire mais je voulais continuer à prétendre que j'étais fort, qu'il ne fallait pas s'inquiéter pour moi mais pour elle.
Alors j'ai mangé. Beaucoup. Je me réfugiais dans la nourriture. Lorsqu'elle a réussi à combattre la maladie, me voir obèse la rendu un peu... dégoûté de ma personne. Enfin non. Disons qu'elle s'en voulait alors que c'était moi qui mangeais.
Mon père n'a pas supporté cette longue épreuve et a quitté ma mère, nous laissant tous les deux. J'ai continué à manger, encore et toujours plus, alors qu'elle se rétablissait tant bien que mal. Un jour, je suis tombé dans un trou. Ne me demande pas comment, on était en vacances dans le sud et je suis tombé. Le truc c'est que je suis resté coincé parce que j'étais trop gros. Quand les pompiers on réussit à me décoincer, ma mère était tellement bouleversée... tellement chamboulée que j'ai décidé de changer. De la rendre heureuse.
J'ai commencé tant bien que mal à faire du sport, des régimes mais également à me construire une carapace, une personnalité à toute épreuve. J'ai repris mon vieil appareil photo, un cadeau de mon père avant qu'il nous quitte, et je me suis mis à fond dedans.
Au fil des années, je n'étais pas forcément mieux dans ma tête mais revoir le sourire sur son visage, la vie en elle, ça m'a fait du bien et ça m'a donné une raison de vivre. »
Je fixe l'écran noir de la télévision devant moi, les yeux grands comme des soucoupes. Andréa, assis à côté de moi dans son canapé, finit son verre d'eau pétillante avant de se masser les tempes.
Comment en est-il arrivé à me faire ces aveux ? Ah oui, parce que pompette comme je suis, je lui ai demandé comment est-ce qu'il a perdu tout son poids. Je ne pensais pas qu'il me ferait la version longue de l'histoire...
Je tripote la ceinture grenat de ma robe, très gênée par sa révélation et surtout par le silence qui s'en suit.
Pourquoi est-ce que je lui ai proposé de le raccompagner ? Qu'est-ce que je veux ?
— Bon, commence Andréa en se levant avec difficulté de son canapé, suis-moi.
— Où ? Pourquoi faire ?
— Installe-toi là-dessus.
Andréa me montre le tabouret du décor qui lui sert pour certains de ses shootings chez lui. Il sort son appareil de sa sacoche et le pose sur un trépied avant de faire quelques réglages.
« Attends, je reviens. » me dit-il en levant son doigt vers moi et en lançant une playlist pop-jazzy.
J'attends bien cinq minutes sur le tabouret et en ai profité pour balancer mes chaussures à talon. Je me déhanche doucement sur la musique, faute d'activité, jusqu'à ce qu'un rire retentisse à mes oreilles.
Andréa, ses lunettes revenues sur son nez à la place de ses lentilles, se place derrière l'objectif en me demandant de continuer, de faire comme si il n'était pas là. À ce moment-là, je peux totalement affirmer que c'est l'alcool qui me pousse à le faire ainsi que le bruit régulier de son appareil.
Je ne pourrais pas dire combien de temps nous passons comme cela, lui me prenant en photo et moi en train de danser dans son décor. Tout ce dont je suis sûr, c'est que j'ai l'alcool joyeux.
Sentant mon état d'ébriété diminuer et ma lucidité revenir peu à peu, j'annonce à Andréa que je vais partir et me dirige vers le canapé pour retrouver ma pochette contenant mes affaires. Lorsque je me retourne, il me fait face. Il attrape ma pochette et la lance en arrière comme il l'a fait avec mon téléphone l'autre fois.
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Food Porn Lover
RomanceFloriane alias Flo est une jeune femme à double facette. Dans la vie réelle, elle est réservée et timide au travail, n'a eu aucun copain depuis le lycée, et ses amis se comptent sur les doigts d'une main. Sur Internet, en revanche, elle devient cool...
