Les semaines ont passé. Le jugement de Stephen fut prononcé : il a été condamné à l'exil à perpétuité, avec interdiction de revenir un jour à Génésis. Soutenu par Jefferson, Calypso s'est appliquée à réparer autant que possible les dégâts causés par la Bête et par Stephen durant ces dernières années en apportant son aide au peuple. Elle a également déplacé les affaires qu'elle possédait au manoir jusqu'au château - où était désormais sa place. La jour de son couronnement avait été fixé, et aucun ne doutait du choix de son Aide.
Tandis qu’elle repensait à ces derniers mois, Calypso se regardait dans le miroir de sa nouvelle chambre royale. On lui avait proposé la chambre de Stephen mais, trouvant l’idée malsaine de dormir dedans, elle préféra choisir une chambre plus grande et plus simple. Elle lissait nerveusement les plis de sa robe en respirant pour tenter de calmer son anxiété. Aujourd’hui, enfin, elle allait être couronnée reine.
Le soleil brillait, trônant dans le ciel bleu, illuminant la pièce. Dans une heure, on lui poserait la couronne sur la tête. Et les responsabilités d’une Souveraine sur les épaules. Elle jeta un coup d’oeil par la grande vitre qui donnait sur les roseraies où se précipitaient déjà bien trop de personnes venu assister à ce couronnement épique. Son histoire avait fait fureur ; on la racontait aux enfant, on en parlait dans les marchés, si bien qu’elle avait dépassé les frontières de Génésis - et elle ne s’étonna pas de voir des personnalités d’autres Royaumes, ayant l’espoir de rencontrer l’héroïne de ce récit merveilleux.
La vue des centaines de personnes l’angoissant plus qu’autre chose, elle leva la tête plus haut, vers l’horizon, fixant les sommets des montagnes au loin. Le souvenir de son père la submergea ; elle aurait aimé qu’il soit là, pour lui dire quoi faire, quoi dire, comme agir. Aurait-il était fier d’elle ? Et après, comme allait-elle faire pour diriger d'une bonne manière ce Royaume qu'il avait tant aimé ? Comme devait-elle s'y prendre pour refaire fleurir ce territoire qui avait été décimé ?
Chassant ses questions et raportant son attention sur le miroir orné d'arabesques dorées, elle observa, sans pouvoir détacher des yeux, la jeune femme qu’elle était devenue. Et elle ne pouvait nier la ressemblance frappante entre son visage et celui des tableaux de sa mère qu’exibait le château. Pour cet occasion, deux petites coiffeuses avaient relevé ses cheveux noir de jais en une couronne de tresses, dévoilant son port de tête et la chaîne qu’elle portait toujours, avec l’anneau de son père.
Des bruits de pas se firent entendre et quelqu'un ouvrit la porte à la volée. C’était Jefferson. Il allait parler, mais resta bouche bée quand il la vit. Sa peau laiteuse, son corps fin, son visage ovale, ses yeux émeraudes, étaient sublimés par une splendide robe jaune. Figé pendant un court instant, il prit soin de refermer la porte derrière lui d’un coup sec avant de s’approcher de Calypso, qui sourit en le voyant si dubitatif et si muet, lui qui a si souvent du mal à tenir sa langue.
- '' Calypso, tu es… ''
Aucun mot ne vint dans son esprit pour traduire ce qu’il voyait, et après avoir parcouru sa silhouette, il la regarda de nouveau dans les yeux.
- '' Tu es magnifique. ''
Même ce somptueux mot était bien trop fade pour décrire à quel point elle était belle. En entendant sa voix chaude, Calypso sentit son angoisse s’apaiser. Jefferson la trouvait jolie ; c’était tout ce qui importait pour elle. Dans un geste d’une infinie douceur, il replaça une de ses mèches sombre derrière son oreille, et lui caressa les joues.
- '' Comment tu te sens ?
- Angoissée, avoua-t-elle en riant nerveusement.
- Ça va bien se passer. ''
Elle lui rendit son sourire, avant de reculer pour demander, désignant sa robe qui épousait parfaitement ses formes et affinait sa taille :
- '' Tu penses que je devrais la mettre aujourd'hui ? Je veux dire, mon père l'avait faite pour mon rétablissement mais… ''
Jefferson l'observa et se souvint de ce tulle jaune scintillant qu'il avaif decouvert quelques mois plus tôt dans la manoir. S'approchant d'elle avec un sourire attendri, il vint la prendre par les hanches pour la caler contre lui.
- '' Ton père l'avait faite pour le jour où sa fille serait enfin de retour. Aujourd'hui, elle l'est. ''
En voyant ses joues rosir et ses yeux briller, il l'embrassa tout en continuant :
- '' Il serait fier de toi, et de la personne que tu es aujourd'hui. ''
Le sourire de Calypso s'élargit, et son coeur agité avait laissé place à une grande sérénité. Elle le serra contre lui pour prendre un peu de sa chaleur, et frissonna quand il passa sa main sur sa nuque.
- '' Tu te rends compte que dans moins d'une heure, tu seras officiellement la Souveraine de Génésis ? chuchotta-t-il après un court instant de silence.
- Nous serons officiellement les Souverains de Génésis, rectifia-t-elle. Il va falloir s'habituer aux "Votre Majesté ".
- S'il n'y a que ça... ''
Il pencha la tête pour déposer un baiser sur son front et laissa glisser ses mains pour venir tenir celles de Calypso. Elle remarqua alors un imperceptible tremblement dans ses doigts et s'interrogea lorsqu'il inspira longuement.
- '' Calypso… ''
Une boîte rouge en velour surgit subitement de sa veste blanche, et, comprenant dès qu'il se mit à genoux devant elle, Calypso porta ses deux mains à sa bouche pour éviter de pleurer - ou de crier.
Ouvrant rapidement la jolie boîte pour ne pas hurler de rire devant le visage décomposé de Calypso, il dévoila un magnifique anneau d'argent avec, en son centre, un diamant scintillant. Isallys lui avait suggéré quelques phrases romantiques, mais, les ayant toutes oublié, il dut improviser :
- '' Calypso, je t'aime… Je t'aime plus que tout et plus que quiconque. Je veux rester avec toi, aussi longtemps que le temps nous le permettra, parce que tu es ce qui m'est arrivé de plus beau dans ma vie. Je ne veux plus jamais que l'on soit séparés. Jamais. ''
Il marqua une pause en voyant une larme couler des yeux verts de sa future femme, et quand il reprit, ce fut d'une voix plus ardente :
- '' Calypso, épouse-moi. ''
Elle le regardait sans pouvoir répondre, la gorge complètement nouée par la joie et les larmes, les mots bloqués par ce tourbillon d'émotions affolant. Devant son silence bien trop long, Jefferson se passa une main nerveuse dans ses cheveux plaqués en arrière.
- '' Ce serait bien de répondre, je commence sérieusement à paniquer, là…
- Oui ! lâcha-t-elle, dans ce qui ressemblait plus à un couinement qu'à autre chose,
- Oh, seigneur…! ''
On ne peut plus soulagé, il passa l'alliance le long de son annulaire et baisa solennellement sa main. Elle s'accroupit à son tour pour pouvoir se blottir contre lui. Quand leurs regards se croisèrent, ils scellèrent, dans une promesse muette, leur union éternelle en se jurant que rien, ni le temps, ni la distance, ne pourra jamais les séparer. Que, tant qu'ils seront ensemble, ils lutteront contre tous ceux qui s'opposeront à eux, combattront contre le mal, briseront les chaînes et feront même face à la mort.
Oui, tant que nous serons unis, rien ne pourra jamais nous briser.
FIN ?
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Dark Rose
FantastikIl était une fois, dans un royaume appelé Génésis, une Bête, condamnée à rester le monstre qu'elle était devenue. Mais un jour, le roi de Génésis - l'homme qui l'avait maudite - lui demanda un service. Pour enfin tenir sa vengeance contre celui qui...
