Le cri, Edvard Munch (1893)
Adossée contre la porte de ma chambre, j'essayais de me calmer. L'envie de détruire et hurler me consumait. Mais la démence ne pouvait pas prendre le dessus. Pas maintenant. Pas ici.
Papa et maman ne pouvaient pas découvrir qui j'étais réellement, lorsque personne ne m'observait. J'anéantirai leur rêve, leur famille parfaite à laquelle ils tenaient tant. Je ne pouvais pas leur faire ça.
Peu importait ce que je ressentais : je devais rester maîtresse de moi-même. Juste le temps d'un été. Pour eux. J'étais le calme dans la folie, je pouvais le faire. Je pouvais à nouveau mettre des chaînes à mes démons. Comme je le faisais si bien les dix-huit premières années de ma vie.
Je pouvais les contrôler avant qu'ils ne le fassent. J'étais Lilith.
Des larmes de colère silencieuses coulaient le long de mes joues. Je ne pouvais pas extérioriser ma rage et mon impuissance, ça me bouffait de l'intérieur. J'avais besoin de faire du mal à quelqu'un. J'avais besoin de me faire du mal.
Tout me revenait en mémoire. La façon dont je l'embrassais, avide. La sensation chaude et humide de sa langue entre mes jambes. Ses caresses aussi délicates que pressantes comme s'il cherchait à sculpter mon corps. Comme si j'étais son œuvre d'art.
Je rougis de honte.
Comment avais-je pu faire ça à ma sœur ? Comment avais-je pu coucher avec son copain ? Étais-je aussi ignoble ? Aussi dépourvue de morale ?
Et puis l'orgasme me revint en tête. Étourdie, je ne pouvais m'empêcher de le serrer fort contre ma poitrine, contre moi, parce que, cette nuit, il m'appartenait. Ce fut l'impression qu'il m'avait donné.
Je ne savais pas, essayai-je de me rassurer en vain. Je ne pouvais pas savoir.
Alors que les images de la veille défilaient sous mes yeux, me rappelant à quel point j'étais pathétique, mon poignet trouva ma bouche. Je voulais me faire du mal. J'avais besoin de me faire du mal.
Je mordis ma chair de toute mes forces dans l'espoir de me blesser, de me punir. Je me rappelais de tout. De sa façon de me sourire dans le pub, de sa façon de découvrir mon corps, de la douceur de sa peau contre la mienne, de la chaleur qui émanait de lui. J'avais envie de vomir.
Le sourire d'Eleena me revint en tête. Ses yeux pétillaient de joie lorsqu'elle posa une main possessive sur le torse de Nathan. Cette dernière semblait si heureuse qu'elle n'avait pas remarqué la façon dont j'étais troublée lorsqu'il me serra froidement la main, me rappelant comment je me dandinais lorsque la sienne, rugueuse, s'attardait sur mon clitoris.
M'avait-il reconnu ? Le souhaitai-je ?
Tandis que la haine et la honte s'accentuaient face à ces pensées immorales, je serrais les dents de plus en plus fort. Je méritais d'avoir mal. La douleur était supportable. Les émotions néfastes qui m'habitaient, elles, ne l'étaient pas. Néanmoins, je ne pouvais pas m'en débarrasser.
Je ne pouvais pas me débarrasser de la colère, de la jalousie, de la tristesse, de la démence, de la solitude. J'étais condamnée parce que je n'étais pas faite d'or comme ma sœur, mais de boue.
Le goût métallique du sang emplit ma bouche, me laissant un arrière-goût amer et le feu vert pour arrêter de me mutiler. Les marques seraient visibles, mais personne ne les verrait. Le fond de teint ferait l'affaire. Il faisait toujours l'affaire lorsque j'étais plus jeune.
J'essayais de me rassurer. Il était fautif, pas moi. Après tout, je ne le connaissais pas. Je le pensais célibataire. Nous étions alcoolisés. Il était beau, je me sentais seule. Nous avions à peine discuté, je l'avais ramené chez moi avant de le foutre à la porte. Ce n'était pas grave. C'était qu'une nuit. Rien d'autre. Que du sexe. Eleena n'avait pas à l'apprendre, pas vrai ?
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Venimeuse
RomanceÀ dix-neuf ans, Emris Stewart est une artiste torturée, rongée par ses propres démons. Elle enchaîne alors les conquêtes sans lendemain et les jeux de pouvoir, persuadée que se briser est la seule façon de se sentir vivante. Mais tout bascule cet ét...
