Le Cyclone, Emris Hazel Stewart (2019)
Des tas de New-Yorkais se trouvaient à ma première exposition, jugeant mon art et cherchant à comprendre ce qu'il signifiait. Je regardai le monde dans la salle avec un infime sourire aux lèvres, ne pouvant m'empêcher de constater que ma sœur et maman n'étaient pas présentes. Lizbeth, ma copine dont je venais de me séparer, ne l'était pas non plus.
Seul papa était là, à discuter avec l'un de mes professeurs, une coupe de champagne à la main, tout en me jetant des coups d'œil furtifs. Il pensait que je ne le remarquais pas, mais je n'étais pas aveugle. Depuis son arrivée à New York, il semblait inquiet pour moi. Mais ce dernier n'abordait jamais le sujet comme si j'étais une rose qui risquait de perdre ses pétales à tout moment. C'était ridicule.
Mon désir de ne plus retourner à Carpinteria n'était pas lié à Nathan et à son souvenir. Mais seulement à Eleena, à ce que je lui devais. Même après ces années passées sans la voir, je voulais qu'elle sache que j'étais désolée. Carpinteria était à elle, je lui devais bien ça.
Je regardais avec fierté mes tableaux, enchaînant les conversations avec des inconnus. J'aimais leurs interprétations. Certaines n'étaient pas mauvaises, et je devais garder un sourire sur mes lèvres même s'ils voyaient clairement les blessures de mon âme.
Je m'approchai prudemment de mon tableau préféré : le cyclone. C'était une reproduction de mon dessin que j'avais effectué lors de mon retour à New York, une nuit où le visage de Nathan me hantait alors que Lizbeth dormait paisiblement dans mon lit. Parce qu'il était devenu le démon qui me hantait dans mon sommeil, celui qui me chassait et me tenait éveillée.
Un homme se tenait devant le tableau et je remarquai immédiatement un tatouage dans sa nuque. Je fus un moment étonnée par le motif qui m'était curieusement familier. Il s'agissait d'une paire d'yeux qui exprimait une tristesse singulière et une intensité qui pourrait envoûter n'importe quel humain sur la planète.
Confuse, je secouai légèrement la tête et vins me placer aux côtés de l'étranger afin de discuter avec lui de mon art. J'ouvris la bouche et tournai ma tête vers l'homme en question. Je me figeai immédiatement comme si je découvrais un fantôme. Il m'observait calmement comme s'il était censé être ici, qu'il était à sa place à mes côtés. Et je ne pus m'empêcher de laisser les doux souvenirs de cet été à Carpinteria me réclamer.
— Tu l'as fait, murmura-t-il, ses yeux sur mon tableau. Sur le cyclone.
Une immense fierté s'empara de mon cœur, de mon être tout entier. Oui, je l'avais fait. Ses yeux noirs étaient partout ; sur mon visage, mon corps et mon art.
Des années plus tard, dans une salle remplie d'art, Nathan me regardait toujours, moi.
⋆ ⋆ ⋆
Il était venu. Sans même que je le lui demande, que j'ose l'espérer, il était venu à la soirée la plus importante de toute ma vie. Je peinais à y croire. Nathan Ensler était un fantôme, un démon qui hantait mes nuits et me chassait, me tenait éveillé. Il ne pouvait plus être réel. Il était seulement un souvenir douloureux. Inachevé. Et pourtant, nous marchions côte à côte dans la rue, silencieux. Comme si nous étions deux vieux amis, deux amants. Mais ce n'était pas ce que nous étions, pas vrai ?
Il y avait un nous, que je le veuille ou non. Ce nous existerait éternellement. Il était inscrit dans mon art. Ce nous était immortel tout comme l'était notre histoire.
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Venimeuse
RomanceÀ dix-neuf ans, Emris Stewart est une artiste torturée, rongée par ses propres démons. Elle enchaîne alors les conquêtes sans lendemain et les jeux de pouvoir, persuadée que se briser est la seule façon de se sentir vivante. Mais tout bascule cet ét...
