Roger délivrant Angélique, Eugène Delacroix (1819)
Je regardai l'écran de mon téléphone, me sentant lâche après avoir bloqué Joshua. Je ne pouvais pas me résoudre à recevoir de ses nouvelles alors même qu'il m'avait avoué ce que je redoutais le plus. Il avait tout deviné, pour Nathan et moi. Ce que je n'osais pas formuler, avouer à Eleena.
Je soupirai en passant mes mains dans mes cheveux blonds ébouriffés, les décoiffant un peu plus. J'avais toujours aimé avoir les cheveux en bataille, cela reflétait parfaitement le bazar dans ma tête, et je me foutais de paraître négligée aux yeux de certains garçons avec tout ce maquillage noir sur mes yeux et cette coiffure.
— Tu l'as embrassé ?
Je levai les yeux et tombai sur Nathan, dans l'encadrement de la porte, son regard sombre sur moi. Sa présence seule semblait charger l'air autour de nous. Sa question n'avait rien de léger, au contraire. Il s'agissait d'un défi, d'une accusation silencieuse déguisée en interrogation.
— Tu as embrassé Eleena, toi ? lançai-je, refusant de lui donner la réponse qu'il désirait.
— Alors, il te plaît ? continua-t-il, la voix tranchante.
Chaque geste, chaque expression de ma part semblait passé au crible par son regard brûlant de jalousie. Il ne tentait même pas de s'en cacher, ce qui était indécent. Nathan ne pouvait pas ressentir ce genre d'émotion à mon égard. Toutefois, il n'était pas de cet avis, s'avançant dangereusement vers moi. Il ferma la porte de ma chambre à l'aide de son pied.
— Réponds-moi, insista-t-il d'une voix aussi douce que amère.
Dire oui serait dangereux, dire non ne suffirait pas à apaiser la tempête dans ses yeux.
— Peut-être, murmurai-je, joueuse.
Il fit un pas de plus vers moi, réduisant encore l'espace entre nous. Je déglutis, me sentant à l'étroit tout d'un coup. Comme la fois où il avait débarqué dans ma chambre afin de me menacer.
— Vraiment ?
Son regard noir était rivé sur moi, et je me délectais de l'attention qu'il me portait. De cette lueur qui brillait dans son regard comme s'il allait me manger toute cru. Sa jalousie n'était plus seulement dans ses mots : elle était dans ses gestes, dans sa manière d'approcher. Son visage était grave, une ombre planait sur son doux visage et je ne pouvais plus bouger. Parce que j'en avais plus envie. J'aimais être le centre de son attention, lui faire croire qu'il était le grand méchant loup et moi la brebis alors que nous étions Adam et Lilith.
Sans même le toucher, je savais que je trahissais déjà Eleena à ma façon de le regarder réduire l'espace entre nos deux corps, le laissant me dévorer du regard, la chair de mes tétons durcit. Je reculai d'un pas, sentant le mur derrière moi, et il ne recula pas. Au contraire, il inclina légèrement la tête, un sourire froid et possessif aux lèvres.
— Tu sais que je n'aime pas partager, murmura-t-il d'un ton autoritaire.
Nathan posa ses mains sur mes hanches et mon regard se dirigea directement sur ses lèvres qui m'enivraient à chaque fois que je les goûtais, que j'y pensais. Mon cœur battait à tout rompre, et je savais qu'il sentait chaque battement, chaque hésitation. La jalousie dans son regard n'était pas seulement possessive, mais douloureuse.
— Tu es à moi, Emris.
Je résistai à l'envie de lui demander de répéter mon nom parce que j'aimais comment il sonnait sur sa langue. À la place, je lâchai un rire moqueur, tranchant comme une lame, sans prendre la peine de lui répondre.
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Venimeuse
Roman d'amourÀ dix-neuf ans, Emris Stewart est une artiste torturée, rongée par ses propres démons. Elle enchaîne alors les conquêtes sans lendemain et les jeux de pouvoir, persuadée que se briser est la seule façon de se sentir vivante. Mais tout bascule cet ét...
