Le Portrait d'une femme de la famille Hoffer, Anonyme (1470)
À seulement quelques pas d'un bar, je fermais mon long manteau noir à fourure pour empêcher le vent frais de s'accaparer la chaleur de mon corps.
— Je vais au bar, indiquai-je en désignant le bar en question.
Ce n'était pas une demande, mais une affirmation. J'étais une adulte, et je n'avais pas besoin de leur bénédiction pour mener ma vie. Cela n'empêcha pas mes parents d'acquiescer, comme pour me donner leur autorisation, comme si celle-ci avait encore une valeur à mes yeux.
En vérité, mes parents avaient toujours préféré l'illusion de la perfection à la réalité, fermer les yeux sur tout ce qui pouvait ébrécher leur tableau de famille idéale. Ils n'avaient rien dit quand j'avais failli mettre fin à mes jours, comme si la douleur s'était évaporée aussitôt que les cicatrices avaient séché. Ils n'avaient rien dit non plus lorsque des garçons grimpaient par la fenêtre de ma chambre presque chaque soir. Alors non, je n'attendais pas leur approbation. Parce que je savais qu'elle ne signifiait rien dans le fond. Il s'agissait juste d'un hochement de tête automatique. Et moi, je me prêtais au jeu, par habitude.
— Moi aussi, fit Nathan sans même me regarder. Tu viens, bébé ?
Je fronçais les sourcils en reportant mon regard sur le couple. Eleena, qui jouait avec les doigts de Nathan, secoua la tête.
— Je préfère terminer tranquillement mon livre, mais tu peux y aller.
Mon ventre se serra. Elle nous faisait réellement confiance, n'ayant aucune idée de ce que nous faisions lorsqu'elle avait le dos tourné, des pensées que j'avais à propos de son petit ami. Eleena ne se doutait de rien. Et si, généralement, je méprisais les personnes naïves, à l'instant, je me trouvais pathétique.
Elle embrassa Nathan et je détournai les yeux, ne voulant pas savoir s'il attendait de rencontrer mon regard ou non.
Une fois à ma hauteur, ma sœur prit ma main dans la sienne et déposa les clés de sa voiture dans le creux de cette dernière.
— Je rentre avec papa et maman, ne bois pas trop s'il-te-plaît.
J'acquiesçai et je sentis son hésitation.
— Surveille-le pour moi, annonça finalement ma sœur, les lèvres pincées.
Je me rendis compte qu'elle ne lui faisait pas confiance à lui, mais à moi. Elle m'accordait sa foi sans se douter que ma loyauté à son encontre n'était qu'une illusion. C'était un vulgaire masque de fumée qui n'allait pas tarder à s'infiltrer sous sa peau et à briser son cœur.
— Je ne suis pas certaine d'être la personne la plus qualifiée pour ce rôle.
Elle rigola, pensant sûrement que je faisais référence à mon comportement habituel, celui qu'elle et mes parents imaginaient, puis embrassa ma joue avant de s'éloigner.
Je n'attendis pas Nathan et pénétrai dans le bar. La chaleur du lieu contrastait parfaitement avec la fraîcheur de la nuit californienne. Si j'avais vu dans Peaky Blinders qu'à l'époque les femmes ne pouvaient pas se rendre dans un bar sans un homme à leurs côtés, désormais les seuls à prêter attention à ma compagnie étaient ceux qui souhaitaient m'offrir un verre.
Je m'installai sur un tabouret et Nathan ne tarda pas à m'imiter.
— À m'ignorer ainsi, je pourrais presque penser que tu as honte d'être vue avec moi, se moqua gentiment Nathan.
— Peut-être que c'est le cas.
Je fis signe au barman de me servir un whisky sec sans glaçons et Nathan demanda la même chose.
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Venimeuse
RomanceÀ dix-neuf ans, Emris Stewart est une artiste torturée, rongée par ses propres démons. Elle enchaîne alors les conquêtes sans lendemain et les jeux de pouvoir, persuadée que se briser est la seule façon de se sentir vivante. Mais tout bascule cet ét...
