Chapitre 8

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La Boutique de la Volaille, Gerrit Dou (1670)

Curieusement, j'avais bien dormi. Mes démons ne s'étaient pas manifestés cette nuit, comme s'ils connaissaient mes limites, et ne préféraient pas me pousser dans mes retranchements. Me pousser à me suicider. Ce qui était une bonne chose.

Vêtue de mon pyjama, soit un débardeur blanc et un short noir, je me dirigeai vers la cuisine, les yeux rivés sur l'écran de mon téléphone, je répondais à une fille avec qui j'avais couché à maintes reprises au début de l'été.

Lizbeth Anna Jones était une fille qui suivait la même option de culture générale que moi. Je ne lui avais prêté aucune attention particulière durant l'année jusqu'à ce que notre professeur nous associa l'une à l'autre. Nous étions chargées de décortiquer la vie de Rosa Bonheur, ce qui était fascinant, en réalité. Issue d'un milieu modeste, cette peintre avait dû batailler pour s'extraire du modèle patriarcal et misogyne de la société française. Effectivement, à cette époque, les femmes n'étaient pas admises à l'École des Beaux-arts. Pourtant, Rosa Bonheur s'était affirmée sur la scène publique et les critiques la comparaient sans cesse aux peintres de sexe masculin.

Nous avions passé trois heures dans la bibliothèque de notre école, accompagnées de cafés tièdes hors de prix. Rapidement, je m'étais rendue compte de la beauté de Lizzy.

J'avais commencé par remarquer sa bouche. Sa lèvre supérieure charnue que j'avais envie de mordiller. Puis j'avais vu la dentelle rouge de son soutien-gorge qui dépassait de son tee-shirt. Elle me narguait. Je ne regardais plus rien d'autre.

C'était la première fois que j'étais attirée par une femme. Je pensais à sa peau olive qui semblait si douce et délicate. À son accent britannique quand elle disait Bonheur, prononçant la dernière syllabe de manière discrète, presque élégante.

Je n'avais jamais envisagé une fille auparavant, c'était déconcertant. Notre idylle avait alors commencé, juste derrière une étagère, à l'abri des regards. Le couloir était étroit, étouffant, chargé d'une tension que je peinais à comprendre. Quand elle s'était penchée vers moi, j'avais cru qu'elle allait murmurer quelque chose, mais ses lèvres avaient effleuré les miennes.

C'était doux. Presque lent. Un baiser retenu, comme si elle me demandait silencieusement la permission. Et puis j'avais ouvert la bouche, lui faisant part de mon envie. Sa langue avait glissé contre la mienne de manière affirmée, confirmant que je n'étais pas sa première expérience. Alors que son parfum m'enivrait, ma main était montée instinctivement jusqu'à sa nuque, puis dans ses cheveux. Lizbeth avait gémit contre ma bouche, et le baiser était devenu plus sauvage.

Insatiable, elle avait pressé son bassin contre le mien, et j'en avais profité pour glisser ma main sous sa jupe, effleurant sa peau douce et brûlante.

Des jupes plissées, un rouge à lèvres qui contrastait parfaitement avec sa peau mate, une silhouette fine et gracieuse, des cheveux bruns qui tombaient en cascade sur ses petits seins fermes qui tenaient parfaitement dans les paumes de mes mains. Elle était une parfaite distraction à New York.

Seulement, Lizbeth semblait vouloir autre chose que du sexe. Quelque chose que je ne voulais pas lui apporter. Je ne désirais pas m'engager dans une relation sérieuse et exclusive ; je me voyais seulement la détruire, pas l'aimer. D'autant plus que je ne faisais que penser au copain de ma sœur, ce que je peinais à comprendre.

— Coucou, ma chérie, lança maman en entrant dans la pièce. Tu as bien dormi ?

En réponse, je verrouillai l'écran de mon téléphone afin d'attraper une pomme rouge qui traînait sur la grande table.

VenimeuseDes histoires addictives. Découvrez maintenant