Chapitre 34

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Les Amants Surpris, François Boucher (1760)

J'étais face à mon téléphone lorsque Nathan entra brusquement dans ma chambre. Il ferma la porte derrière lui et vint poser ses mains sur mes hanches alors que j'admirais la robe noire en dentelle que je portais, me demandant si elle était convenable pour un dîner de famille. 

Nathan posa son menton sur mon épaule et me regardait calmement à travers l'écran de mon téléphone, se foutant royalement d'être enregistré. J'aimais encore plus ce genre de moments que le sexe. C'était plus intime, plus effrayant. Mais aussi plus réel, plus réconfortant.

— Est-ce que tu penses que c'est convenable pour dîner avec ma famille ?

Je faisais référence au décolleté et à la dentelle de ma robe qui ne représentait pas réellement le rôle que mes parents et ma sœur voulaient que je joue, celui de l'enfant parfait. Nathan resserra ses bras autour de ma taille de manière possessive et déposa un petit baiser sur ma tempe.

— N'essaye pas de paraître différente pour eux, Em. On emmerde ta famille. Et puis, moi, j'aime ta robe.

Je levai les yeux au ciel et un sourire vint immédiatement orner mes lèvres. J'étais heureuse.

— Ah ouais ?

— Ouais, répondit Nathan en écho.

Je me retournai et passai mes bras autour de son cou et me mordillai légèrement la lèvre inférieure. Mes yeux ancrés dans les siens, son parfum qui imprégnait mes narines et ses bras autour de ma taille, je ne m'étais jamais sentie aussi bien avec quelqu'un de toute ma vie. Comme si j'avais trouvé un chez-moi. Mais je savais que ça ne pouvait pas durer éternellement.

— Qu'est-ce qui nous attend à New York ? osai-je demander doucement.

Je ne savais pas si je voulais entendre sa réponse. Peut-être parce que même si je savais qu'il m'aimait, je craignais qu'il choisisse Eleena.

— Un labrador, un penthouse à Manhattan et trois gosses, c'est le plan.

Exaspérée, je le frappai doucement.

— Je suis sérieuse, Nathan.

— Moi aussi, rétorqua-t-il, feignant une conviction qui ne lui ressemblait en rien.

Je souris légèrement et me détachai de lui pour récupérer mon téléphone, me rappelant soudainement que je filmais toujours.

— Qu'est-ce qu'on deviendra à New York ?

J'affichai un sourire amer.

— C'est vrai, nous ne pourrons jamais sortir ensemble par respect pour ma sœur.

Comment pourrais-je expliquer à mes parents que j'étais amoureuse de Nathan, l'homme qu'ils pensaient être amoureux d'Eleena ?

— Si tu ne crois pas en nous, c'est sûr que ça ne marchera jamais, commenta Nathan, vexé.

— Je crois en nous, mais je suppose que si ma sœur ou mes parents apprennent qu'on couche ensemble ou qu'on s'aime, ils me rejetteront définitivement de cette famille.

J'étais le vilain petit canard. Ni plus, ni moins. Ma présence n'était pas indispensable, je le savais.

— Pas forcément.

Ses lèvres pincées et son regard toujours rivé sur moi m'indiquaient qu'il n'y croyait pas. J'étais foutue. Complètement foutue.

— Est-ce que tu comptes rester avec Eleena ?

Je savais que c'était stupide, qu'il pouvait se vexer suite à ma question, à mon manque de confiance, mais j'avais besoin d'une réponse. Comment pouvais-je avoir confiance en Nathan alors que je ne me faisais même pas confiance ? À sa place, je ne me retournerais pas, je partirais avec Eleena, rayant la salope Stewart de mon cerveau parce qu'elle était un aimant à problèmes.

— Tu te fous de moi ?

Je me mordillai l'intérieur de la joue et ne répondis pas, attendant sa réponse. Il fronçait les sourcils et je discernais une flamme danser dans son regard.

— Est-ce que tu me poses réellement la question ?

Il semblait furieux.

— Je t'ai dit que je t'aime, Emris. Je ne l'avais jamais fait auparavant. Je me suis même livré sur mon passé... Et tu penses sérieusement que je veux rester avec Eleena ? Si j'attends pour lui parler, c'est pour toi. C'est toi qui m'a demandé d'attendre. Et je respecte que tu veuilles gérer la chose toi-même, mais ne me fous pas ça dans la gueule.

Je détournai mon visage du sien parce que je n'osais pas affronter son regard. Parce que j'avais honte de douter de lui.

— Tu penses réellement que je t'abandonnerais ?

Je ne répondis pas car je n'avais pas de réponse. Peut-être qu'il se lasserait de moi au fil des mois, des années ou même des semaines.

— Regarde-moi, Emris.

Je lui obéis.

— Je ne vais pas t'abandonner parce que je suis amoureux de toi. Je ne vais pas t'abandonner même si tu mérites mieux que ce que je peux t'offrir.

Je ne méritais rien d'autre qu'un cœur brisé.

— Je t'aime, Em.

Je fermai les yeux et hochai la tête.

— Je t'aime aussi, Nathan. Je suis désolée, c'était stupide de douter. C'est juste que cette situation m'angoisse.

— Je comprends.

Il prit mon visage en coupe et déposa un long baiser sur mon front. Je me concentrai sur la sensation de ses lèvres contre ma peau, la chaleur de son corps qui se tenait à quelques centimètres du mien.

— On a un avenir, toi et moi. Je te le promets.

Je n'étais pas convaincue, mais je me surpris à l'espérer.

Je n'étais pas convaincue, mais je me surpris à l'espérer. J'avais été seule si longtemps que je ne savais plus à quoi ça ressemblait d'habiter avec quelqu'un sur le long terme, de partager un quotidien. Et l'idée de retrouver Nathan dans mon lit tous les soirs n'était pas une idée déplaisante, au contraire.

— On devrait rejoindre les autres, murmurai-je si bas que je n'étais pas certaine qu'il ait entendu.

Son visage se tenait à quelques centimètres du mien et je louchai déjà sur ses lèvres, rêvant d'y goûter encore et encore, jusqu'à en perdre haleine. Si je devais mourir pour l'embrasser, je goûterais volontiers au baiser de la mort.

— On devrait aller dîner.

Il esquissa un sourire moqueur qui me rappelait nos débuts, toutes les fois où il s'était joué de moi. Sauf qu'aujourd'hui, je n'avais pas envie de le lui arracher ou d'avoir une quelconque emprise sur lui.

— Rien à foutre du dîner, je t'aurais toi.

Et ses lèvres rencontrèrent les miennes dans un doux baiser qui n'avait rien à envier à tous ceux que nous avions échangés par le passé, colériques et insatiables. Celui-ci était différent, mais tout aussi exquis. J'aimais la sensation de sa bouche contre la mienne, les promesses d'un avenir impossible qu'il faisait dans cet échange.

Lorsque nous nous détachions, j'affichai un sourire et tournai ma tête vers la porte de ma chambre afin de rejoindre les autres.

Je vis rouge.

Ma porte était ouverte.

Eleena était là.

Elle nous fixait, le visage dénué de toute colère et de tristesse.

Je m'écartai instinctivement de Nathan, mettant de la distance entre nous pour entretenir un mensonge qui venait de tomber en ruines.

— On vous attend pour dîner, lâcha calmement Eleena avant de nous laisser seuls à nouveau comme si elle n'avait rien vu.

VenimeuseDes histoires addictives. Découvrez maintenant