Chapitre 31

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Les Amants, René Magritte (1928)

Perdue dans la contemplation du tableau que je venais de terminer, je sursautai quand la porte de ma chambre s'ouvrit d'un geste brusque. Nathan franchit le seuil et, je détournai les yeux de ma toile pour les poser sur lui alors qu'il se plaçait à mes côtés.

— Qu'est-ce que tu fais ?

Je le regardais se concentrer sur le dessin que j'avais effectué d'un cyclone avec des couleurs agressives. Au centre, une spirale noir charbon s'élançait vers l'extérieur, engloutissant et détruisant tout ce qui l'entourait, insatiable. Autour de ce noyau, j'avais peint des éclats de rouge. Le bleu profond, lui, se heurtait à des touches de vert acide, créant un contraste brutal, qui faisait vibrer la composition. L'ensemble donnait l'impression que le dessin était en mouvement, qu'il tournait encore, prêt à s'effondrer sur lui-même. Rien n'était harmonieux, et encore moins les couleurs qui se disputaient l'espace, comme si le cyclone était né d'une colère intérieure.

— J'avais envie de te voir, répondit simplement Nathan en haussant les épaules.

Je levai les yeux au ciel.

— Eleena et ta mère regardent un film romantique sur Netflix et ton père est dans son bureau.

Depuis que nous avions couché ensemble dans ce bar, ce genre de moment arrivait fréquemment. Il se débrouillait toujours pour m'accorder du temps dans le dos de ma sœur, pour parler avec moi. Parfois, il inventait un prétexte anodin, ce qui laissait penser à Eleena que nous nous entendions bien désormais. D'autres fois, comme aujourd'hui, il surgissait simplement, sans raison valable, comme pour s'assurer de ma présence.

C'était agréable de lui parler. Nathan était passionné et intelligent. Avec lui, la conversation n'était jamais neutre ; elle me faisait vibrer, et je m'y accrochais comme on le ferait au bord d'un gouffre, attendant patiemment notre prochain sujet de discussion.

Je reportai alors mon regard sur le dessin, analysant mon œuvre d'art.

— Qu'est-ce qui se passe dans ta jolie tête ?

Je penchai légèrement la tête.

— Je cherche à savoir si je déteste ou si j'adore ma peinture.

D'un côté, je trouvais qu'elle collait parfaitement à ce que je faisais habituellement. Mais d'un autre, elle n'était pas séduisante, mais agressive. Je savais que l'art n'était pas censé être beau, qu'il pouvait repousser. Mais je ne savais pas quoi penser de ce dessin.

— Les couleurs choisies agressent celui qui le regarde, commença Nathan, pensif. C'est violent et moche à la fois. On dirait que tu as voulu enfermer ta rage sur le papier, mais au lieu de créer quelque chose d'harmonieux, tu as craché ta colère brute. Ça dérange presque celui qui le regarde.

J'acquiesçai doucement sans savoir s'il m'observait pour remarquer mon geste.

— Mais il est captivant, il nous donne l'impression de plonger dans la folie, d'avoir un aperçu de tes propres démons.

C'était étrange de me dire que ces conversations devenaient fréquentes, mais je ne m'en plaignais pas. Pour la première fois de ma vie, je n'avais plus envie d'être seule.

— Est-ce que ça représente ce que tu ressens ?

— Parfois, admis-je doucement.

Je sentis son regard peser sur moi, plus lourd que celui qu'il posait sur la toile.

— Alors ça explique beaucoup de choses.

Ce cyclone nous représentait parfaitement. Nous étions une spirale qui attirait tout, qui détruisait tout, et qu'on ne pouvait pas arrêter. C'était beau dans son chaos, mais ça ne menait nulle part.

VenimeuseDes histoires addictives. Découvrez maintenant