Le Baiser, Gustav Klimt (1908)
J'avais essayé de résister. Vraiment. J'avais tourné en rond dans la maison pendant une éternité, la mâchoire crispée, m'accrochant à une morale qui se fissurait un peu plus à chaque minute passée. Ma sœur était enfermée dans sa chambre, les larmes trop bruyantes pour qu'on les ignorât. Pourtant, je n'avais pas frappé à sa porte. Je n'avais pas posé ma main sur la poignée, ni même songé à ce que je pourrais lui dire. En réalité, je n'étais pas le genre de personne qui console. Et encore moins le genre de sœur qu'elle aurait mérité. À la place, je pensais à Nathan.
Il était parti seul sur la plage, torse nu, et cette image m'obsédait. Je savais que c'était malsain. Mais c'était plus fort que moi. Alors j'étais sortie. Je l'avais vu, au loin, dans l'eau. Il nageait lentement, comme s'il savourait le silence que lui offrait l'océan. Et sans réfléchir, sans même retirer mes vêtements, je m'étais avancée vers lui.
Les vagues caressaient mes jambes, puis m'engloutissaient peu à peu. Le sel s'accrochait à mes lèvres. Mais je ne bronchais pas. Il n'y avait que lui. Ses bras qui fendaient l'eau. Son dos qui brillait sous les dernières lueurs du jour. Et cette façon qu'il avait de ne jamais se retourner.
Je le rejoignis. Habillée, trempée et terriblement coupable.
Il était encore temps de fuir. Ce n'était pas trop tard : dos à moi, il ne s'était toujours pas aperçu de ma présence. Cependant, je ne pouvais pas m'empêcher de me retrouver seule avec lui dès que j'en avais l'occasion. J'agissais comme une putain de lycéenne tourmentée par ses hormones. Le genre qui découvrait sa sexualité et les garçons. Je ne voulais pas l'être. Encore moins avec le petit ami de ma sœur.
Finalement, j'arrivai à la hauteur de Nathan et il se tourna vers moi, se rappelant soudainement de mon existence. Nous avions pour seule musique les vagues qui s'écrasaient contre nos poitrines, déchaînées. Mes habits me collaient à la peau, mais je m'en foutais. J'étais subjuguée par Nathan, ne pouvant me résigner à le lâcher des yeux.
Ses yeux sombres et impassibles étaient posés sur mon visage, ses lèvres, elles, étaient légèrement violettes et ses cheveux ébènes et ébouriffés étaient imprégnés de sels et d'eau. Il me dominait de toute sa hauteur, mais à sa façon de me regarder, de me voir lorsque personne ne semblait le vouloir, je me sentais tout sauf petite et insignifiante.
Il avait ce pouvoir sur moi.
— Je vous ai entendus, dis-je sans le quitter des yeux.
Il ne broncha pas. Le vent jouait avec ses mèches mouillées, mais lui restait parfaitement immobile, comme une statue sculptée dans la mer.
— Eleena et toi... Je suis certaine que ça va s'arranger.
Je ne savais pas pourquoi j'étais ici. Je n'avais rien à lui dire et notre proximité était beaucoup trop intime. Pourtant, nous ne nous touchions même pas. Cette intimité se logeait ailleurs — dans sa façon de me regarder comme si j'étais un mystère qu'il essayait de percer sans y parvenir. Comme si j'étais un secret qu'il refusait de partager.
— Tu écoutes aux portes, maintenant ?
Sa voix était tranchante et ironique. Mais il ne m'éloignait pas. Il ne le faisait jamais.
Je ne répondis pas.
— Qu'est-ce qui te fait croire que ça va s'arranger, Emris ?
Il prononça mon prénom avec une douceur qui m'était inconnue jusque-là. Cela me déstabilisa.
— Ma sœur t'aime. Te perdre lui briserait le cœur, elle ne te laissera pas partir sans se battre.
Il fit un pas vers moi afin que nos poitrines se rencontrent et que l'eau ne puisse plus passer entre nos corps. Mon cœur rata un battement et ma respiration s'accéléra à cause de cette fichue proximité.
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Venimeuse
RomantizmÀ dix-neuf ans, Emris Stewart est une artiste torturée, rongée par ses propres démons. Elle enchaîne alors les conquêtes sans lendemain et les jeux de pouvoir, persuadée que se briser est la seule façon de se sentir vivante. Mais tout bascule cet ét...
