Le Jardin des délices, Jérôme Bosch (1480)
Dans l'espoir de me vider la tête, de chasser Nathan de mes pensées, je m'étais retrouvée à arpenter les rues de Carpinteria sans but précis, le cœur saturé d'images que je ne parvenais pas à oublier. J'évitais soigneusement la rue dans laquelle travaillait Joshua, et surtout la maison. Il m'était inconcevable de croiser ma sœur ou son petit ami avant d'avoir mis de l'ordre dans ce chaos.
Tant que les remords ne venaient pas me hanter, me poursuivre et me capturer dans leur prison –non pas dorée, mais douloureuse et éternelle–, je pouvais continuer de prétendre. Prétendre que tout allait bien. Mais la vérité me brûlait : je n'arrivais pas à me sentir coupable. Pas une once de honte ne coulait dans mes veines. Au contraire, je souhaitais que ça se reproduise. Alors oui, ma rédemption était foutue. Et je savais pertinemment qu'Eleena et mes parents ne me le pardonneront jamais.
Comment aurais-je pu leur avouer que j'éprouvais ce besoin dévorant de me rapprocher de son amant, de le posséder, de me perdre dans lui comme dans une drogue trop puissante ?
Alors que j'allais continuer mon errance, une sensation étrange me traversa. Je relevai la tête.
Il était là. Appuyé contre un mur décrépi, cigarette coincée entre ses lèvres, il me fixait sans ciller, comme s'il m'attendait. Au fond, je savais que c'était le cas.
On n'en a pas fini, toi et moi, avait-il affirmé la veille, déterminé.
Tout aurait dû m'ordonner de fuir. Cette promesse, la ruelle, l'interdit. Nathan.
Mais mes pas, traîtres, se mirent en mouvement avant même que je réfléchisse. Le claquement sec de mes cuissardes résonnait plus fort, comme une marche vers l'inévitable.
Il ne bougea pas. Pas un geste, pas un mot. Juste ses yeux qui me dévoraient dans la pénombre. Et moi, j'étais incapable de rompre ce lien invisible qui m'attirait vers lui.
Les silhouettes des passants s'étaient brouillées, et il ne restait plus que cette confession silencieuse qui nous appartenait. Pourquoi le désir ne cédait-il pas sa place à la honte ? Avec Nathan, tout semblait naturel, mais ce n'était pas censé l'être. Je le savais pertinemment. Pourtant, je ne pouvais pas raisonner autrement. Je n'arrivais pas à m'en détacher.
Je n'y arrivais tout simplement pas.
Aucune culpabilité ne s'emparait de mon corps comme si ce que je faisais n'était pas mal. Malsain. S'il s'était déplacé jusqu'ici, ce n'était pas seulement pour jouer avec moi, me narguer. Il avait eu besoin de me voir, de vérifier que la veille n'était pas uniquement un de ses fantasmes sordides. Et ce simple fait fit naître au creux de ma poitrine une étincelle d'orgueil venimeux.
Quand je fus devant lui, à portée de souffle, il écrasa sa cigarette du bout du pied, sans me quitter des yeux. Puis, sans un mot, il se pencha et m'embrassa, cédant le premier. Et cette vérité, même enfouie sous le désir, me donnait l'illusion d'une victoire.
— Je t'ai dit que nous n'en avions pas fini, toi et moi, souffla Nathan contre mes lèvres.
Il me poussa délicatement, de sorte à ce que je sois dos au mur de briques, toujours face à lui. Je serrai discrètement les cuisses, excitée par le fait que Nathan m'ait traquée jusque dans cette ruelle crasseuse. J'étais foutue, c'était certain.
N'importe quelle femme saine d'esprit aurait hurlé, l'aurait giflé, aurait fui en l'insultant. Moi, je mouillais. Peut-être parce que je savais ce que je méritais. Quelque chose de sale, de malsain, de pervers. Parce que je n'étais pas une bonne personne. J'étais une mauvaise sœur. Une mauvaise fille. Une mauvaise amie.
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Venimeuse
RomantizmÀ dix-neuf ans, Emris Stewart est une artiste torturée, rongée par ses propres démons. Elle enchaîne alors les conquêtes sans lendemain et les jeux de pouvoir, persuadée que se briser est la seule façon de se sentir vivante. Mais tout bascule cet ét...
