Le Baiser, Edvard Munch (1889)
Tu n'as aucune idée de qui je suis, n'est-ce pas ?
Tu n'as aucune idée de qui je suis, n'est-ce pas ?
Tu n'as aucune idée de qui je suis, n'est-ce pas ?
Ses mots tournaient en boucle dans ma tête, comme une lame qui refusait de se retirer de ma chair. Chaque répétition amplifiait ma douleur. J'étais restée figée depuis qu'il m'avait planté là.
Que voulait-il dire ? Que j'étais tellement absorbée par mes propres blessures, tellement obsédée par l'amour que je ne recevais pas, que je finissais par ignorer ceux qui étaient présents ?
Je ne savais foutrement rien. Mais l'idée qu'il le pense, qu'il puisse croire que je ne le voyais pas, me mettait hors de moi. Parce qu'une part de moi refusait de lui donner raison.
Je laissai échapper un souffle. Mes mains tremblaient quand je me penchai pour enlever mes chaussures ; si je n'agissais pas tout de suite, je savais que je me défilerais une nouvelle fois.
Je voulais courir après lui, m'excuser, lui dire que je ne le détestais pas autant qu'il le croyait. Pas du tout, même. Qu'il n'était pas responsable de la façon dont j'avais pourri ma relation avec ma sœur et mes parents. Il n'était qu'une excuse que je m'étais inventée pour ne pas voir l'horreur en face.
Ce n'était pas de sa faute si je me détestais à ce point, si je me voyais comme une chose hideuse. J'étais déjà brisée. J'étais le problème.
Je traversai le salon en courant, puis ouvris la baie vitrée d'un geste sec et me retrouvai sur la plage en un temps record. Ma robe, beaucoup trop légère pour le vent qui s'élevait, battait contre mes cuisses. J'étais ridicule, pathétique, mais je n'avais pas le luxe de m'arrêter.
Je le trouvai rapidement, assis sur le sable, face à la mer. Mon pas ralentit aussitôt, gagné par une honte sourde, celle d'avoir besoin de lui comme d'une douce drogue, d'être attirée par lui comme si je n'avais pas le choix. Comme si j'étais sa putain de copine. Alors que je ne le serais jamais.
Pourtant, mes jambes continuèrent d'avancer, obéissant à quelque chose de plus fort que ma volonté. Comme si un fil invisible m'y poussait.
Je finis par m'effondrer à genoux devant lui, incapable de faire semblant plus longtemps. Je ne savais pas ce que je cherchais, mais il ne détourna pas le regard vers moi. Ses yeux fixaient la mer, figés dans cette froideur glaciale qui me donnait l'impression d'être un fantôme à ses côtés.
Le silence nous engloutit. Pourtant, je pouvais encore sentir ce lien inexplicable entre nous : Nathan et moi étions deux âmes qui s'attiraient malgré la certitude de s'anéantir. Je pouvais presque discerner cette reconnaissance muette qui me rappelait que, même s'il m'ignorait, il le savait aussi bien que moi. Ce n'était pas un hasard si nous étions incapables d'arrêter ce jeu depuis le début de juillet.
J'étais à genoux devant lui. Mais je ne savais pas quoi lui dire, quel ton adopter. Baiser était facile, mécanique, une échappatoire sans mots. Mais mettre des phrases sur ce que je ressentais, sur cette folie, c'était une douleur que je n'avais jamais su dompter. L'art le faisait pour moi.
J'ouvris la bouche pour dire quelque chose, n'importe quoi, mais rien ne vint. Mon silence était une confession à lui seul : je ne savais pas comment exister sans lui, mais je n'avais pas le droit d'exister avec lui.
— Je regrette de ne pas regretter, confessai-je doucement, coupable.
Nathan ne m'adressa aucun regard, il se contenta de contracter sa mâchoire pendant que je posais mes mains sur ses cuisses.
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Venimeuse
Roman d'amourÀ dix-neuf ans, Emris Stewart est une artiste torturée, rongée par ses propres démons. Elle enchaîne alors les conquêtes sans lendemain et les jeux de pouvoir, persuadée que se briser est la seule façon de se sentir vivante. Mais tout bascule cet ét...
