Les Grandes Baigneuses, Paul Cézanne (1890)
Nous étions encore à table, et les conversations alternaient entre banalités et souvenirs. Maman nous prévenait également de l'arrivée de sa famille à la fin de l'été, souhaitant sûrement nous empêcher de montrer notre mépris à leur encontre. À commencer par mon cousin, Adenis, que je trouvais affreusement pathétique. Mais il n'était pas le seul à blâmer pour sa pauvre éducation : il s'agissait de la marque indélébile de ma tante Julie, une femme qui passait son temps à se vanter et à mépriser les réfugiés, comme si fuir une guerre ou la misère était un choix de confort. Quant à mon oncle Lucas, il dépensait son argent sans conscience, achetant tout ce qui ne devrait jamais être mis sur le marché : des diplômes, un permis de conduire, et probablement une éthique, par la même occasion.
Maman se leva en première, empilant les assiettes avec une grâce qu'elle avait toujours eue, ce qui me laissait perplexe face à son choix d'épouser un ancien coureur de jupon comme papa. Mon père la rejoignit pour l'aider, toujours prêt à la soulager de la moindre charge. Eleena se leva à son tour, puis Nathan, naturellement, suivit le mouvement.
Je restai assise quelques secondes de plus. Je ne voulais pas me lever. Pas tant que je pouvais me retrouver proche de lui, sentir son odeur et accidentellement le frôler.
Finalement, je me levai, attrapai mon verre et une assiette, et me dirigeai vers la cuisine de manière robotique. Il était juste devant moi, et je pouvais sentir l'odeur familière de son eau de cologne. De ce fait, je ralentis encore pour éviter de le frôler.
Je déposai les assiettes dans l'évier, m'écartant discrètement quand il recula d'un pas. J'avais l'impression d'évoluer dans un espace miné, où chaque mouvement risquait de révéler quelque chose que je passais mon temps à cacher.
Nathan, lui, semblait parfaitement à l'aise. Il plaisantait avec papa, échangeait quelques mots avec maman sur le dessert. Comme s'il n'avait pas passé l'après-midi à tester mes limites sur ce foutu damier. Comme s'il ne m'avait jamais regardée. Touchée dans cet océan. Dans ce bar underground de St. Mark's Place, puis dans ma chambre, à New York.
Je gardai les yeux baissés, prétendant être distraite par la vaisselle, pour éviter tout accrochage visuel avec le petit ami de ma sœur.
— Emris, peux-tu aider Nathan à apporter les tasses au salon pour le café ? lança ma mère avec un sourire tendre sur ses lèvres.
Je hochai la tête, silencieuse. Nerveuse. Nathan attrapa déjà quelques tasses et m'adressa un regard en coin, sans rien dire, mais il savait que je l'évitais. Et il aimait ça.
Je le suivis dans le couloir, concentrée sur mes pas pour éviter de le regarder. De désirer des choses qui m'étaient interdites. Il marchait lentement, nonchalamment, mais je savais pertinemment que ce rythme était calculé. Il voulait que je le frôle, que je me glisse à ses côtés. Malheureusement pour lui, je refusai de céder et de rentrer une nouvelle fois dans un de ses jeux malsains.
Arrivés au salon, il posa les premières tasses sur la table basse, puis se redressa bien trop rapidement. Son épaule heurta alors la mienne.
Je me raidis, mais fis mine de rien. Lorsque je me penchai légèrement pour poser les tasses à mon tour, son bras effleura le bas de mon dos. Une caresse à peine perceptible, mais qui me fit tressaillir malgré moi. Je me redressai aussitôt, rouge de honte.
Je tournai brusquement la tête vers lui, mais son visage avait déjà repris une neutralité parfaite. Nathan s'installa à table comme si de rien n'était, plaçant un bras protecteur sur le dossier de la chaise d'Eleena.
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Venimeuse
RomanceÀ dix-neuf ans, Emris Stewart est une artiste torturée, rongée par ses propres démons. Elle enchaîne alors les conquêtes sans lendemain et les jeux de pouvoir, persuadée que se briser est la seule façon de se sentir vivante. Mais tout bascule cet ét...
