Chapitre 12

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Autoportraits, Vincent Van Gogh (1886)

Tranquillement assise sur le sable chaud de Carpinteria, un crayon dans une main et mon carnet dans l'autre, je dessinais une silhouette masculine qui m'était, jusqu'à présent, inconnue.

Même si j'étais en vacances, je continuais à m'exercer pour perfectionner ma technique. Et puisque j'aimais particulièrement utiliser des couleurs sombres dans mes peintures, il m'était toujours indispensable de travailler les valeurs. Des nuances de clair et de foncé qui donnaient de la profondeur à mon image.

C'était un exercice que j'adorais, étant particulièrement douée dans ce domaine. Il me permettait de vider mon esprit, d'oublier.

Et aujourd'hui, j'avais besoin de penser à autre chose qu'au petit copain de ma sœur. Ce soir, il était prévu que nous allions dans une boîte de nuit, mais je n'arrêtais pas de penser à la lingerie noire, négligemment posée sur mon lit, celle que je porterais ce soir. Je ne pouvais pas y aller dans cet état, j'étais dans la merde.

Je laissais le vent balayer mes mèches blondes sur mon visage sans prêter attention à l'océan face à moi, obnubilée par mon dessin.

Plus tôt dans la matinée, Lizzy m'avait confessé attendre mon retour à New York avec impatience, et je ne pouvais pas être plus en accord avec elle. Plus vite je partais d'ici, plus vite je tirerai un trait sur Nathan et toute cette histoire.

Cependant, je craignais que ses intentions soient différentes des miennes. Moi, je voulais quitter Carpinteria par peur de succomber à la tentation, de mordre le fruit défendu. Lizbeth, au contraire, paraissait alimentée par des sentiments. Des sentiments qui n'étaient pas réciproques. Je n'en étais pas encore certaine, mais je devais éradiquer le moindre espoir dans sa jolie petite tête.

Avant de développer le moindre sentiment, elle méritait de savoir que je n'étais pas émotionnellement impliquée dans cette relation. Et que je ne le serais jamais. Elle était talentueuse, adorable et généreuse. Lizbeth était tout ce que je ne méritais pas.

Je n'étais pas heureuse : des idées noires envahissaient constamment ma tête. Être avec moi ne ferait que lui enlever son adorable sourire, celui qu'elle réservait aux enfants dans le métro. D'autant plus que je ne pouvais m'empêcher de penser au petit ami de ma sœur.

Lizbeth méritait mieux que moi tout comme Eleena.

Maman finit par venir s'installer à mes côtés, je fermai brusquement mon carnet, elle ne s'offusqua pas. Elle savait à quel point ce carnet était personnel, et mes parents mettaient un point d'honneur à respecter ma vie privée.

Ce respect était absolu. Ils n'avaient jamais lu mes journaux intimes lorsque j'étais enfant, ni cherché à fouiller dans mes affaires, même lorsque je rentrais imprégnée de tabac froid et de cannabis, les yeux rouges et le cœur lourd. Ils ne posaient jamais de questions. Pas même à l'hôpital, après cette première tentative désespérée d'en finir. Il n'y a jamais eu de crise, de confrontation, de pleurs ou même un rendez-vous chez un psychologue.

Mes parents savaient tout pourtant, notamment pour les garçons. Pour les rires étouffés, les chuchotements, les ombres qui se faufilaient jusqu'à la fenêtre de ma chambre et repartaient à l'aube. Ces derniers n'y ont jamais fait allusion; ils se contentaient de fermer les yeux. Aucun reproche, aucune inquiétude.

Peut-être qu'ils avaient bien trop peur de détruire l'image qu'ils s'étaient faite de cette famille. Ou peut-être qu'ils préféraient continuer à me regarder de loin, comme une œuvre étrange trop lourde de sens pour s'y confronter.

VenimeuseDes histoires addictives. Découvrez maintenant