Chapitre 26

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Les Deux Sœurs, William-Adolphe Bouguereau (1901)

Les cheveux emmêlés, je pénétrais dans ma maison en essayant de paraître normale. Comme si je ne m'étais pas tapée le petit ami de ma grande sœur. Comme si mon dos ne me faisait pas souffrir. Je n'osais pas imaginer l'état de ce dernier. J'étais quasiment certaine que mon dos, en plus d'être rouge, était recouvert de quelques griffures liées aux frottements contre la paroi en briques ou encore de petits bleus, qui eux, disparaîtraient dans quelques semaines.

Dans l'allée de ma maison d'enfance, j'avais enlevé mes talons afin de ne pas me faire surprendre dans cet état par n'importe quel membre de ma famille. Je craignais qu'ils se doutent du petit secret honteux que représentait Nathan, qu'ils voient à travers ma façade.

Malheureusement, Eleena se trouvait dans le salon et son regard se dirigea immédiatement sur ma personne. Je me figeai. Je n'étais pas en face d'un miroir, mais je savais à quoi je ressemblais. Et les idées auxquelles mon apparence pouvait mener, qui seraient fondées.

J'ouvris la bouche, mais je me ravisai. J'avais si peur d'esquisser le prénom de Nathan, de paraître confuse ou encore honteuse.

Je compris que ma sœur n'était pas dupe, qu'elle se doutait que je venais de fuir les bras d'un homme ou d'une femme. Seulement, ce qu'elle ne discernait pas dans ma gêne était que cet amant en question était également le sien.

Je chassai cette pensée de mon esprit parce que je pouvais encore sentir les mots de Nathan résonner en écho dans ma tête, savourer la proximité de nos deux corps.

Elle se leva de sa chaise tout en gardant ses yeux sur mon visage, intriguée. Et je ne pouvais m'empêcher de me demander si le maquillage noir autour de mes yeux avait bavé. Tandis qu'Eleena s'approchait de moi, je priais intérieurement un dieu pour empêcher Nathan de franchir cette porte ou de le faire dans le même état que moi, les lèvres gonflées, le regard assombri, le désir encore imprimé dans sa chair.

— Est-ce que nous pouvons parler, Emris ? me demanda ma sœur, un infime sourire sur ses lèvres.

Non, avais-je envie de lui répondre, mais cette réponse sèche paraîtrait suspecte.

Pourquoi refuserais-je d'accorder du temps à ma sœur si je n'avais pas couché avec son petit ami ?

— Oui, bien sûr.

Elle s'avança vers les baies vitrées ouvertes et s'installa dans le salon de jardin, dos à la mer. Je l'imitai, dubitative. Face à elle, je gardais mes cuisses serrées l'une contre l'autre et mes mains moites sur ces dernières.

De quoi voulait-elle parler ? Était-elle au courant pour Nathan et moi ?

Je jetai un coup d'œil à son visage.

— Je pense qu'il est important de parler de ça parce que ça a des conséquences sur notre relation.

Elle était trop calme. Je n'aimais pas ça.

Je déglutis, mais ne répondis pas, la laissant parler même si l'envie de plonger mon poing dans ma mâchoire jusqu'à sentir le goût métallique de mon sang était tentante.

— Je sais que nous passons chaque été ensemble, mais depuis que Nathan est là nous ne nous parlons à peine.

Quoi ?

— Je pense à cette conversation depuis un moment, continua ma sœur, remarquant l'incompréhension sur mon visage.

Je retins mon souffle, attendant la suite.

— Même si nous nous voyons très peu à New York, l'été était toujours notre moment, j'en suis consciente. Et si tu te sens délaissée parce que Nathan est là, je le comprends. C'est mon rôle de grande sœur de tenter de passer un maximum de temps avec toi, et je foire parce que je me consacre majoritairement à Nathan et Jordyn, avec cette histoire de tromperie.

VenimeuseDes histoires addictives. Découvrez maintenant