La Chaise de Vincent avec sa pipe, Vincent Van Gogh (1888)
Les jours qui suivaient mon entrée dans le jeu de Nathan avaient été reposant. En effet, ce dernier ne semblait pas décider à riposter de sitôt, ne sachant sûrement pas comment. Par conséquent, je n'avais pas à m'inquiéter du fait que ma sœur s'aperçoive de la salope que je faisais ou du connard que faisait son copain.
Cela faisait déjà une semaine que j'étais arrivée et que je renouais avec ma ville natale. Pourtant, je n'avais pas encore eu l'occasion de me baigner. De ne faire plus qu'un avec l'eau salée. Et l'envie de retrouver les vagues californiennes était omniprésente. Jusqu'à maintenant, je n'avais pas remarqué à quel point ces dernières m'avaient manqué, elles et le sel qui finissait toujours dans mes cheveux ou mon nez.
Vêtue d'un maillot de bain aussi bleu que mes yeux, l'eau jusqu'au cou, j'enfonçais mes pieds dans le sable tout en observant la grande vague se former devant moi. L'océan me captivait depuis ma plus tendre enfance, je ne pouvais résister à son appel. À l'appel du vide. L'écume donnait un aspect doux à l'eau, presque angélique. Or, elle était tout sauf douce. Celle-ci était la personnification de la rage. Le spectacle était incroyable, d'une rare beauté. Rien ne pouvait égaler son éclat. Excepté l'art.
L'océan était la preuve que la chose la plus majestueuse et aimée pouvait également être la plus dangereuse. La plus destructrice. Si je venais à mourir, je ne voudrais être nulle part ailleurs. J'aimais penser que, même si mon âme d'artiste torturé appartenait à New York, mon cœur appartiendrait toujours à mon premier amour, l'océan.
Alors que la vague allait s'écraser sur moi, je retins mon souffle avant de la laisser me submerger. Sa force me donnait l'impression d'être au centre d'un tourbillon. J'étais dans l'incapacité de me relever, de la combattre alors je ne le fis pas, trop fatiguée pour lutter. Je le faisais depuis bien trop longtemps. Sans le moindre signe de panique, je la laissais m'emporter au large.
Comme à chaque fois que je confrontais la mort, que je lui riais au nez, je ne pensais plus à rien. Les voix dans ma tête se taisaient enfin. Mes démons me laissaient en paix. Était-ce le prix à payer pour le silence ? La mort était-elle la solution ? Pouvait-elle me sauver ?
À quoi bon vivre si mon cœur baignait dans la solitude ? Si je n'avais que ça à offrir ? Et même si l'idée d'abréger mes souffrances était plaisante, je ne souhaitais pas mourir. Pas réellement.
Tant que j'avais l'art, j'avais une raison de vivre.
Ou peut-être que je m'accrochais encore au désir stupide auquel j'aspirais quand j'étais enfant, celui de rencontrer cette personne. Celle qui m'aimerait pas seulement pour mes qualités, mais surtout pour mes défauts. Celle qui aimerait mon âme écorchée et les cicatrices qui recouvraient mon coeur.
Une personne qui comprendrait que j'étais constamment à la merci de sentiments paradoxaux.
C'était idiot de penser qu'il me restait des choses à vivre, mais parfois je me surprenais à l'espérer. Comme maintenant. Cependant, l'espoir était pour les faibles. Et je ne l'étais pas.
L'art n'était plus suffisant. Rien ne l'était. Je devais arrêter de me bercer d'illusions.
Je faisais la paix avec moi-même, persuadée de connaître une fin similaire à celle de Guillaume Dulac. Je savais seulement que je ne voulais pas devenir le genre de personne à cumuler deux emplois pour survivre, abandonnant sa passion. Je ne voulais pas mettre au monde des enfants et leur donner le sentiment d'être insignifiants juste parce que je l'étais. Finalement, je n'étais pas certaine d'être capable d'aimer suffisamment une personne pour me confronter à cette vie.
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Venimeuse
Roman d'amourÀ dix-neuf ans, Emris Stewart est une artiste torturée, rongée par ses propres démons. Elle enchaîne alors les conquêtes sans lendemain et les jeux de pouvoir, persuadée que se briser est la seule façon de se sentir vivante. Mais tout bascule cet ét...
