Portrait de Gretta Moll, Henri Matisse (1908)
Eleena, impatiente, nous avait entraînés, Nathan et moi, dans un musée d'art contemporain, voulant nous montrer cet endroit qu'elle avait découvert. Dans une salle remplie de sculptures, je me tenais à l'écart du petit ami de ma sœur, ne prêtant pas attention aux statues qui m'entouraient. Non, j'avais la tête ailleurs. Quelque part où j'étais son petit secret, et où rien d'autre ne comptait.
Si Nathan habitait mon esprit depuis un moment, désormais, il m'obsédait. Je jurais pouvoir sentir sa respiration lorsque nous étions dans la même salle, et d'être capable de sentir son odeur sur ma peau si je me concentrais suffisamment. Et même si je mettais toujours des barrières entre Nathan et moi, je n'étais plus aussi intransigeante qu'au début.
Depuis l'épisode la boîte de nuit, Nathan était indifférent à ma présence. Aucun sourire moqueur, aucune remarque déplacée, aucun stratagème pour renforcer l'emprise qu'il détenait sur moi. Rien. Comme si nous n'étions plus rien d'autre que des proches d'Eleena qui ne se connaissaient pas, et qui ne le souhaitaient pas non plus.
Peut-être qu'il avait pris conscience de l'ampleur que prenait notre petit jeu. Je le savais aussi, mais pourquoi était-ce si bon de jouer avec le feu ? Je le désirais tant que cela me bousillait le cerveau. De toutes les personnes que je pouvais posséder, le petit ami de ma sœur était le seul à me faire fantasmer.
Je n'arrivais même pas à me l'expliquer à moi-même. J'étais tordue. Néanmoins, la rédemption était à ma portée si je parvenais à ne plus l'approcher.
— Emris, est-ce que je t'ai déjà dit que Nathan étudie dans la même école que toi ? chantonna Eleena, les yeux remplis de fierté.
Huh ?
Face à mon expression, elle continua tandis que Nathan afficha une mine aussi étonnée que moi. Il ne savait visiblement pas que nous nous rendions à la même école. Moi non plus, d'ailleurs. Je ne savais même pas qu'il était artiste. Cela dit, l'école est grande. Un bâtiment principal, deux annexes, plusieurs ateliers dispersés dans le quartier. Il est facile de ne croiser personne, surtout quand on ne suit pas les mêmes options.
Je me demandai alors quel type d'art Nathan pratiquait. Peut-être que sa spécialité était la photographie : manipuler les autres au travers son objectif lui conviendrait parfaitement. Capter des instants, les figer, les tordre selon son regard. Choisir ce qu'il montre, ce qu'il efface. Il était sûrement le genre de personne à capturer le beau pour emprisonner les autres sans qu'ils s'en rendent compte. Et puis je repensai à ses mains rugueuses contre ma peau nue, dans mes cheveux : Nathan se servait sûrement de ses mains, dans un art beaucoup plus manuel.
— Il aspire à être sculpteur.
J'observai Nathan, intriguée. Bien sûr qu'il faisait de la sculpture. Il ne capturait pas comme un photographe. Il façonnait, avec ce besoin viscéral de modeler, de posséder la matière, de décider ce qui méritait d'être visible ou effacé.
— Ah bon ? demandai-je en m'approchant de mon beau-frère.
Il acquiesça.
— Et toi ?
— Je veux être peintre.
Je voulais que mon art submerge le monde entier. C'était la réponse la plus évidente que je pouvais lui donner, mais aussi la plus pathétique. Alors je me contentai de rester brève. Comme toujours lorsque quelqu'un s'intéressait à mon art.
— Dis m'en un peu plus sur la sculpture, Nathan.
Je contournai une des statues qui représentait un Dieu grec, oubliant la présence de ma sœur. Je vouai toute mon attention à Nathan, mais je veillai à ne pas croiser son regard, à scruter la sculpture qui se dressait devant moi.
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Venimeuse
RomanceÀ dix-neuf ans, Emris Stewart est une artiste torturée, rongée par ses propres démons. Elle enchaîne alors les conquêtes sans lendemain et les jeux de pouvoir, persuadée que se briser est la seule façon de se sentir vivante. Mais tout bascule cet ét...
