La Danse, Henri Matisse (1910)
Depuis plusieurs jours, je tentais d'éviter Eleena et son petit ami, honteuse. De ce fait, comme je me savais seule avec Nathan, J'enfilais mes bottes afin de déguerpir de cette maison le plus rapidement possible.
Le silence pesait lourd, et chacune de mes respirations semblait résonner dans les murs comme un rappel de ce qui s'était passé dans cette ruelle. En le fuyant, j'espérais échapper au souvenir brûlant de nos gestes, au vertige qui avait suivi.
Ce jeu malsain avait pris une ampleur que je n'avais pas anticipée, et pourtant, j'adorais l'emprise que j'avais sur lui. Cette illusion de contrôle qui me donnait l'impression d'être tout ce qu'il avait toujours désiré. Le fil invisible qui dominait ses émotions. Seulement, il était devenu une drogue sur ma langue. Un poison doux.
Le discours de ma sœur résonnait dans ma tête, comme un verdict immuable. Je ne pouvais pas continuer à fréquenter son copain, pas alors qu'elle était folle amoureuse de lui. Alors que le perdre la détruirait. Je ne pouvais pas voler l'homme qu'elle aimait, même si chaque fibre de mon être me poussait vers lui.
Les marques sur mon dos blanchâtre me faisaient souffrir, mais ce n'était rien comparé à celles que j'avais infligées à mes cuisses. Et encore moins que la souffrance que je portais depuis des années.
— Où est-ce que tu vas ?
Je n'avais pas besoin de me tourner vers mon interlocuteur pour savoir de qui il s'agissait.
— En ville, répondis-je froidement sans me retourner.
Je ne voulais pas affronter son regard par peur de plonger dans les abysses des enfers et y trouver un chez-moi qui ne m'appartenait pas. Et je voulais pas qu'il pense que j'étais faible pour laisser la culpabilité et la rage bouillir dans mes veines.
J'étais dans l'incapacité de le regarder parce qu'il était le premier homme à me voir. Et je détestais ça, c'était effrayant. Les personnes que j'avais côtoyées pensaient que le sexe était ce qui avait de plus intime, mais je n'avais jamais partagé leur avis. L'art l'était encore plus. Lorsque je peignais, je laissais des inconnus à des expositions juger mes démons les plus sombres à travers mes coups de pinceaux.
Nathan me faisait me sentir comme une œuvre d'art. Il était l'artiste, et moi, son reflet. Je n'avais aucun secret pour lui parce que j'existais à travers lui, à travers ses yeux.
— Regarde-moi, Emris, ordonna Nathan, la voix rauque.
Je n'accédai pas à sa requête, posant ma main sur la poignée de la porte d'entrée.
— S'il-te-plaît.
S'il-te-plaît. Encore une supplique qui montrait la vulnérabilité à laquelle je le confrontais.
Le Nathan que je connaissais ne demandait pas, il prenait. S'il ne voulait pas que je parle de notre relation à ma sœur, il me réduisait au silence dans ma propre chambre. Et si l'envie le lui prenait, il me mettait dans l'embarras devant elle, enchaînant les sous-entendus que seule moi pouvait déchiffrer.
Nathan consommait les gens comme il consommait ses cigarettes, il jouait avec eux comme le ferait un loup avec une brebis, et il les détruisait comme s'ils étaient une sculpture imparfaite.
Nathan Ensler ne demandait pas, il était le maître du jeu.
Je me retournai alors pour lui faire face, incapable d'ignorer sa supplique sans réellement savoir pourquoi.
— Tu m'évites.
Ce n'était pas une question, mais un constat.
Je haussai les épaules, essayant de feindre la détente, alors que tout en moi brûlait d'une agitation incontrôlable. J'avais envie de lui hurler dessus, de le repousser, puis de l'embrasser. J'étais foutue. Il m'avait cassé.
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Venimeuse
RomantizmÀ dix-neuf ans, Emris Stewart est une artiste torturée, rongée par ses propres démons. Elle enchaîne alors les conquêtes sans lendemain et les jeux de pouvoir, persuadée que se briser est la seule façon de se sentir vivante. Mais tout bascule cet ét...
