Judith décapitant Holopherne, Artemisia Gentileschi (1613)
Je ne supportais pas la façon dont il me regardait à table, comme si j'étais la petite et fragile brebis, et lui, le grand méchant loup. Je n'osais pas soutenir son regard, de peur de paraître suspecte. Et je détestais ça. Me sentir démunie. Faible.
Lui, il avait non seulement l'ascendant sur moi, mais aussi Eleena. Je sentais qu'il s'agissait d'un jeu à sa façon de chercher le contact avec ma sœur, de jouer au gendre parfait.
Et si mes parents trouvaient cela adorable, la manière dont il cherchait à s'intégrer, ce n'était qu'un énième jeu malsain.
Je désirais reprendre le contrôle de la situation et rejoindre la partie. J'étais plus amusante lorsque je jouais, paraissait-il. Et sans pitié. Je n'avais pas froid aux yeux. Il allait l'apprendre à ses dépens. Pas demain. Pas dans une semaine. Ce soir.
Je frissonnais d'impatience.
J'aidai maman à débarrasser tandis qu'elle me racontait comment se portait ma tante. Je n'écoutais pas vraiment, mais cette dernière ne s'en été pas rendue compte.
— D'ailleurs, Adenis va faire ses études à Paris l'année prochaine... Dans cette université, elle s'arrêta, cherchant le nom de l'école sans y parvenir.
Je détestais Adenis. Mon cousin était vaniteux et hypocrite. Il était le genre de garçon qui pensait que l'argent de papa et maman lui permettait d'être la pire ordure sur cette terre.
— La Sorbonne, l'aidai-je en roulant des yeux.
Mon cher cousin était si fier de lui qu'il le criait sur tous les toits.
D'après moi, le respect se méritait. Je l'accordais à peu de personnes, contrairement à ma famille. Adenis en recevait uniquement parce que c'était un Stewart, sans son nom, il n'était personne.
— Oui ! C'est ça !
Elle continua à vanter ses mérites, sans remarquer mon désintérêt total envers sa personne. Je n'en avais rien à foutre de ses notes académiques et de sa future carrière politique. Pour être honnête, je me foutais de tout. Plus rien n'avait d'importance depuis longtemps. Depuis que j'avais compris qu'un jour, dans quelques années, je serais morte et que personne ne se souviendrait d'Emris Hazel Stewart. Personne ne se soucierait du fait que j'ai baisé le copain de ma sœur adorée. Parce que j'étais insignifiante. Je n'étais ni Léonard De Vinci ni Michel-Ange. Personne n'honorerait ma mémoire.
Je ne savais pas qui j'étais ou qui je voulais être. J'étais toujours en colère. Incapable d'être heureuse, j'étais devenue amère. Du haut de mes dix-neuf ans, j'avais façonné mon propre enfer.
Loin d'être une élue, j'étais condamnée à vivre une vie semblable à l'enfer. Une vie sans but et sans amour.
Une fois ma corvée terminée, j'observai la pièce à vivre. Papa était déjà parti se coucher, maman n'allait pas tarder à le rejoindre. Quant à Eleena, elle, elle se trouvait sur les genoux de son copain, à l'embrasser, plus amoureuse que jamais. Inapte à détourner le regard, j'assistais au spectacle.
Si les choses avaient été différentes. Si je n'avais pas posé les yeux sur lui. Si je ne l'avais pas ramené chez moi, je n'aurais pas l'envie irrationnelle et malsaine d'entrer dans son jeu pervers. C'était ironique à quel point un instant, une seule nuit, une personne, pouvait changer votre avenir. Vous entraîner malgré vous vers le fond.
J'aurais été capable de l'ignorer, me souciant peu de l'homme qui partageait le lit de ma sœur. Je me serais montrée agréable pour satisfaire mes parents et Eleena. Mais cet étranger n'aurait rien eu un signe d'affection de ma part. Pas même un sourire chaleureux. Seulement de l'indifférence à sa présence.
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Venimeuse
Roman d'amourÀ dix-neuf ans, Emris Stewart est une artiste torturée, rongée par ses propres démons. Elle enchaîne alors les conquêtes sans lendemain et les jeux de pouvoir, persuadée que se briser est la seule façon de se sentir vivante. Mais tout bascule cet ét...
