Vénus et Mars, Sandro Botticelli (1483)
C'était seulement lorsque je me mis à courir sur la plage pour tenter de rattraper Nathan, que je venais de voir quitter la maison, que je m'aperçus qu'il pleuvait.
Depuis mon arrivée à Carpinteria, le soleil californien se pointait tous les matins sans exception. Cependant, le jour où je me rendais compte que j'étais pour la première fois amoureuse, il pleuvait.
En réalité, j'avais toujours aimé la pluie. Et je trouvais cela poétique. C'était comme si le ciel s'abattait sur mon frêle corps, que les dieux déversaient leur colère sur moi tandis que je ne parvenais qu'à penser à mon Adam, à mon pire péché. Mon secret le plus honteux.
Je me moquais de la sensation désagréable du sable mouillé contre mes pieds ou de paraître ridicule. Seul Nathan était dans mes pensées. Peu de temps auparavant, j'étais déchirée entre la volonté de l'impressionner et de le tuer. Désormais, je voulais lui dire que je l'aimais, moi aussi. Je n'avais jamais éprouvé ce besoin. Pas même pour mes parents, ma sœur ou mes premières amourettes. Et j'avais toujours pensé que je ne le ressentirais jamais.
Lorsque j'arrivai à sa hauteur, il était au téléphone. Son regard rencontra immédiatement le mien et je ne savais plus quoi faire, je restais plantée sur le sable comme une idiote, l'observant.
— Est-ce que je peux te rappeler plus tard ? demanda Nathan à son interlocuteur.
Sa question sonnait plus comme un ordre qu'une demande.
Il ne tarda pas à raccrocher et à fourrer son mobile dans la poche arrière de son pantalon. Nous nous regardions, nous réduisant mutuellement au silence, interdits. Nous laissions le son de la pluie parler à notre place, raconter les blessures de nos âmes tourmentées.
— Qu'est-ce que tu veux, Em ? finit par demander Nathan sans même s'approcher de moi.
Em.
Je ne répondis pas, prise d'une timidité inconnue. Je n'étais pas certaine de respirer pour être honnête.
Il fit un pas en avant comme s'il souhaitait me presser, me forcer à confesser. Je l'observai un moment, ne pouvant m'empêcher de penser à quel point il était beau.
Sa chevelure ébène et son regard onyx contrastait parfaitement avec les cheveux blonds d'Eleena et ses yeux marrons. Il était grand, et ma sœur ne l'était pas. Elle inspirait la lumière, la bonté, et lui les ténèbres et l'égoïsme. Ils étaient parfaits sur la photo. Pourtant, il était amoureux de moi. Il me voulait. J'étais celle qu'il avait choisie.
Ses mains rugueuses étaient la preuve d'un travail acharné sur des sculptures comme mes cernes témoignaient des nuits que m'avait volées mon art. Nous étions tous les deux prisonniers du même jeu malsain, luttant pour battre nos démons.
Nous étions une évidence.
— J'ai vu le mot que tu as laissé dans ma chambre, annonçai-je, feignant d'être assurée.
S'il paraissait constamment sûr de lui, je remarquai un changement dans son attitude qui trahissait sa gêne. Ses mains tremblaient à peine, mais suffisamment pour que je le sente fragile.
Je songeai aux gouttes de pluie qui tombaient en rideaux sur le sable, et à la manière dont elles mouillaient tout, sans distinction, laissant derrière elles des traces éphémères mais irréversibles. Nathan me semblait pareil : une façade solide et indestructible qui, pourtant, laissait filtrer ses fêlures quand personne ne regardait. La pluie tombait sur lui, pour révéler la vulnérabilité qu'il tentait de cacher, ces fissures qu'il avait construites pour ne plus jamais se sentir faible.
VOUS LISEZ
Venimeuse
RomantizmÀ dix-neuf ans, Emris Stewart est une artiste torturée, rongée par ses propres démons. Elle enchaîne alors les conquêtes sans lendemain et les jeux de pouvoir, persuadée que se briser est la seule façon de se sentir vivante. Mais tout bascule cet ét...
