Le Café de nuit, Vincent Van Gogh (1888)
Si j'avais passé ma journée à peindre, l'art n'avait pas épuisé la parcelle d'énergie dans mon corps. Au contraire, Morphée ne semblait pas vouloir me recevoir dans son royaume. Je n'arrivais pas à trouver le sommeil, alors je m'étais réfugiée sur la plage afin de lire un livre de Jane Austen, une auteure que j'admirais beaucoup.
Avant de venir, je m'étais vêtue d'un gros pull noir et d'un legging qui laissait les grains de sable me démanger les cuisses.
Une lampe de poche dans ma main, et mon livre dans l'autre, seule la lune me tenait compagnie. Les vagues de l'océan s'abattaient violemment sur les rochers, faisant un vacarme réconfortant. Leur colère ne me dérangeait pas, au contraire, elle m'apaisait.
La faible lumière de ma lampe rendait ma lecture difficile de temps en temps, voire désagréable. Mais je ne m'en plaignais pas, beaucoup trop happée par l'histoire d'Elizabeth Bennet et ses quatre sœurs. Je me livrais au récit de Jane Austen comme je ne l'avais jamais fait auparavant, et cela, même si je connaissais déjà l'histoire par cœur.
Je ne pouvais pas m'empêcher de lever les yeux au ciel dès que Mr. Collins parlait, méprisant ce personnage aussi stupide que Lady Catherine De Bourg était vaniteuse. Ce dernier était si pressé de se marier qu'il se comportait avec les sœurs Bennet comme un vulgaire coq de basse-cour. Et lorsque c'était au tour de Mr. Wickham de répliquer, peu importe la haine que m'inspirait son personnage, il m'était incapable de ne pas être intriguée par son habileté à manipuler son entourage avec autant de facilité.
Je dévorais le livre, les yeux fatigués, mais l'excitation à son comble. J'arrivais à ma partie préférée du bouquin.
— T'as volé mon spot, lança soudainement une voix derrière moi.
Surprise, je sursautais et me retournai vers la personne derrière moi. Je découvrais Nathan, une cigarette à la main et vêtu d'un gros pull que j'avais vu sur Eleena quelques jours auparavant.
Irritée par sa présence, je fermai mon livre. Cela faisait une semaine que je ne m'étais pas retrouvée seule en sa présence, je ne voulais pas tenter le diable une nouvelle fois. Pas lorsque j'hésitais entre l'insulter et l'embrasser le long de sa mâchoire.
— J'ignorais que cette plage était sous brevet. Tu veux que je te la rende avec des intérêts ?
Si mon ton était détaché, il n'en restait pas moins provocateur. Je ne pouvais m'empêcher de rentrer dans un jeu malsain avec Nathan, cherchant à avoir le dessus, à tester ses limites, à l'entraîner dans mes propres contradictions. Mais lui, comme toujours, ne cillait pas. Il se contenta de rire doucement, ce rire bas et moqueur qui me hérissait la peau.
— Je croirais entendre Eleena, remarqua-t-il en s'asseyant à mes côtés, comme si de rien n'était.
Cette comparaison me donnait envie de vomir. J'étais déjà rongée par la culpabilité, déjà en train de suffoquer sous le poids de ce que nous avions fait, et lui, il balançait ça avec un calme insolent, presque amusé. Comme si ma sœur n'était qu'un jeu. Mais surtout, ce qui me retournait les entrailles, c'était qu'il me compare à elle. Comme si j'étais, au fond, exactement ce que je m'étais toujours sentie être : une pâle copie d'Eleena. Un vulgaire brouillon parce que je ne l'égalerai jamais.
Et pourtant, il s'était tourné vers moi. C'était moi qu'il fixait avec cette intensité presque dérangeante.
— Ce ne serait pas la première fois que tu nous confonds.
Son sourire s'élargit, faisant ressortir l'une de ses fossettes.
— T'as toujours une répartie de fille à papa insolente ou je suis privilégié ?
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Venimeuse
RomantizmÀ dix-neuf ans, Emris Stewart est une artiste torturée, rongée par ses propres démons. Elle enchaîne alors les conquêtes sans lendemain et les jeux de pouvoir, persuadée que se briser est la seule façon de se sentir vivante. Mais tout bascule cet ét...
