La trahison des images, René Magritte (1929)
Un peu plus tôt dans la soirée, Eleena m'avait proposé d'aller boire un verre en ville. Surprise par cette invitation et l'absence de Nathan dans ce projet, j'avais accepté. Je sentais ma sœur anxieuse, pensive. Cette dernière souhaitait me parler, mais je n'en connaissais pas encore la raison.
Je craignais que ce soit à propos de Nathan, ne voulant pas lui mentir encore plus que ce que je faisais déjà. J'espérais que ce soit à propos de Jordyn : ma sœur était très préoccupée par son amie depuis des semaines.
Une fois dans le bar, Eleena s'avança la première, comme toujours, et choisit une table près de la baie vitrée.
— Tu veux cette chaise ou celle-là ? demanda Eleena en effleurant le dossier d'une main.
Sans répondre, je pris place. Cela n'avait aucune importance.
J'attrapai la carte des alcools, sachant pertinemment que j'allais opter pour un Pornstar Martini. Je connaissais cet endroit et ses boissons par cœur, tout comme les jeunes de cette ville. Il s'agissait du seul établissement qui ne vérifiait pas nos cartes d'identité, le rendant automatiquement célèbre.
— Ça fait tellement longtemps que nous n'étions pas venues ici, remarqua Eleena, un sourire nostalgique sur ses lèvres pleines.
— En même temps, ça ferait un peu loin pour boire un verre désormais.
Ma sœur allait rétorquer, mais cette dernière se fit couper par l'un des serveurs.
— Emris ? Eleena ?
Je levai la tête, intriguée. Notre interlocuteur tenait un plateau en équilibre, mais son visage avait changé d'expression. Il n'était plus dans son rôle. Il souriait franchement.
— Joshua ? questionnai-je, sincèrement étonnée.
Il hocha la tête, un large sourire aux lèvres. Joshua avait troqué l'uniforme de notre école privée pour celui de cet établissement et avait pris quelques centimètres. Mais ses yeux trahissaient ce même air de garçon séducteur. Ses cheveux blonds étaient toujours aussi courts. À une différence près, j'avais l'impression que nous étions revenus en arrière.
Eleena se leva pour le prendre dans ses bras, un grand sourire sur ses lèvres. Elle paraissait heureuse de le croiser, comme s'ils étaient des amis proches de toujours. Or, ce n'était pas le cas. Ma sœur avait toujours éprouvé du dédain pour sa façon de traiter les filles, y compris moi. Effectivement, il n'avait jamais manqué une occasion de me rappeler que je n'étais rien d'autre que la « salope Stewart ».
— J'étais sûr que c'était vous. J'ai hésité en te voyant entrer, Emris, mais dès que j'ai vu Eleena derrière, j'ai su.
Il posa finalement son plateau sur notre table afin d'être plus à l'aise.
— Putain ! La dernière fois qu'on s'est vu remonte à la remise des diplômes, non ?
— C'est ça, acquiesça joyeusement Eleena.
Si je ne comptais pas Jordyn, je n'avais pas eu l'occasion de revoir mes anciennes connaissances. Non pas qu'ils n'étaient plus ici, la majorité d'entre eux était restée dans cette ville, mais plutôt que l'envie n'était pas présente. Mes années ici avaient été un enfer. Les filles me considéraient comme la concurrence à battre, les garçons comme un jouet sexuel qu'ils pouvaient utiliser à leur guise, une salope, et mes parents ne me voyaient pas.
— Vous êtes rentrées de New York depuis quand ?
Ici, tout le monde se connaissait. Ainsi, mes anciens camarades savaient tous que j'étais étudiante à New York dans une université d'art. Même si je ne désirais pas qu'ils en soient informés, souhaitant garder mon anonymat. Être éternellement invisible à leurs yeux.
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Venimeuse
Roman d'amourÀ dix-neuf ans, Emris Stewart est une artiste torturée, rongée par ses propres démons. Elle enchaîne alors les conquêtes sans lendemain et les jeux de pouvoir, persuadée que se briser est la seule façon de se sentir vivante. Mais tout bascule cet ét...
