Chapitre trente

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[J'étais né pour l'amour impossible, et le hasard a voulu que je fusse servi par-delà mes souhaits.
Honoré de Balzac.]

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Inspirant et expirant lentement devant le miroir de sa salle de bain, les cheveux encore mouillés de sa douche, Alaric fixe son reflet encore nu depuis deux bonnes minutes. Il sort de douze heures de service consécutif, et a passé la moitié de son après midi à s'acharner au-dessus d'une victime de la route pour laquelle ils n'ont finalement rien pu faire. Ses nerfs sont déjà à fleur de peau.
Même avec de l'expérience, il y a des choses qu'on ne s'habitue jamais à voir, et il va devoir supporter une conversation pénible avec Alec dans quelques minutes sans même avoir eu le temps d'encaisser ses émotions.

Déjà à bout de force, il soupire en frottant mollement ses mains sur ses joues, tentant de réveiller son corps alourdi d'épuisement. Les journées comme celle-ci sont bien trop longue et chargées d'agitation pour qu'il puisse en supporter plus.
Il se sent quelque peu fébrile, la poitrine agitée par un sentiment d'impuissance, et il préférerait se reposer plutôt que de débattre avec Alec.
Mais repousser leur discussion lui paraît bien trop risqué, et il a décidé de maintenir le rendez vous malgré tout, espérant simplement tenir le choc.

Il n'a aucune idée de comment va se dérouler leur conversation.
Même s'il a réfléchi à ce qu'il pourrait donner comme argument pour se défendre, il ne sait pas ce qu'Alec va lui dire exactement.Et ça le rend terriblement nerveux.
Sa respiration paraît calme, mais son corps entier tremble d'angoisse alors que les minutes qui défilent le rapprochent dangereusement de l'arrivée d'Ortega.
Emy ne rentrera qu'aux alentours de dix-neuf heure trente, et il va devoir affronter seul la conversation.
C'est peut-être lâche, mais il aurait aimé la savoir non loin de lui pour passer ce mauvais moment.

La peau de son dos frissonne quand quelques gouttes de ses cheveux trempés viennent s'échouer dessus, il secoue la tête pour se ressaisir.
Se décidant enfin à enfiler les vêtements qu'il s'était préparé, il s'habille lentement, bougeant sans motivation pendant que ses pensées entrent en fusion.

Il a la trouille.

Les pulsations de son cœur cognent brutalement entre ses côtes, résonnant au creux de sa gorge et derrière ses yeux. Ses doigts tremblent légèrement sur la boucle de sa ceinture alors qu'il tire fermement dessus pour la fermer correctement.
Il se sent faible et pris au piège comme un mulot ridicule coincé dans une tapette a souris.
L'humidité de ses cheveux imbibe le col de son t-shirt en ruisselant sur le tissu, il souffle une dernière fois avant de quitter la pièce. Tournant en rond dans le salon, il surveille régulièrement l'heure sur son téléphone.

Dix sept heures cinquante six.

Alec doit arriver vers dix-huit heures, et il commence déjà à sentir son cœur s'emballer complètement, battant à un rythme irrégulier entre ses deux poumons qui peinent à se remplir d'oxygène.
Ses jambes se traînent toutes seules dans la pièce principale, le forçant à tourner en rond sans qu'il ne puisse s'arrêter.
L'écho de ses pieds nus foulant le sol empli complètement le salon, créant une atmosphère angoissée et angoissante autour de lui.
La suite des événements dépend complètement de la discussion qu'ils vont avoir ensemble, et tout pourrait basculer dans un sens ou dans l'autre en fonction de ses réponses ou de la détermination d'Alec.

Autant dire qu'il ne maîtrise plus rien du tout.
Sinane a eu beau lui parler presque toute la soirée pour l'aider à trouver un minimum le sommeil, il est resté incapable de faire une nuit convenable. Et ce mélange d'angoisse et de fatigue, mêlé aux événements pénibles de sa journée à l'hôpital, l'empêchent de réfléchir et de se concentrer.
Toute sa tête est en désordre, et ses muscles se contractent brutalement et douloureusement dans un sursaut quand une sonnerie stridente vient briser le presque silence de l'appartement.

Son meilleur amiOù les histoires vivent. Découvrez maintenant