34/ Un instant

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    Je courais.

  Je me précipitais, rien ne pouvait me retenir.

     Ou plutôt, tout tendait à me ramener.

  Là-bas, à cet instant, à ce souvenir, à lui.

 Cette larme, ce sourire, cette lueur.

 Ce n'était pas lui.

 Ça ne pouvait pas être lui.

 Il ne pouvait pas être ainsi.

Il ne pouvait pas être comme moi.

   Je ne voulais plus y penser.

Je ne voulais plus penser.

À cette peur qui pulsait en moi.

  Je devais me dépêcher. Je n'avais fait que trop tarder.

  J'aurais dû être là.

  J'avais peur, si peur de me dire ça.

  De devoir m'en vouloir, encore. De regretter.

     "Et s'il lui était arrivé quelque chose ?" ne cessait de répéter mon esprit.

   "Tu n'étais pas là.
 

   Il avait besoin de toi."

    Tu n'étais pas là.

    J'avais si peur qu'il lui arrive quelque chose.

    J'avais si peur.

  Alors je courais, sans m'arrêter, sans prendre garde aux cailloux dans mes baskets, sans faire attention à ma route.

    Plus tard peut-être, je regretterai de ne pas m'être raisonnée. De ne pas avoir ralenti, de m'être précipitée, et d'avoir empiré l'état de mon bras.

    Mais comment savoir, s'il ne lui était pas arrivé malheur ? Si alors, j'aurais regretté de ne pas m'être dépêchée, de ne pas avoir accéléré l'allure ?

   Je ne savais pas.

Et ça me terrifiait.

  J'étais enfin chez moi.

  Je me précipitais sur la porte.

   Mais je me stoppais net.

   J'écoutais

    Je n'entendais rien.

   Mon sang se figea dans mes veines et je retenais le dégoût qui envahissait mon estomac, mon corps.

    Je ne devais pas me faire d'idées. Je ne devais pas imaginer, pas y songer.

    Ou je ne pourrais pas tenir, pas vivre.

  Je prenais une fraction de seconde et toquais, avant de me rendre compte que c'était totalement idiot de faire ça.

    C'était... chez moi n'est-ce pas ? Et rien n'avait changé, il me suffisait d'ouvrir la porte.

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