7- Une dose d'hésitation.
Ariel, 8 septembre, 6h53.
Mes écouteurs vissés dans mes oreilles, une musique assourdissante me broie les tympans alors que je grimpe les quelques marches pour entrer dans le bus, je soupire. Je n'ai pas été en cours hier, trop stressé pour je ne sais quelle raison, mais aujourd'hui ma mère m'a dit d'aller en cours.
La journée commence déjà mal, ma place dans le bus est occupée, et toutes celles que je vois de libres sont au fond. Inquiet, je regarde rapidement autour de moi, jusqu'à remarquer Elias qui décale son sac, ajoutant à ça un petit signe de la main pour m'inviter à m'asseoir.
Je m'avance, retire mon sac de mon épaule et m'assois, le plaçant sur mes genoux alors qu'un soupir de soulagement quitte mes lèvres. Intérieurement, je remercie le brun qui est déjà reparti dans sa discussion avec son ami.
J'ai ajouté son numéro dans mes contacts, mardi soir, mais je ne l'ai pas ajouté sur Instagram, et je ne lui ai pas envoyé de message non plus. Je n'ai pas osé, ne trouvant pas ce que je pourrai lui dire.
Une main sur mon épaule me fait soudain sursauter et je retire l'écouteur du côté d'Elias. Ce dernier me sourit doucement :
— Est-ce que ça va ? Pourquoi tu n'étais pas là hier ?
— Oui, ça va, dis-je tout en cherchant désespérément ce que je peux bien lui dire pour justifier mon absence.
Le brun me regarde, attendant la suite de ma phrase.
— Je me sentais mal, finis-je par avouer.
Ce n'est pas exactement ça, mais au moins je ne mens pas.
— Oh d'accord, et ça va mieux ?
Pas tellement, mais on fait avec.
Je hoche la tête. Immédiatement, un sourire revient sur ses lèvres, ses yeux se plissent dans le sourire.
— Je t'ai pris les cours, hier, et comme tu ne m'as pas envoyé de message j'ai fait l'exercice de maths pour toi.
— Oh...merci, c'est gentil...
Avisant mon téléphone sur mes genoux, je l'allume et cherche son nom dans mes contacts. Son nom trouvé, je pianote sur l'écran pour envoyer :
De moi à Elias :
> Maintenant je t'ai envoyé un message :)
Il extirpe son téléphone de sa poche, regarde l'écran puis lève les yeux sur moi, un grand sourire illuminant son visage. Il écrit quelque chose, et rapidement un message s'affiche.
De Elias à moi :
> Nice :)
Le trajet passe bien plus rapidement que d'habitude, je ne stresse même pas trop. Je stresse quand même, mais moins, occupé à écouter la discussion d'Elias et d'Octave qui essaient de m'inclure dans leur conversation.
Le bus s'arrête devant le lycée. Je m'apprête à rejoindre un coin tranquille pour remettre mes écouteurs et attendre la sonnerie, mais Elias m'en empêche en se plaçant devant moi.
— Viens avec nous, reste pas tout seul. Tu peux garder tes écouteurs t'en fais pas, mais viens, ça me fait plaisir si tu viens.
Je finis par obtempérer et le suis, quand même hésitant. Je bafouille un rapide "bonjour", qu'ils me rendent joyeusement avant de reprendre leur discussion.
Ils ont l'air gentils, vraiment gentils. Mais, un peu stressé, je me rapproche tout de même d'Elias, visiblement rassuré lorsque je suis proche de lui.
Je les écoute en silence, ils parlent de ce qu'ils vont faire pendant le week-end, c'est-à-dire aller chez l'un d'entre eux, celui qui a les cheveux bleus. Apparemment, sa mère fait de bonnes pizzas.
—...Ariel ?
Je sors de mes pensées, me tournant justement vers Gabin.
— Tu voudras venir ? On a prévu un film et des bonbons, répète-t-il gentiment.
J'esquisse une grimace, cherchant comment refuser.
— Euh...je...
— Je resterais près de toi si tu veux, dit doucement Elias en se penchant vers moi de façon à ce que les autres ne l'entendent pas.
— Non, je peux pas ce week-end, pardon.
Au moment où le "pardon" quitte mes lèvres, je vois les sourcils d'Octave se froncer, et je sens Elias se crisper à côté de moi. Un bruit de froissement parvient à mes oreilles alors qu'il se penche à nouveau vers moi.
— Pourquoi tu t'excuses ? Il y aura d'autres occasions, t'as le droit de ne pas pouvoir ou de ne pas avoir envie Ariel.
Je n'ose plus parler, j'ai l'impression d'avoir mis un froid dans la conversation. Je regarde nerveusement mes chaussures, espérant qu'ils vont se remettre à parler et m'oublier.
La sonnerie retentit brusquement et je manque de sursauter comme à chaque fois. La main d'Elias s'enroule autour de mon poignet, il salue ses amis et m'entraîne dans le bâtiment.
— On commence par quoi déjà ? réfléchit-il à voix haute. Ah oui, histoire, viens.
Je le suis, bien obligé car il n'a pas lâché mon poignet.
Nous arrivons les premiers devant la salle d'histoire, il finit par me lâcher et se place en face de moi.
— Tu ne peux pas ou tu ne veux pas venir ?
J'évite son regard.
Il a deviné que tu ne veux pas y aller, sinon il n'insisterait pas.
— C'est trop tôt pour toi ? tente le brun. Ils sont vraiment gentils tu sais, ils ne te mettraient pas mal à l'aise volontairement, je suis sûr qu'ils ne demandent qu'à apprendre à te connaître.
Je lève enfin les yeux sur son visage et remarque son regard inquiet.
— C'est pas ça, c'est juste trop tôt, soufflé-je.
— Prends le temps qu'il te faudra alors.
Oh...
Mes barrières s'effritent peu à peu face à lui, face à sa gentillesse et sa considération.
Je vais finir par y croire.
Je regarde autour de moi, Elias se recule me faisant réaliser notre précédente proximité. Le reste de notre classe est arrivé et le prof est en train de déverrouiller la porte de la salle de classe.
Il s'écarte pour nous laisser entrer, je vais directement me placer sur une table tout au fond de la pièce, contre la fenêtre et le radiateur, et le brun se place à la même table, comme à chaque cours au final.
On s'assoit, le prof fait l'appel. Il arrive à moi, je me crispe inconsciemment, stressé à l'idée qu'on se moque une fois de plus de mon prénom, mais le contraire se produit. Il dit mon prénom, quelques personnes dans la classe rigolent, mais le prof, lui, me regarde lorsque je lève la main pour signaler ma présence, et dit :
— Oh c'est joli, la petite sirène est mon Disney préféré !
Il me sourit et passe à la suite de l'appel. Alors que moi je suis encore stupéfait, je regarde le prof comme si c'était un extraterrestre qui se tenait tranquillement devant le tableau. Je plisse un peu les yeux, vraiment étonné.
On a les trois heures d'histoire de la semaine aujourd'hui, et pour l'instant le prof m'a l'air bien mieux que le prof que j'avais l'année dernière.
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Safe Place
RandomGoogle dit que l'anxiété est un "État de trouble psychique causé par la crainte d'un danger". Mais pour ceux qui vivent l'anxiété au quotidien, cette petite phrase signifie tellement plus, tellement d'angoisses, tellement de peurs. Tellement d'inqu...
