25- Une dose d'aveux.
( TW : mention de tentative de suicide et de scarification)
Point de vue omniscient, 9 octobre, 21h45.
Les joues cramoisies, Elias se rallonge en silence à côté de celui qui vient de déposer un baiser qui lui a paru brûlant sur la joue. Il ferme les yeux pour ne pas laisser transparaître la joie et l'euphorie qui commencent à émaner de lui, il se répète plusieurs fois ce qui vient de se passer pour s'assurer qu'il n'a pas rêvé.
— Bonne nuit, marmonne Ariel, les joues brûlantes lui aussi.
Par chance, pour les deux, la lumière est éteinte, ne permettant pas à l'autre de constater leurs visages rougis.
— O-ouais, bonne nuit, dors bien, bafouille doucement Elias.
Les yeux fermés, le châtain cherche la main de l'autre, ignorant les battements furieux de son cœur. Leurs mains se rejoignent, ils entrelacent leurs doigts avant de s'endormir.
***
10 octobre, 5h50.
Ariel baille lourdement, toujours endormi et blotti contre le corps du plus jeune. Ce dernier, reveillé depuis peu, est d'ailleurs affreusement gêné, préoccupé par une légère érection matinale. Il sait que c'est normal, mais avec le corps du châtain blotti contre le sien, ça le gêne quand même.
Il se dégage difficilement et à contre-coeur de l'étreinte du plus âgé, s'extirpe du lit et rejoint les toilettes. Pendant ce temps, celui resté dans le lit émerge, ne sentant plus la chaleur de l'autre contre lui. Il se redresse, se demandant s'il a rêvé, mais la place à côté de lui est encore tiède. Il se rallonge donc, profitant des dernières minutes ou il peut garder les yeux fermés avant la sonnerie de son réveil.
Elias revient dans la chambre lorsque le réveil du châtain retentit dans la pièce. Attendri, il regarde le plus âgé rabattre la couverture sur sa tête et se rouler en boule dessous. Il s'approche du lit avec douceur.
— Je peux aller prendre une douche ? demande-t-il à voix basse.
— Oui, vas-y, marmonne Ariel, la voix éraillée et rauque.
— Dors encore un peu si tu veux, je viens te réveiller après ma douche ?
— Je veux bien...merci Eli...
Alors que le surnommé jubile intérieurement de l'entendre utiliser son surnom, Ariel se réinstalle confortablement dans le lit, regrettant quand même la présence d'Elias contre lui. Il ferme les yeux, détendu, il ne sait pas s'il va réussir à se rendormir mais il fait confiance à Elias pour le réveiller ensuite, il ne lutte pas contre sa fatigue.
Après s'être lavé et presque habillé, Elias rejoint la chambre, en boxer, car il a oublié son pantalon dans son sac. Il récupère le vêtement dans son sac, mais ce qu'il ne sait pas, c'est qu'Ariel vient de se redresser dans le lit, et qu'il fixe maintenant les cicatrices visibles sur les cuisses du plus jeune.
— E-elias ? bégaye-t-il.
Le nommé se tourne vers lui, leurs deux cœurs se serrent. Sur l'avant de ses cuisses, il y a encore plus de cicatrices, des cicatrices blanches qui ont visiblement été provoquées par des blessures profondes.
Elias se dépêche d'enfiler son pantalon, la bouche légèrement entrouverte mais il ne dit toujours rien, les yeux bloqués sur le visage d'Ariel, cherchant la moindre trace de dégoût sur ses traits. Mais il n'y a aucun dégoût chez Ariel, seulement une inquiétude profonde et sincère.
— J'imagine que tu veux des explications ? réussit à prononcer le concerné.
— Seulement si tu as envie de m'en parler et que tu te sens prêt.
Ce qu'Ariel ne sait pas, c'est qu'il n'en a jamais parlé à personne, que personne n'a vu ses cicatrices. A part sa mère et les urgentistes, puis les médecins.
Le téléphone d'Elias retentit, coupant un peu ce moment spécial.
— Je peux t'en parler...mais ça risque d'être long à raconter...et Octave ne va pas en cours, ajoute-t-il en montrant son téléphone.
— On peut sécher ? Il n'y a personne chez moi, c'est calme...
Elias accepte d'un hochement de tête. Après tout ce temps, il ressent enfin le besoin de parler de son passé et de son enfance à quelqu'un. Et ce quelqu'un, c'est Ariel.
— Je préviens juste ma mère...elle comprendra, si c'est à propos de ça, annonce le brun.
Il sort quelques minutes de la chambre pour appeler sa mère, puis retourne à l'intérieur. Il s'assoit sur le lit du plus âgé, cherchant comment commencer à raconter ce qui s'est passé.
— Tu sais déjà que mon "père" est en prison...il y est car il battait ma mère. Devant moi, et il me manipulait. Il me faisait croire que tout était de ma faute, que si je n'étais pas né tout irait bien.
Ariel ne parle pas pour ne pas couper l'autre, se doutant que ses aveux sont difficiles à exprimer. Pour tenter d'apporter son soutien, il pose ses mains sur ses genoux, il récolte un regard reconnaissant d'Elias.
— Un jour, ma mère a réussi à porter plainte. Elle a eu de la chance, sa plainte a été retenue, il y a eu un procès. Et j'ai dû témoigner. Ça s'est enchaîné, mais il trouvait toujours le moyen de me manipuler encore un peu plus lorsque je passais à côté de lui. Je...je pensais vraiment que tout était de ma faute. Il a été condamné à 30 ans, 20 ans ferme. Au moment là, il a crié dans la salle, devant tout le monde, que j'aurais dû mourir.
Elias réprime un sanglot, osant enfin poser les yeux sur le visage d'Ariel. Il fixe son ami, regarde les larmes qui roulent lentement sur ses joues sans pouvoir s'en empêcher. Ariel est en train de pleurer.
— Ma mère est tombée en dépression. Et je croyais aussi que c'était de ma faute, que je la gênais et que j'étais un fardeau pour elle. Je croyais mon père, et un soir j'étais dans ma salle de bains, j'ai essayé de me suicider. J'avais 8 ans, je ne sais plus ce qui s'est passé le soir là, je sais juste que je me suis réveillé dans l'ambulance, les deux jambes en sang, et ma mère qui pleurait à côté de moi.
Elias ne cherche même plus à retenir ses larmes, il pleure. Ariel, qui sent son cœur se serrer à chaque mot du brun, pleure lui aussi, profondément touché par les paroles d'Elias.
— Je me suis rendormi dans l'ambulance. J'entends encore l'ambulancier me crier d'ouvrir les yeux. Je me suis ensuite réveillé dans une chambre d'hôpital, j'avais des bandages autour des cuisses, on m'avait recousu. Ma mère est arrivée, en pleurant, et je lui ai tout dit.
Ariel ne perd pas une seconde, il se dépêche de se rapprocher d'Elias et l'entourer de ses bras. Les sanglots du brun ne tardent pas, son visage blotti contre le torse de son aîné, il pleure, sans chercher à se cacher.
— S'il te plaît, ne me regarde pas différemment, supplie Elias d'une voix tremblante.
— Je suis là, je ne vais pas te regarder différemment et je ne vais pas partir, souffle le châtain, lui aussi secoué par des sanglots tremblants.
— M-merci...
Ils restent blottis dans les bras l'un de l'autre, essayant tous les deux de calmer les sanglots de l'autre. Ils se soutiennent l'un l'autre, s'empêchent de s'écrouler et pleurent tout ce qu'ils ont besoin.
— L-les autres ne sont pas au courant ? devine Ariel.
Elias secoue la tête en signe de négation, en profitant pour nicher un peu plus son visage contre le torse du plus âgé.
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Safe Place
RastgeleGoogle dit que l'anxiété est un "État de trouble psychique causé par la crainte d'un danger". Mais pour ceux qui vivent l'anxiété au quotidien, cette petite phrase signifie tellement plus, tellement d'angoisses, tellement de peurs. Tellement d'inqu...
