18- Une dose de réalité.

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18- Une dose de réalité.

Elias, 3 octobre, 20h06.

Juste après avoir prononcé ma phrase, les yeux d'Ariel commencent à fuir mon regard posé sur lui. Il entrouvre un peu la bouche pour parler mais se ravise, il ne dit rien. J'ai pourtant juste dit qu'il est adorable, car c'est le cas.

Le vent souffle toujours dehors, mais la présence d'Ariel, sa main autour de la mienne me rassurent, me permettent de ne pas trop y penser. Je me concentre sur lui. Il essaie de m'aider, et même s'il est maladroit et un peu perdu, ça m'aide beaucoup.

T'es pas obligé de répondre quoi que ce soit, je voulais juste te le dire Ariel.

Oh...ok...

Sa phrase reste en suspend quelques secondes, mais finalement il n'ajoute rien de plus. Une nouvelle bourrasque de vent me pousse à me coller un peu plus à Ariel.

Face à lui, j'arrive à me sentir vulnérable, à être vulnérable. Même avec Octave je n'arrive pas totalement à m'y autoriser, j'ai encore du mal malgré la longueur de notre amitié. Mais là, j'y arrive, chose qui ne m'était pas arrivée depuis le départ de mon père.

Ça nous fait un point commun, d'ailleurs, on a tous les deux perdu notre père. Sauf que le sien est décédé, le mien est bien vivant et c'est le plus gros connard au monde. Bon, peut-être pas quand même, mais je le déteste de tout mon cœur et j'ai raison de le faire. En vrai ça fait longtemps que je ne le considère plus comme mon père. Je suis vivant grâce à lui, mais ça s'arrête là.

Je crois que le vent se calme, constate le châtain. Ça va ? Je suis désolé, je sais pas trop comment t'aider.

D'abord, tu m'aides beaucoup. Ensuite, oui, je crois que ça va mieux, merci beaucoup.

Je reste pourtant collé contre lui, allant même jusqu'à laisser tomber ma tête contre son épaule avec fatigue. Il sursaute un peu mais ne me demande pas de m'enlever : à la place, il pose doucement sa main libre sur mes cheveux, jouant un peu avec les mèches de devant. Et là, mon cœur loupe un battement, j'entrouvre faiblement la bouche sans savoir quoi dire.

T'abuses mec, c'est ton ami, rien d'autre !

Rien d'autre...hein ? N'est ce pas ?

Je me lève, peut-être un peu trop précipitamment.

Je vais dire à mes parents que tu restes dormir, annoncé-je, un peu perturbé.

Mais qu'est-ce qui vient de se passer ? Je ne peux pas être attiré par Ariel, c'est mon ami.

Je tente de relativiser en descendant les escaliers. Ce n'est pas parce que j'ai eu une attirance pour lui un instant que ça va durer, ça ne recommencera sans doute jamais. J'essaie de m'en persuader moi-même, mais honnêtement, j'ai beaucoup de doutes, je suis quasiment sûr que ça va recommencer. Mais je ne dois pas y penser, pas y penser.

J'entre dans le salon et dit à mes parents qu'Ariel reste dormir. Elles ne sont pas étonnées, elles ont l'habitude qu'Octave reste presque systématiquement dormir à chaque fois qu'il vient, et elles ne m'ont jamais refusé qu'il reste, alors qu'un autre ami dorme à la maison, ce n'est rien d'étonnant.

Je remonte dans ma chambre, réalisant soudain que lorsque Octave dort ici, on dort tous les deux dans mon lit, car mon lit est très grand. J'ai déjà fait pareil avec Gabin ou Adrien, ça ne nous a jamais posé problème. Mais là...il faut que je lui demande si ça le dérange.

J'entre dans ma chambre et me dirige directement vers mon bureau pour récupérer mon ordinateur, dans l'idée de regarder un film et de penser à autre chose. Lorsque je me retourne vers Ariel, sa beauté me frappe. Déconcerté, je vais m'asseoir à côté de lui.

Putain, mais qu'est-ce qui m'arrive ?

T'as pas un film préféré ? Une série que t'aimes bien ? questionné-je après m'être éclairci la gorge.

Euh...pas vraiment, je regarde pas trop de trucs.

Ça fait un mois que tu le connais, arrête !

Je ferme les yeux une seconde puis me redresse et allume mon ordinateur.

D'ailleurs...quand les autres viennent, vu que j'ai un grand lit bah on dort ensemble, et euh...tu veux que je te passe mon lit et que je me trouve un matelas ou tu t'en fiches ?

Sa réponse ne tarde pas :

Je m'en fiche, on peut dormir dans le même lit, ça sera plus simple pour toi, dit-il à mon plus grand étonnement.

Je crois qu'il commence à avoir un peu confiance en lui en ma présence, et ça me rend vraiment heureux. Je suis content qu'il arrive à me faire assez confiance pour que ça se répercute sur lui.

Mais bon...là, avec l'attirance bizarre que j'ai pour lui depuis tout à l'heure, ça ne m'arrange pas vraiment. Tant pis, je dois passer au dessus de ça, j'en suis capable je pense. J'espère. Parce que ça me perturbe vraiment beaucoup.

Partons sur un cliché, mais ça ne m'est vraiment jamais arrivé, une attirance comme ça pour quelqu'un. Je connais à peu près ma sexualité, je sais ce qui m'attire, mais d'habitude, je mets beaucoup plus de temps à être attiré par quelqu'un, et de toute façon ça ne mène jamais à rien, car ça s'arrête à l'attirance.

Et sur ce coup là, je doute que ça fasse pareil.

Pourtant il le faut, je ne peux pas être attiré par un ami...

Gabin et Adrien le font, pourtant.

C'est différent, eux ils sont faits pour être ensembles, ça se voit.

Je soupire et tourne l'ordinateur vers Ariel de façon à ce qu'on voit tous les deux l'écran. J'ai mis un film totalement au hasard, préoccupé par mes propres pensées.

Je dois paraître un peu bizarre, perdu dans mes pensées comme ça. Mais ça me perturbe vraiment beaucoup, c'est trop étrange.

***

3 octobre, 22h25.

Pour la deuxième fois que je dors à côté d'Ariel, je galère à trouver le sommeil. Les yeux grands ouverts, je fixe le plafond même s'il n'y a aucune lumière dans la pièce.

Je ne comprends pas ce qui se passe dans ma tête, je suis complètement perdu.

Je suis fatigué pourtant, mais pas moyen de dormir. La respiration d'Ariel est lente et tranquille, il dort paisiblement lui.

J'ai limite envie qu'il se réveille et qu'il reprenne ma main comme la dernière fois. Ça m'avait vraiment aidé, ce simple contact. C'était rassurant.

La journée c'est lui qui a besoin d'être rassuré et aidé, alors que la nuit c'est plutôt moi qui ai besoin d'aide.

Je me redresse pour m'asseoir et prend ma bouteille d'eau sur ma table de chevet pour boire un peu. Ariel remue un peu, puis tourne la tête vers moi. Maintenant, un rayon de lune éclaire faiblement la pièce, donc je peux le voir.

Je me rallonge, et Ariel pose sa main entre nous, paume vers le ciel. 

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