3- Une dose de questionnement.
Elias, 3 septembre, 14h01.
La sonnerie a retenti il y a une minute, je suis en train de monter les escaliers pour me rendre en maths. Je m'arrête devant la salle, me place derrière les élèves déjà rangés. J'ai l'impression qu'ils se connaissent déjà tous. Moi, je n'ai jamais vraiment fait attention aux autres, car j'étais toujours avec mes amis. Donc là, je suis un peu embêté.
Je remarque Ariel en train d'arriver à pas lents. Je lui adresse un petit sourire, sachant très bien qu'il n'y répondra pas. Il ne regarde personne, ses yeux sont posés sur le sol ou les murs. Il parait vraiment stressé là, beaucoup plus que ce matin.
Le professeur de maths arrive et déverrouille la salle. Je ne connais pas ce prof, il est arrivé cette année au lycée. Mais ce que je remarque, c'est la réaction d'Ariel. Ses yeux s'écarquillent brusquement, il se raidit sur place.
Les autres entrent dans la salle, lui aussi. Je me dépêche de le suivre pour m'asseoir à côté de lui. Je parais peut-être insistant, j'en fais peut-être trop, mais je n'ai vraiment pas envie que quelqu'un qui se soit moqué de lui hier soit à côté de lui.
Le prof entre une fois tous les élèves entrés, son regard parcourt la classe. Et son regard se bloque sur Ariel qui essaie de se ratatiner sur sa chaise. Ses yeux crient littéralement de le laisser tranquille.
— Ariel, je ne savais pas que tu étais dans ce lycée toi aussi...J'espère que tes capacités en maths se sont améliorées depuis l'année dernière.
Le châtain secoue la tête de gauche à droite. Il respire par le nez, sa mâchoire est serrée et il a l'air vraiment pas bien.
— Je fais des efforts...bafouille-t-il d'une petite voix.
Son timbre de voix est si inaudible que je pense être le seul à l'avoir entendu. Le prof lui lance un regard dédaigneux, puis se retourne vers le reste de la classe qu'il avait ignoré jusque là. Je conclus rapidement que les deux étaient dans le même lycée, probablement l'année dernière, et que ça s'est mal passé, à en juger par la réaction d'Ariel.
En parlant du châtain, ce dernier semble vouloir s'enterrer sur place. Sa jambe tressaute nerveusement, sa main posée sur sa cuisse tente vainement de calmer ce mouvement. Il fixe la table, serrant fermement un stylo de son autre main.
Le prof semble décidé à attaquer l'année avec un cours qu'il projette sur le tableau. Je jette un coup d'œil à Ariel, il n'a pas l'air d'avoir remarqué que le cours a commencé.
Sur une feuille simple, je recopie le plus rapidement possible le cours, qui n'est par chance pas très long. Puis, sortant une autre feuille de mon classeur, je m'attèle à recopier ce cours une deuxième fois, plus soigneusement que la première.
Ma tâche finie, je recule un peu la feuille pour vérifier que mon écriture soit suffisamment lisible, puis la fait glisser sur la table de mon voisin.
Un éclair d'étonnement passe dans ses yeux lorsque nos regards se croisent. Il paraît moins nerveux et stressé, il a eu un moment de calme pour se détendre un peu.
— J'espère que t'arrives à lire mon écriture, chuchoté-je pour ne pas attirer l'attention du prof.
— Oui...merci...
Malgré le fait que je me sois incrusté à côté de lui hier et aujourd'hui, c'est la première fois qu'il répond quand je lui parle. Sa voix est mal assurée, hésitante.
J'avise sa main qui tremble toujours, puis le prof qui vient d'afficher la suite du cours. Je reprends la feuille que je viens de lui donner et commence à noter la suite sans hésiter.
— Je te recopie le cours, t'en fais pas.
— Qu'est-ce-que tu veux en échange ? demande-t-il d'une voix soupçonneuse où je décèle un peu d'inquiétude.
Pourquoi a-t-il l'air de penser que je fais ça pour avoir quelque chose en retour ?
— Rien du tout, je vois juste que tu trembles trop pour écrire alors je le fais à ta place, histoire que t'aies quand même le cours.
— Oh.
Juste "Oh", un simple mot qui me laisse deviner qu'il ne sait plus quoi répondre. Ou alors qu'il n'ose pas dire le fond de sa pensée.
Je termine de copier et lui tends la feuille, puis m'occupe de mon propre cours. Je commence à avoir mal au poignet, mais grâce à mon intervention j'ai pu parler à Ariel.
Car depuis hier matin, la douleur que j'ai pu ressentir, qui émanait de lui, ne veut pas sortir de ma tête. Ce n'est pas la première fois que j'arrive à ressentir la douleur, ou une émotion forte chez quelqu'un d'autre, mais là, ça m'a réellement perturbé.
J'ai l'habitude d'essayer d'aider les gens, peu importe qui c'est. Mes voisins, des élèves au hasard, des inconnus dans la rue qui sont en difficulté, mes amis...
Mais jamais quelqu'un ne m'a intrigué de cette manière, et je n'ai jamais aidé quelqu'un comme ça. Pas dans mes souvenirs en tout cas, normalement je suis un bon soutien, j'écoute sans problèmes.
***
3 septembre, 14h55.
Je rejoins mes amis dans la cour, après la première heure de maths. Gabin me saute dessus en me voyant arriver, je le repousse gentiment en fronçant un peu les sourcils, me retenant de rire.
— Putain mec, on avait dit pas en public !
Octave explose de rire, Adrien se contente d'un bref sourire. Et Gabin, lui, il est en train de s'étouffer tant il rigole.
— Eh respire, t'es tout rouge, intervient le bouclé de la bande en tapotant sur l'épaule du bleuté.
Gabin prend une grande inspiration pour se calmer.
— Alors, ta classe ? me demande mon meilleur ami.
— Nulle, ils se foutent tous de la gueule d'un mec, même les profs se moquent de lui le pauvre. Et vous ?
— Y'a une meuf elle est incroyable, soupire Gabin.
Je me tourne vers les deux autres, les sachant plus sérieux que le bleuté.
— On a pas encore parlé aux autres, on reste entre nous, répond Adrien.
Je suis vraiment déçu de ne pas être dans leur classe, mais d'un côté, une part de moi se sent soulagée de pouvoir essayer de savoir pourquoi Ariel était aussi mal, hier dans le bus, et tout à l'heure en maths.
Mes amis me manquent, on s'amusait bien en cours l'année dernière, mais j'ai l'impression que je ne vais pas m'ennuyer pour autant cette année.
Lorsque la sonnerie finit par retentir, je fais un signe de la main en direction de mes amis et remonte en salle de maths. Je retrouve Ariel dans le couloir, éloigné des autres. Ses écouteurs sont dans ses oreilles, ses cheveux tombent un peu sur son front. Il est vraiment mignon, en fait.
Le châtain semble remarquer mon regard posé sur lui. Visiblement mal à l'aise, il replace correctement ses écouteurs et se presse davantage contre le mur. Je détourne instantanément les yeux, comme pris en faute.
Lorsque le prof revient, Ariel range précipitamment ses écouteurs, appuyant encore plus son épaule contre le mur. Il me fait de la peine, on dirait vraiment que le prof lui fait peur.
Nous entrons dans la salle, et cette fois-ci l'heure se passe plutôt bien, je ne remarque pas de tremblements chez le châtain.
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Safe Place
AcakGoogle dit que l'anxiété est un "État de trouble psychique causé par la crainte d'un danger". Mais pour ceux qui vivent l'anxiété au quotidien, cette petite phrase signifie tellement plus, tellement d'angoisses, tellement de peurs. Tellement d'inqu...
