9- Une dose de confiance.
Ariel, 12 septembre, 16h35.
Je sors du bus, suivi par Elias. Le prof de français nous a donné un travail de groupe à rendre mercredi, et je suis en groupe avec Elias comme nous sommes à côté en cours.
Je lui ai proposé qu'on aille chez moi pour faire le travail plutôt que d'aller chez lui, je préfère avoir mes repères. Et en plus, je n'aime pas rencontrer des gens, et il est probable qu'il y ai des gens chez lui.
— C'est loin chez toi ? demande le brun, marchant à côté de moi.
— Au bout de la rue.
Je m'efforce de ne pas penser au fait qu'un mec que je connais depuis seulement une semaine et demi va entrer chez moi, dans ma cuisine et dans mon salon.
Nous arrivons devant chez moi, j'ouvre la porte et intime à Elias d'entrer rapidement, entendant déjà mon chat miauler. Je referme la porte et un sourire s'affiche sur mon visage en voyant Titus arriver joyeusement.
Je m'accroupis et prends mon chat dans mes bras.
— Oh, il est trop mignon ton chat, il s'appelle comment ?
— Il s'appelle Titus, dis-je en me tournant vers lui. On va aller dans la cuisine si tu veux bien ?
Elias me suit à la cuisine et pose son sac de cours sur une chaise après m'avoir demandé l'autorisation. Debout l'un en face de l'autre, je reste immobile, les bras ballants : je n'invite jamais personne chez moi, je me sens un peu perdu.
Par chance, des bruits de pas dans les escaliers m'indiquent que ma mère arrive. Elle entre dans la cuisine et nous fixe, Elias et moi, tour à tour, probablement surprise de voir quelqu'un d'autre.
— Maman, je te présente Elias, on a un travail de groupe à faire ensemble...
Ma mère s'avance un peu dans la pièce.
— Je ne vais pas vous déranger plus longtemps alors. Vous voulez manger quelque chose ? J'ai fait un gâteau ce matin.
Elias refuse poliment, et moi je me contente de secouer la tête en signe de négation. J'invite le brun à s'asseoir à une chaise et je m'assois aussi. Ma mère nous salue avant de repartir à l'étage, mon stress remonte un peu.
— Tu stresses parce que je suis chez toi ? Si tu préfères, je peux commencer le travail chez moi et je te l'envoie pour que tu finisses. Ça ne me dérange pas.
Je refuse, comme je l'ai déjà fait tout à l'heure. J'ai décidé d'essayer de me confronter un peu à mes peurs, afin de soulager un peu ma mère de toute la pression que je mets sur ses épaules malgré moi. Puis, ouvrant mon sac, j'en extirpe mon ordinateur. Le brun fait de même.
— Oh, attends, tu veux le mot de passe du wifi ? articulé-je rapidement.
Il tourne son ordinateur vers moi, je tape rapidement le mot de passe et valide. On commence ensuite à travailler, silencieusement. On avait déjà défini dans le bus qui ferai quoi, et qu'ensuite on vérifierait le travail de l'autre.
Pendant une quinzaine de minutes, le silence n'est perturbé que par les ronronnements de mon chat installé sur mes genoux et les bruits de nos claviers. Je me détends un peu, comme de plus en plus souvent en peu de temps face à lui. Je ne sais pas trop quoi, mais il y a quelque chose d'apaisant chez Elias. Peut-être dans sa façon d'être.
— Je peux te poser une question ? demande-t-il sans lever les yeux de son ordinateur.
— Oui ?
— Tu fais de l'anxiété ou quelque chose comme ça ?
Mes yeux s'arrondissent de surprise. Il...il me pose sérieusement la question ? Il va se moquer de moi après ?
— Si tu ne veux pas me répondre, je comprends, j'imagine que c'est peut-être pas évident d'en parler ? En tout cas, sache que si je veux savoir, c'est pour pouvoir t'aider plus facilement au lycée. Je ne vais pas me moquer de toi, c'est promis.
Oh...
C'est vrai ?
— O-ouais, je fais de l'anxiété, bafouillé-je, encore surpris par ce qu'il vient de me dire.
Un silence s'ensuit.
— Je pense que t'as du mal à me faire confiance, je sais pas ce qui s'est passé dans ta vie, mais je sais peut-être quoi faire pour que tu sois plus confiant.
Ah ?
— J'ai vu certaines de tes insécurités, tu viens de me dire que tu fais de l'anxiété, alors je pense que je peux te dire, moi aussi, certaines de mes insécurités.
J'écarquille grand les yeux, levant le regard de mon ordinateur, allant jusqu'à le fermer. Elias fait de même, l'air très sérieux.
— T'es pas obligé...
— J'ai envie de le faire, Ariel.
Il me regarde, mais je ne réponds rien. Personne ne s'est jamais donné autant de mal pour moi.
— J'ai une peur phobique du vent. Quand il y en a, quand c'est en cours je suis pas concentré et je stresse beaucoup, quand je suis chez moi je me roule en boule quelque part et j'attends que ça passe.
Oh...
— J'ai peur de l'abandon aussi, je ne supporte pas de perdre quelqu'un et je me remets beaucoup en question.
Je regarde le brun, ne sachant absolument pas quoi lui répondre ou lui dire. Il vient réellement de me parler de ses peurs à lui pour que je me sente en confiance, et je dois avouer que ça marche plutôt bien.
— Merci...mais je pense que j'aurai encore besoin d'un peu de temps pour me sentir vraiment à l'aise avec toi.
Il sourit.
— Je comprends, ne t'en fais pas.
Pourquoi ce mec semble-t-il si parfait ? C'est inhumain.
Je rouvre mon ordinateur et recommence à travailler, essayant d'ignorer toutes les pensées qui s'infiltrent dans ma tête, me soufflant qu'Elias est le plus gros connard du monde, alors que je commence à décider de lui faire un peu confiance. Pourquoi mes pensées sont-elles aussi méchantes ? J'ai envie de m'excuser alors que ces pensées sont arrivées toutes seules et que ce n'était que des pensées.
J'ai si peur de m'ouvrir à quelqu'un que mon esprit essaye déjà de le faire partir.
Sauf que je ne veux pas qu'il parte. Je veux y croire, que quelqu'un veuille être ami avec moi et m'aider. Je veux vraiment y croire.
Même si je finis par en souffrir, au moins j'aurais essayé.
Pour une fois que t'essaies quelque chose.
Ta gueule.
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Safe Place
RandomGoogle dit que l'anxiété est un "État de trouble psychique causé par la crainte d'un danger". Mais pour ceux qui vivent l'anxiété au quotidien, cette petite phrase signifie tellement plus, tellement d'angoisses, tellement de peurs. Tellement d'inqu...
