36- Une dose de douche.
Elias, 04 novembre, 9h37.
Je me blottis un peu plus contre le dos de mon copain encore endormi. Mes bras sont enroulés autour de sa taille, son dos appuyé contre mon torse et mon visage niché contre sa nuque. Il dort encore, sa respiration est lente et régulière, et son étreinte sur ma main qu'il tenait dans la sienne avant de s'endormir s'est relâchée.
Je veux rester là toute ma vie, avec Ariel dans mes bras. Il est tellement adorable.
Dans son sommeil, il roule sur le côté et je suis bien obligé de le lâcher. Je tends le bras pour attraper mon téléphone et me rends sur l'application la plus horrible au monde : Pronote. Je regarde l'emploi du temps, et sur toutes les heures de maths, il y a écrit "professeur absent". Pendant un mois, il y a ça, puis après ça, il y a écrit "professeur remplaçant". Ma main trouve l'épaule d'Ariel et je le secoue doucement.
— Ariel, Ariel, réveille toi il faut que tu vois un truc...
Il ouvre doucement les yeux et je lui colle mon téléphone devant le visage. Il fixe l'écran sans trop comprendre, puis son regard s'éclaire.
— Tu penses qu'il a été viré ? murmure-t-il.
— Je crois bien. J'espère.
Il prend mon téléphone et fait comme moi, c'est-à-dire vérifier plusieurs semaines plus tard.
— T'as regardé si on a pas un message du principal ou un truc comme ça ?
Je secoue la tête, je n'ai pas pensé à aller voir.
Il va vérifier, son visage s'éclaire totalement et il se redresse.
— Attends, je te lis : "Votre professeur de mathématiques est toujours en procès pour violences verbales sur des élèves et des éléments plus anciens sont remontés, nous vous tiendrons au courant mais il sera licencié". Je te lis pas la suite, c'est pas intéressant mais...on est débarrassés de lui Elias ? Vraiment ?
— On dirait bien mon chat, c'est enfin fini tu vois...
— J'aurai pas tenu sans toi, me confie mon copain en se glissant dans mes bras.
J'embrasse son front et replace correctement la couverture sur nous deux. Pour la repousser quelques instants plus tard, il fait beaucoup, beaucoup trop chaud.
Ariel a passé du temps avec sa mère pendant les vacances, ça faisait une semaine que je ne l'avais pas vu. Et il m'a manqué, c'est pour ça qu'il a dormi chez moi cette nuit et que je dors chez lui ce soir.
Il a rencontré son beau-père aussi, qui d'après lui est vraiment timide, alors ils ne se sont presque pas parlés, mais il semble gentil. J'ai l'impression que beaucoup de choses s'arrangent dans sa vie, et ça me fait tellement plaisir de le voir heureux pour d'autres raisons que moi. Il mérite tant d'être heureux.
Ma porte s'ouvre brusquement. Je n'ai pas le temps de faire le moindre mouvement qu'une masse tombe sur le lit, suivie par un rire enfantin qui est évidemment celui de ma sœur.
Ah oui, ma famille est au courant que je sors avec Ariel. Même Ina. La mère d'Ariel se doute apparemment de quelque chose, mais il ne l'a pas encore confirmé auprès d'elle, il m'a dit préférer ma présence pour lui annoncer.
— Ina, on entre pas dans la chambre des gens comme ça, il faut toquer avant, protesté-je.
— Tu m'écrases, geint Ariel en se détachant de moi.
Ina s'excuse et s'assoit de façon à ne plus écraser mon copain.
— Attention Ina, si tu écrases mon copain, je vais te chatouiller ! m'exclamé-je en tendant mes mains vers elle.
Elle rigole déjà et se laisse basculer en arrière alors que je ne l'ai même pas touchée.
— C'est pas ton petit copain ? demande-t-elle, reprenant les mots que ma belle-mère utilise pour me taquiner.
— Si, mais on peut aussi dire copain pour aller plus vite.
— Ah, d'accord. Vous venez manger ?
— On s'habille et on vient, promet le châtain.
Ina accepte et sort de la chambre en courant. Je ne comprends pas comment elle fait pour avoir autant d'énergie dès le matin.
Nous nous habillons et descendons à la cuisine. J'ai encore du mal à me changer devant Ariel, toujours aussi peu confiant à propos de mes cicatrices, mais ça aussi ça s'améliore, grâce à lui.
Pendant que nous mangeons, je manque de sursauter en sentant la main d'Ariel se poser doucement, presque timidement sur ma cuisse. D'habitude, c'est moi qui fait ce genre de choses, mais il prend vraiment de plus en plus de confiance avec moi, et ça me rend tellement fier de lui.
Son pouce caresse délicatement ma cuisse. C'est le meilleur chocolat chaud de ma vie, aucune hésitation possible.
— Je t'aime, soufflé-je au moment où il ne reste plus que nous deux dans la cuisine.
Il m'embrasse rapidement pour toute réponse. Je suis au paradis, c'est officiel.
Nous remontons dans ma chambre après le petit-déjeuner. Ariel prépare des habits plus propres que ce qu'il a enfilé pour aller manger, dans l'intention de prendre une douche. Je le regarde choisir des habits dans mon armoire avec une question qui me brûle les lèvres.
— Ariel, mon chat ? Je peux prendre une douche avec toi ?
Le châtain se tourne vers moi, l'air hésitant, puis hoche doucement la tête.
— Juste une douche, hein ? articule-t-il.
— Juste une douche, confirmé-je.
Rassuré, il hoche la tête, beaucoup moins hésitant qu'il y a quelques secondes.
Nous allons dans la salle de bains. Je retire mon tee-shirt, il fait la même chose. Au moment de retirer mon pantalon, je bloque un peu. Les mains d'Ariel se posent alors sur les miennes, et il murmure :
— Tu me laisses faire ?
— D'accord.
Il déboutonne le pantalon et fait descendre le tissu le long de mes cuisses avec lenteur, sans me quitter de son regard légèrement inquiet. Il s'assoit sur le petit meuble derrière lui pour me retirer totalement le pantalon.
— Elles sont belles tes cicatrices, Elias...Je les aime autant que je t'aime toi, donc beaucoup. Elles font partie de toi.
J'aimerais me pencher pour l'embrasser, mais je n'en ai pas le temps, car ses lèvres viennent de se poser sur l'une des cicatrices. L'une après l'autre, il embrasse toutes celles qui sont sur le devant de mes cuisses, puis il me demande de me tourner pour embrasser celles sur le côté. Je le regarde déposer des baisers sur ma peau meurtrie, et à chaque fois qu'il se recule, un peu de ma douleur et de mes craintes s'en va.
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Safe Place
AléatoireGoogle dit que l'anxiété est un "État de trouble psychique causé par la crainte d'un danger". Mais pour ceux qui vivent l'anxiété au quotidien, cette petite phrase signifie tellement plus, tellement d'angoisses, tellement de peurs. Tellement d'inqu...
