12- Une dose de courage.

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12- Une dose de courage.

Ariel, 20 septembre, 6h55.

Je monte dans le bus. Octave est là, assis à la même place que d'habitude, mais Elias n'est pas là. Le brun me fait signe de m'asseoir derrière lui, ce que je fais en silence.

Elias est malade je pense, il nous enverra un message plus tard. Quand il est malade, il dort et nous envoie un message après, m'explique Octave. Ne t'inquiètes pas, il nous préviendra.

Je hoche la tête, moins inquiet.

Ma journée passe lentement, je me sens beaucoup plus stressé sans Elias assis à côté de moi en cours. Je crois que je me suis attaché à lui sans même m'en rendre compte. Il m'a envoyé un message dans la journée pour dire qu'il ne se sentait pas bien et qu'il revenait demain. Heureusement, aux récrés et à la cantine, Adrien, Gabin et Octave sont venus avec moi à chaque fois.

Le soir, dans le bus, je regarde la pochette dans laquelle j'ai mis les cours d'Elias. Je pourrais peut-être aller lui donner chez lui ? Pris d'un élan de courage, je demande à Octave qui est assis devant moi :

Je...tu pourrais me passer l'adresse d'Elias ?

Il sera content de te voir je pense, commente-t-il en notant l'adresse sur mon téléphone. Tu verras, c'est pas loin de l'arrêt de bus.

D'accord...merci.

Sonne, si tu toques personne ne t'entendra. C'est l'arrêt là.

Je remercie Octave une deuxième fois, récupère mes affaires et descend du bus. Je prends une grande inspiration une fois sur le trottoir.

Putain, mais qu'est-ce qui m'a pris ? Moi, je vais vraiment aller sonner chez quelqu'un ?

Je note l'adresse sur le gps de mon téléphone et commence à marcher, lentement, résistant à l'envie de partir en courant pour rentrer chez moi.

Lorsque j'arrive devant la maison, mon estomac se noue. Il faut que je sonne, maintenant. Je dois appuyer sur la sonnette et attendre que quelqu'un m'ouvre. Je dois sonner, je ne peux plus me défiler maintenant.

Je prends la plus grande inspiration de ma vie et appuie sur la sonnette. Le bruit résonne dans la maison.

Je mets où mes mains ? A l'aide, pourquoi est-ce que j'ai sonné ?

Les secondes passent, la porte finit par s'ouvrir sur une femme aux cheveux bruns.

Il faut que tu parles, Ariel.

B-bonjour...je suis un ami d'Elias, je...je lui apporte les cours, bégayé-je lamentablement.

Tu veux entrer pour lui apporter ? Je suis la belle-mère d'Elias, appelle-moi Anna, sourit-elle gentiment.

N'osant pas refuser, j'entre dans le couloir, je retire mes chaussures à la demande de la belle-mère d'Elias, puis elle me guide jusqu'à une chambre, à l'étage.

Je vous laisse, déclare-t-elle avant de s'en aller.

Je fixe la porte quelques secondes puis me décide à toquer. La voix d'Elias me parvient de derrière la porte, j'entre timidement.

Ariel ? s'étonne le brun. Viens, entre, viens t'asseoir. Qu'est-ce que tu fais là ? Tout va bien ?

Je voulais t'apporter les cours...

Elias insiste pour que je m'installe au bout du lit, ce que je finis par faire. Je lui tends la pochette contenant les cours, encore un peu hésitant.

Qui-est ce qui t'as ouvert ?

Ta...ta belle-mère. Tu vas bien ?

J'étais juste très fatigué, tout va bien maintenant, t'en fais pas Ariel. T'as réussi à sonner ? T'aurais pu m'envoyer un message, je serais venu t'ouvrir.

Il regarde mes mains et se redresse immédiatement pour s'approcher de moi.

Mais tu trembles...

Je ne m'en étais même pas rendu compte. Je baisse les yeux vers mes mains tremblantes. Elias s'avance encore un peu, sa main se pose sur les miennes.

Te force pas à faire des choses comme ça pour moi, Ariel, tu trembles comme une feuille.

Je voulais te voir et t'apporter les cours...

Reste manger au moins ? Ma mère ne devrait pas tarder, on mange tôt en général.

Sa mère ?

Elias remarque mon incompréhension et rit doucement.

Elles sont en couple, je considère ma belle-mère comme ma mère aussi.

Ah, d'accord. Ça ne les dérange pas si je reste ? Je ne veux pas gêner moi...

Je te le propose, c'est que non. Tu veux bien ? S'il te plaît. Je te promets que tu ne gênes personne.

Je finis par accepter et attrape mon téléphone pour prévenir ma mère, qui paraît contente que je me sois fait des amis.

Je crois que ma mère est là, je vais aller la prévenir que tu manges ici. Fais comme chez toi en attendant, je reviens vite, sourit Elias en s'extirpant de ses couvertures.

Je me retrouve seul dans sa chambre, occupé à fixer le mur. Il m'a dit de faire comme chez moi, mais je n'ose pas bouger, j'ai trop peur de faire tomber un truc.

Je me contente donc de rester immobile à attendre qu'il revienne. Il revient rapidement, et se dépêche de se réinstaller sous sa couverture. Enroulé dans la couverture, il se replace devant moi.

Tu trembles encore un peu, constate-t-il. Ça va aller ? Si tu ne le sens pas, je peux demander à ma mère pour qu'on te ramène chez toi, ne te force pas à rester...j'ai peut-être trop insisté ?

Ça ira, je stresse pas trop avec toi.

Le brun essaie de croiser mon regard. J'ai remarqué qu'il fait ça souvent, comme pour vérifier que je vais bien. Il fait ça avec Octave, Gabin et Adrien aussi, mais je crois que je suis le seul à fuir son regard.

Sûrement parce que j'ai compris qu'il m'analyse bien trop facilement avec un seul échange de regard.

Des bruits de pas rapides se font entendre dans l'escalier, Elias soupire, l'air amusé. Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvre, laissant entrer une petite fille aux cheveux noirs et frisés. Elle sourit de toutes ses dents -même s'il lui en manque une, elle doit probablement perdre ses dents de lait- faisant ressortir sa peau matte.

C'est qui lui ? demande-t-elle d'une voix fluette en me pointant du doigt.

Ina, ne pointe pas du doigt, lui reproche gentiment Elias.

Pardon.

C'est un ami, il s'appelle Ariel. Il mange avec nous ce soir, tu seras gentille n'est-ce pas ?

La petite fille s'avance, croisant boudeusement les bras.

Je suis toujours gentille.

Elias se tourne vers moi.

C'est ma petite sœur, Ina.

Je souris, attendri par la moue boudeuse de sa petite sœur. Le visage d'Elias se peint d'un grand sourire alors qu'il l'invite à s'approcher pour pincer doucement ses joues.

Ina éclate de rire, d'un rire enfantin et joyeux. 

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