21- Une dose d'attachement.
Elias, 5 octobre, 12h10.
— Au pire on loupe les maths après, c'est pas grave, dis-je.
Surtout que le prof est insupportable avec Ariel, je préfère éviter qu'il lui fasse faire une crise d'angoisse de plus. Nous sommes actuellement dans la file d'attente de la cantine, et celle-ci n'avance pas.
Octave, Adrien et Gabin sont là, eux aussi. Les deux derniers se sont réconciliés, mieux que réconciliés même. Avec Ariel, on les a vus hier dans le couloir et je l'ai raconté à mon meilleur ami, et lui m'a raconté quelques heures plus tard que Gabin lui a demandé de l'aide pour choisir des fleurs - le père d'Octave est fleuriste - signifiant des excuses.
— Nous on a histoire, le prof est chiant, déclare le bouclé.
Gabin ne lâche pas Adrien du regard alors que ce dernier s'éloigne un peu pour poser son sac contre le mur et en sortir ses écouteurs. On dirait qu'il a peur qu'il s'enfuie. J'espère qu'ils vont tout nous raconter lorsqu'on sera enfin à la cantine, je suis trop curieux pour le coup.
Mais s'ils n'ont pas envie ils ont le droit bien sûr, mais s'ils décident de nous raconter, j'en serais content.
Les minutes passent, on a dû avancer de quelques mètres à peine, je commence sérieusement à avoir faim, Octave n'arrête pas de râler.
— J'espère qu'on va louper les maths, vraiment, soupire Ariel.
***
5 octobre, 12h40.
On vient seulement de s'asseoir avec nos plateaux, une surveillante nous a dit que notre retard en cours sera automatiquement excusé. Heureusement qu'on va louper les maths.
— Bon, commence mon meilleur ami. Vous avez pas quelque chose à nous avouer tous les deux ?
En parlant, il se tourne vers Adrien et Gabin, ce dernier rougit un peu sous le rire gêné du bouclé. Légèrement embarrassé, Adrien s'éclaircit la gorge.
— Euh...hier dans le couloir-
— On vous a vu dans le couloir, l'informé-je.
— Si tu veux, passe direct à la partie qui concerne les fleurs, conclut Octave.
— A-ah ouais, les fleurs...euh...je voulais vraiment me faire pardonner alors je lui ai offert un bouquet de fleurs et ensuite on s'est embrassés sous la pluie, marmonne Gabin, les joues rougies mais un petit sourire sur le visage.
— C'est vraiment mignon, commente Ariel, parlant seulement pour la deuxième fois ce midi.
Il mange doucement, mais au moins il mange. De toute façon, on va être en retard en maths, et tant mieux. Je vais demander à Ariel de venir chez moi ce soir, il faut que je lui parle de quelque chose à propos du prof de maths, justement.
Mais pour en revenir à Gabin et Adrien, c'est vrai qu'ils sont mignons, je suis content qu'ils se soient réconciliés et que tout aille bien entre eux, ils le méritent vraiment.
— Du coup vous venez chez moi ce week-end ? demande Octave. Mes parents seront pas là, on sera tranquilles.
— C'est mon anniversaire dimanche.
Un gros silence se forme, on se tourne tous vers Ariel qui n'a rien ajouté après cette annonce.
— T'auras quel âge ?
— 19 ans.
Gabin écarquille les yeux suite à la réponse du châtain. C'est vrai que moi, je savais déjà qu'Ariel avait un an de plus que nous, mais les autres n'étaient pas au courant.
Octave sourit et se redresse un peu :
— Parfait, on pourra fêter ton anniversaire si tu veux.
— Vous avez fini ? Allez en cours, dépêchez vous, nous surprend un surveillant.
On se dépêche de sortir de la cantine et d'aller en vie scolaire faire excuser notre retard plus que conséquent. Une fois sortis du bureau, nos carnets de correspondance à la main, nous nous séparons dans le couloir, les trois autres allant totalement dans la direction opposée à celle d'Ariel et moi.
Pendant que nous marchons en direction de la salle de maths, je m'arrête brusquement et lui demande :
— Tu vas bien ? Tu parles pas trop depuis ce matin, il s'est passé quelque chose ? J'ai fait quelque chose de mal ?
Les yeux d'Ariel s'agrandissent un peu, son regard parcourt lentement l'entièreté de mon visage.
— Oui, tout va bien...je ne parle jamais beaucoup tu sais ?
C'est vrai que je me suis habitué à ce qu'il parle plus que ça, mais seulement lorsqu'il est seul avec moi, pas forcément avec les autres. Il n'empêche que je m'inquiète énormément pour lui, il prend vraiment une place importante dans ma vie. Et pas seulement à cause de l'attirance que j'ai eu pour lui et qui ne semble pas vouloir partir.
— D'accord, ça me rassure alors. Mais si ça va pas je suis là, mh ?
Ariel hoche la tête et me sourit doucement. Je découvre une fois de plus son sourire absolument adorable qui lui va si bien, un sourire qu'il ne montre qu'à moi, aux autres c'est un sourire différent.
Nous recommençons à marcher vers la salle de maths. J'espère que le prof ne va pas râler ou s'en prendre encore une fois au châtain. Il ne mérite vraiment pas ça, il faut vraiment qu'il vienne chez moi ce soir et que je lui parle de mon idée, je ne suis pas sûr que ça puisse aider, mais il faut tenter le coup, on n'a rien à perdre de toute façon. Je veux vraiment aider Ariel, même s'il n'a pas l'air d'en avoir totalement conscience car il a encore peur de me déranger.
Arrivés devant la porte, je toque alors que le châtain s'efface directement derrière moi pour me laisser parler au prof.
La porte s'ouvre brusquement, presque avec violence, la main d'Ariel s'accroche à ma manche avec nervosité.
— On est entrés dans la cantine en retard, il y avait beaucoup de monde, annoncé-je en montrant le billet de retard dans mon carnet.
Le prof soupire, on le fait clairement chier mais je m'en fiche.
— Entrez en silence, grince-t-il d'un air mauvais.
Je le déteste vraiment de plus en plus, mais je ne relève pas et vais m'asseoir avec Ariel.
Le prof recommence son cours sans se soucier de nous, je crois qu'il est décidé à nous ignorer aujourd'hui, et tant mieux au final. On est tranquilles au moins, et il ne fait pas trop stresser Ariel s'il l'ignore comme ça, je crois.
— Viens chez moi ce soir, chuchoté-je au châtain.
— Pourquoi ?
— J'ai envie que tu viennes.
Et tu calmes mes insomnies aussi, mais passons.
Ariel réfléchit quelques secondes, la tête légèrement penchée sur le côté.
Un vrai chaton.
— D'accord, ça me va, répond-t-il enfin.
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Safe Place
RandomGoogle dit que l'anxiété est un "État de trouble psychique causé par la crainte d'un danger". Mais pour ceux qui vivent l'anxiété au quotidien, cette petite phrase signifie tellement plus, tellement d'angoisses, tellement de peurs. Tellement d'inqu...
