17- Une dose de vent.
Ariel, 3 octobre, 18h20.
Assis en tailleurs sur le lit d'Elias, une feuille posée devant moi, je tente désespérément de comprendre ce devoir de maths que je dois rendre la semaine prochaine. J'attends le retour d'Elias aussi, il m'a promis de m'expliquer les exercices que je ne comprends pas, mais là, il essaie d'éloigner sa petite sœur qui veut à tout prix jouer avec lui.
Je les entends parler dans le salon, Ina ne semble pas comprendre que nous sommes occupés. Ça me fait un peu de peine pour elle, mais il faut vraiment que l'on finisse ce devoir...
Les minutes passent et j'entends enfin quelqu'un monter les escaliers. Elias entre dans la chambre quelques secondes plus tard et vient s'asseoir à côté de moi en passant une main sur son front.
— Désolé, mais si tu restes pour le repas après, j'ai promis à Ina que l'on jouerai à cache-cache, tu seras d'accord ?
— Pas de soucis.
Il m'adresse un sourire lumineux puis attrape le devoir, le levant à hauteur de nos visages.
— Tu as déjà réussi quelques trucs ou pas du tout ? demande-t-il.
Je secoue la tête.
— Juste l'exercice 1, après j'ai bloqué sur le 2.
Patiemment, le brun commence à m'expliquer les notions sur lesquelles je bloque, et bientôt mon brouillon est terminé. Il est maintenant dix-neuf heures, nous descendons pour jouer avec Ina comme promis avant le repas, repas pour lequel Elias a insisté pour que je reste.
— Vous avez fini ? s'exclame la petite fille en courant vers nous.
Elle s'accroche à la jambe d'Elias qui rit doucement en ébouriffant un peu ses cheveux frisés.
— Je veux plus jouer à cache-cache, je veux me faire coiffer et maquiller ! sourit-elle d'un air effronté.
— Ina...
La petite fille fronce d'abord les sourcils, sans trop comprendre pourquoi son frère vient de prononcer son prénom, puis elle semble comprendre brusquement, elle crie joyeusement :
— S'il vous plaît ! Je serai sage, promis !
— Ça te va à toi ? m'interroge Elias, ce à quoi je réponds par un hochement de tête. Tu as tout ce qu'il faut ?
Ina attrape ma main droite et la main gauche d'Elias pour nous guider dans sa chambre joliment décorée par du papier peint à motifs de nuages de toutes les couleurs. Par terre, elle récupère une brosse à cheveux, des élastiques colorés et une boîte, qui, je suppose, contient du maquillage.
— Tu me maquilles ? demande-t-elle en me donnant la boîte.
J'accepte, bien que je ne sois pas sûr du tout de réussir à faire quelque chose. Elias, lui, attrape la brosse et commence à démêler les cheveux de sa sœur, en commençant par les pointes.
— C'est quoi ta couleur préférée ? demandé-je, un pinceau pour le maquillage dans la main.
— Le vert ! Celui-là, me montre Ina sur la palette de maquillage.
A l'aide du pinceau, j'applique soigneusement le fard vert sur les paupières de la petite fille qui ne cesse de rigoler, apparemment le pinceau chatouille.
— Et toi, ta couleur préférée ?
Je lève les yeux sur Elias qui me regarde, très sérieux. Je prends quelques secondes pour réfléchir.
Ma couleur préférée ?
— Le bleu, je pense. Toi c'est le rouge je crois ?
Ses sourcils se lèvent un peu, il avoue être surpris que je m'en rappelle.
— Ça me va bien le vert ? monopolise brusquement Ina.
— Oui, c'est très joli, ça va vraiment bien avec ta couleur de peau ma belle, la rassure Elias.
***
3 octobre, 19h55.
La main d'Elias s'enroule brusquement autour de mon poignet alors qu'une bourrasque de vent se fait entendre dehors, glissant sur les tuiles du toit ce qui fait que ça résonne un peu dans la chambre.
Un peu perdu, je regarde Elias replier ses jambes contre son corps et se rapprocher nerveusement de moi. Nous sommes tous les deux assis sur son lit, on s'apprêtait à regarder un film.
Rapidement, sa joue se pose contre mon épaule. Je lui fais lâcher mon poignet pour glisser ma main dans la sienne. Je veux le rassurer, l'aider comme lui l'a déjà fait pour mes crises d'angoisses, et le seul moyen que je vois est le contact physique. J'ai compris assez facilement qu'Elias est quelqu'un de plutôt tactile.
Dehors, le vent continue de souffler, de plus en plus fort, et à chaque bourrasque je sens le brun se crisper contre moi.
— Ça va aller, je suis là...je reste avec toi si tu veux, ça va aller, tenté-je en serrant un tout petit peu plus sa main.
— Reste, cette nuit...et tu penses que tu peux me parler ? Raconte-moi n'importe quoi, juste pour me faire penser à autre chose.
— Je ne vais pas gêner ?
— Non...reste, s'il-te-plaît.
Je récupère mon téléphone de ma main libre sans répondre immédiatement. A la place, j'envoie un message à ma mère pour la prévenir, et elle paraît ravie que je passe du temps chez un ami. Je sais qu'elle fréquente quelqu'un en ce moment et qu'elle voulait voir cette personne ce soir...je suis content pour elle, elle mérite d'être heureuse.
— Je sais pas trop quoi te raconter...je peux te parler de moi si tu veux ? Je suis pas sûr que ça soit très intéressant...
— Si, ça m'intéresse, parle-moi de toi.
Je réfléchis rapidement.
Ta vie est nulle, tu veux lui raconter quoi ?
Ta gueule, parle et rassure le.
— Ça ne sera pas très joyeux, désolé.
Elias marmonne qu'il s'en fiche, que ça l'intéresse quand même et qu'il veut penser à autre chose qu'au vent qui souffle contre le toit.
— Mon père est mort quand j'avais cinq ans, et avant de mourir il m'a offert Titus...ça me stresse un peu d'ailleurs, ça veut dire que mon chat a déjà treize ans. Sinon...euh...j'ai jamais vraiment eu d'amis, j'en avais envie mais je trouvais ça tellement compliqué de devoir s'adapter aux autres alors je préférais rester seul, c'était plus facile. J'ai peur de plein de choses mais le sang ou les piqûres je m'en fiche totalement, ça me fait rien du tout.
Elias m'écoute attentivement, il me regarde maintenant.
— Continue de parler, s'il te plaît, réclame-t-il d'une voix un peu plus faible que d'habitude.
— Mon animal préféré c'est le chat, ma couleur préférée le bleu mais je saurais pas te dire quelle nuance de bleu. J'écoute pas de style préféré de musique, à partir du moment où j'apprécie une musique elle finit dans ma playlist, et même si je l'aime plus après j'ai pas le coeur à l'enlever de la playlist. Je sais vraiment pas quoi te raconter d'autre...
Le silence se fait pendant quelques secondes. Je n'ai jamais autant parlé de moi à quelqu'un d'autre que mon chat.
— Ariel...
— Oui ?
— Je t'ai déjà dit à quel point tu es adorable ?
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Safe Place
RandomGoogle dit que l'anxiété est un "État de trouble psychique causé par la crainte d'un danger". Mais pour ceux qui vivent l'anxiété au quotidien, cette petite phrase signifie tellement plus, tellement d'angoisses, tellement de peurs. Tellement d'inqu...
