8- Une dose de compassion.
Elias, 10 septembre, 15h08.
Allongé sur le lit de Gabin, j'écoute Octave qui nous raconte ses problèmes avec sa petite-amie. Elle a changé de lycée cette année, et mon meilleur ami à l'impression qu'ils sont en train de s'éloigner, alors que les cours ont recommencé il y a moins de deux semaines, il à l'impression que ce froid a commencé avant la rentrée.
— On a plus aucun sujet de conversation, et quand on se voit j'ai l'impression qu'on est des inconnus, soupire-t-il.
— Tu lui en a parlé ? demande Adrien.
— Je la vois demain, je lui en parlerai. Mais bon, assez parlé de moi, vous avez des choses à raconter vous ?
Je secoue la tête en signe de négation. Gabin se redresse brusquement, l'air impatient de nous raconter quelque chose, mais ce que je remarque surtout est le regard qu'Adrien pose sur le bleuté. Un mélange d'inquiétude, et de quelque chose que j'ai du mal à définir. Le même genre de regard que j'ai déjà pu voir chez Octave qui regarde Liza.
Je crois qu'il va falloir que je parle au bouclé, si j'ai bien compris son regard.
— Je vais avoir un chat ! s'exclame joyeusement notre ami.
Le visage d'Adrien se détend et il soupire discrètement, comme soulagé.
— C'est génial, déclare-t-il. Ta mère a enfin accepté du coup ?
— Oui, je suis vraiment trop content !
Il laisse tomber sa tête sur l'épaule du bouclé qui sursaute un peu. Il y aurait quelque chose entre mes deux amis ? Pourquoi je ne l'ai pas remarqué avant ?
J'échange un regard avec Octave qui semble penser à la même chose que moi. J'essaie d'articuler silencieusement un "il se passe quoi ?" mais mon meilleur ami fronce les sourcils pour me dire qu'il ne comprend pas ce que j'essaie de dire.
Mon téléphone vibre dans ma poche. Je romps le contact visuel avec Octave et reporte mon regard sur mon écran.
"pas_la_sirene a demandé à suivre votre compte"
Ariel ? C'est ça son compte Instagram ?
Je clique sur le bouton "confirmer", puis sur "suivre en retour". Je lui envoie immédiatement un message pour m'assurer que c'est bien lui.
@elias.krkrkr :
> Salut :)
@pas_la_sirene :
> J'ai fini par avoir le courage de t'ajouter mdr
> Je te dérange pas ?
@elias.krkrkr :
> Non pas du tout t'inquiètes pas
> T'as pas besoin de stresser avec moi vraiment, je veux pas que tu te sentes mal à l'aise ou autre
Une odeur de chocolat me parvient soudainement et je relève la tête, sorti de la bulle où je m'étais glissé.
— Ma mère a dû faire du chocolat chaud, je reviens ! s'écrie Gabin.
Il se redresse, ôtant sa tête de l'épaule d'Adrien.
@pas_la_sirene :
> C'est gentil
> Pourquoi t'es aussi gentil ?
Je soupire, il est vraiment adorable ? Et en même temps, il me fait un peu de peine, on dirait qu'il n'a pas l'habitude qu'on veuille le mettre à l'aise ou être ami avec lui.
— Tu parles à qui ? demande Octave.
Je n'ai pas besoin de le regarder pour savoir qu'il sourit.
— Ariel.
@elias.krkrkr :
> Car je t'apprécie ? C'est si bizarre que ça que je t'apprécie ?
@pas_la_sirene :
> Un peu
Des bruits de pas retentissent et Gabin revient, des tasses fumantes dans les mains. Je souris alors qu'il me tend l'une des tasses, en donne une à Octave et va se rasseoir à côté d'Adrien avec les deux dernières tasses.
@elias.krkrkr :
> Ah bon ? Pourquoi ?
— J'ai reçu un message de Liza, elle veut m'appeler pour me dire un truc...je vais dehors, je reviens.
Octave se lève et sort de la pièce. J'espère que cet appel va bien se passer pour lui.
Gabin se relève, déclarant qu'il va chercher des gâteaux. Je me penche alors vers Adrien :
— Il se passe quelque chose entre Gabin et toi ? Tu peux m'en parler si tu veux, je dirais rien.
Le bouclé rougit immédiatement. Je crois que j'ai ma réponse...
— Je sais pas trop, je suis hyper jaloux en ce moment quand il parle à d'autres, j'ai tout le temps envie d'être tactile avec lui...pourtant c'est mon meilleur ami, je l'avais jamais vu autrement.
— Tu devrais lui en parler je pense, t'as peut-être une chance. Ou tu préfères que je lui parle pour savoir ce qu'il pense de son côté ?
— Je vais me débrouiller, t'inquiètes pas. Je te redirais si tu veux.
Je me tais en entendant quelqu'un monter les escaliers. Octave entre, l'air totalement abattu, il s'assoit sur le fauteuil. Silencieusement, il lève les yeux sur moi au moment où Gabin revient.
Mon meilleur ami se relève presque immédiatement pour venir s'asseoir à côté de moi. Je me redresse, n'osant pas lui demander. Nos regards se croisent, je comprends immédiatement que ça ne va pas du tout.
— Elle...elle veut qu'on fasse une pause, articule-t-il faiblement.
Ses yeux s'embuent de larmes et il déglutit pour les retenir. Adrien et Gabin se précipitent sur le lit pour étreindre Octave, tout comme moi.
— Elle aurait au moins pu me le dire en face...on est ensemble depuis 7 mois et elle me l'annonce au téléphone...
Je me contente de décrire des cercles avec ma main sur son dos, ne sachant pas quoi lui dire. J'ai rarement vu Octave pleurer, il ne montre pas souvent ce qu'il ressent.
Rapidement, il se recule, essuie ses yeux et renifle.
***
10 septembre, 23h30.
Après un long moment, Octave réussit enfin à s'endormir. Je baille avec fatigue, je suis resté éveillé le temps qu'il s'endorme pour être sûr qu'il y arrive.
Nous dormons tous deux sur des matelas posés sur le sol, nos deux autres amis sont à présent endormis dans le lit du bleuté, chacun à un bout.
Ariel ne m'a pas répondu, à mon dernier message.
Je m'allonge sur mon matelas et place correctement la couverture sur moi.
Cette journée était vraiment bizarre. J'ai sommeil, mais je vais essayer de ne pas dormir tout de suite, au cas où mon meilleur ami se réveille.
Mais la fatigue finit par avoir raison de moi, mes yeux se ferment alors que je baille encore une fois. Les bras enroulés autour de mon oreiller, je tente de ne pas m'endormir.
J'espère que Ariel va bien.
Octave remue un peu sur son matelas, je sens qu'il s'assoit. Je rouvre les yeux et me redresse aussi, découvrant mon meilleur ami les larmes aux yeux.
— Je comprends vraiment pas Elias, j'ai fait quelque chose de mal ? murmure-t-il.
Je le serre dans mes bras, chose qu'il me rend en laissant couler ses larmes contre mon épaule.
VOUS LISEZ
Safe Place
RandomGoogle dit que l'anxiété est un "État de trouble psychique causé par la crainte d'un danger". Mais pour ceux qui vivent l'anxiété au quotidien, cette petite phrase signifie tellement plus, tellement d'angoisses, tellement de peurs. Tellement d'inqu...
