3 p.m (le même jour)
Je n'attends pas que la porte claque pour m'installer sur la terrasse de l'appartement, joint en main. Je pose mon cul lourdement sur un des transats face à la ville. J'ai besoin de me détendre et vite. J'apporte mon joint à la bouche et l'allume pour tirer une grosse latte. Ça y est, je peux expirer toutes les toxines de la fumette mais aussi celles qui s'accumulent en moi depuis que je l'ai rencontrée.
J'aspire tranquille la fumé noir et la recrache durement plusieurs fois d'affiler jusqu'à sentir les effets sur mon corps. Petit à petit, mes muscles se relâchent et mon esprit s'apaise, part ailleurs. Je pense à mon combat, dans deux jours je vais pouvoir me défouler comme il se doit. J'en ai bien besoin à l'heure actuelle. Je ris pour moi-même, ce fils de pute ne va rien comprendre et je ne m'arrêterai pas tant que je ne l'aurai pas entendu me supplier et pleurer sa mère. Rien qu'à cette idée j'en frémis d'avance.
Je sens mon téléphone vibrer dans ma poche de jean. Je l'extirpe pour regarder le message que je viens de recevoir. "8 p.m au même endroit que d'habitude". Je grimace devant mon écran. Il m'emmerde, il croit que je suis sa chienne ou quoi ? Bah peut-être que je l'suis parce que je vais y aller. Je le sais. Je ne peux rien lui refuser à ce bâtard et il le sait. Je souffle à nouveau et écrase mon joint dans le cendrier. Je me lève et vais dans ma chambre pour récupérer deux trois merdes dont j'ai besoin cet après-midi. Clopes, tic tac, et drogues. J'enfourne comme je peux dans les poches intérieures de ma veste en cuire et ferme la porte de ma piaule derrière moi.
Sur le chemin du départ, je m'arrête devant sa chambre. Ma curiosité me perdra. Je souffle mais rentre quand même à l'intérieur. Je fais le tour de la pièce avec mes yeux, me renvoyant des souvenirs de la nuit dernière. Ses mains, ses yeux, ses lèvres. Oh oui putain ses lèvres. J'suis un vrai drogué je comprends pas ce qu'elle me fait. Cette meuf est dingue et imprévisible. Sur le lit est toujours posé son livre Bonjour tristesse qu'elle a continué à lire après mon départ puisqu'il doit lui rester une trentaine de pages à tout casser. Je fais un peu plus attention à la pièce qu'hier. Quand je dis qu'elle est dingue, ou folle ? J'sais pas mais elle doit avoir une centaine de livres plus ou moins rangés dans toute la chambre et des pages griffonnées de crayon sur le sol. Mis à part ce "désordre créatif", la chambre est plutôt clean.
Je ne devrais pas être ici, merde qu'est-ce que je fous ! Je déteste cette meuf mais plus j'en apprends sur elle plus je suis perplexe. Elle doit être plus antipathique que moi, je pensais même pas que c'était possible. Hier elle me touchait sans vergogne, et je ne peux pas nier qu'il m'a fallu un self-control que je ne me connaissais pas, pour ne pas la retourner à même le sol. Par contre ce matin, elle s'est transformée en dragon à me gueuler dessus sans raison comme l'autre jour sur la terrasse. La finalité est pourtant la même, énervée ou bienveillante, des images chaudes de nous deux finissent toujours par s'incruster dans ma tête.
Merde. Faut que j'arrête de penser à elle de cette façon. Cette meuf est un nid à emmerdes, rien que pour ça je ne me la ferai pas. Et pourtant ce n'est pas l'envie qui manque. Je dois me concentrer sur la colère et l'énervement qu'elle arrive à faire monter en moi quasiment à chaque fois qu'elle m'adresse la parole. Je sers les poings et ferme la porte. Je n'aurai pas dû entrer là-dedans. Je tourne les talons et prends la direction de la sortie. J'ai d'autres trucs à foutre que de penser à une psychopathe. Je dévale les escaliers et me hisse sur ma moto accrochée au poteau en face de l'entrée. Je fais vomir le pot d'échappement et démarre à toute allure.
Je file dans les rues de New York que je connais par cœur, je souris et accélère encore un peu, dépassant la limite de vitesse de 30 km/h. J'aime ça, ce n'est que sur ma moto que je me sens aussi, aussi quoi... libre ? Ouais libre. Il n'y a que trois choses qui m'apaisent dans ma vie de merde : la drogue, les combats et la vitesse. D'ailleurs, je ne comprends pas comment je suis encore en vie. Je prends deux, trois virages serrés avant d'arriver devant une vieille porte de garage. J'éteins le moteur et mets la béquille. Je sors ma chaine et enroule mon bolide à un poteau. Je frappe trois fois contre la porte en métal et cette dernière glisse vers le haut pour me laisser passer.
VOUS LISEZ
Existence - Tome 1 [TERMINEE]
RomanceJameelyne, jeune femme de 26 ans, quitte sa campagne natale pour vivre à New York dans une colocation de cinq personnes. Perdue et brisée, elle va chercher à définir son Existence. Elle va tomber et se relever, se découvrir et se perdre. Dans cette...
![Existence - Tome 1 [TERMINEE]](https://img.wattpad.com/cover/338132888-64-k8213.jpg)