Chapitre 12 Droite, gauche et esquive

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6 a.m

J'enfonce mes écouteurs dans mes oreilles et lance Laser Gun de M83. Je m'étire un peu et m'assure que mon téléphone soit bien fixé dans l'étui prévu accroché à mon bras. Je ferme la porte de l'immeuble derrière moi et commence de petites foulées en direction du Brooklyn Bridge Park, une fois passée sous le pont j'accélère la cadence pour me vider l'esprit. "Qu'est-ce que tu as vu ?". Je n'ai pas pu fermer l'œil de la nuit ressassant tout ce que j'ai vu ou entendu depuis que je suis arrivée. "Mais toi t'es qui, qu'est-ce que tu fous chez moi ?". J'essaie d'adapter ma respiration à ma course pour ne pas être essoufflée au bout du premier kilomètre. Je ferme doucement mes mains en poing comme pour m'encourager à garder mes pensées dans ces derniers.

Je rouvre mes poings pour laisser partir ce tourbillon insensé qui se cogne dans mon esprit. "Fais gaffe où tu traînes ton joli petit cul pour éviter des situations gênantes". Je secoue la tête et m'encourage à garder la cadence pour ne pas m'avouer vaincue face à mes idées noires. "Ho, donc je suis sensée écouter les remarques d'un petit dealer de merde c'est ça ?". Rien n'est cohérent, rien n'a de sens chez lui. Mon sang commence à avoir des difficultés à se propager dans mon corps et le bout de mes doigts devient froid. Comme par mécanisme j'apporte une de mes mains jusqu'à ma poitrine et tape doucement dessus. Ordonnant silencieusement à mon cœur de pomper à nouveau. "Elle t'a dit de la lâcher !". Je contracte plusieurs fois mes poings puis les relâche.

Je m'arrête une seconde contre un arbre pour reprendre ma respiration qui était en train de me lâcher et frotte ma main frénétiquement sur mon front. Je regarde autour de moi et me rapproche de l'East River pour m'assoir au bord de l'eau. J'ai besoin d'une minute. "Arrête de faire ça". J'attrape mes cheveux frénétiquement et tire dessus. Sors de ma tête ! J'inspire et compte. Non, non je n'y arrive pas. Les chiffres se mélangent dans mon esprit, je n'arrive même plus à retrouver ce qu'il y a après un. Merde. Je crache une buée blanche, opaque. Il faut que je bouge d'ici ou je vais geler sur place.

Je me relève tant bien que mal, essayant de ne pas penser à la douleur qui se propage dans mes jambes. Je reprends une foulée plus tranquille pour continuer ma route. Je crois que je suis entrain de devenir folle. Devenir ? Peut-être que maman a raison.. A cette idée, ma course s'accélère. J'ai l'impression de voler et avec moi, ma douleur. "Occupe toi de ton cul putain !" Je sens des larmes me monter aux yeux mais je ne veux pas. Non, je ne veux pas tout lâcher. Je..je veux comprendre ce qu'il se passe. Une haine immense s'empare de mon corps et je ne peux rien faire d'autre que de frapper dans quelque chose.

"Tu m'as menacé avec une lampe, puis tu m'as forcé à enlever mon tee-shirt et enfin tu m'as tripoté sans mon consentement." Malheureusement, la chose la plus proche s'avère être un arbre. Me voilà maintenant avec une douleur lancinante se propageant. Merde. Par réflexe, j'apporte mon poing à ma poitrine tout en le couvrant de ma main gauche. J'ai mal, oui j'ai mal. Mais je n'ai pas peur que se soit cassé, non, ce qui me fait peur c'est que je ne suis pas certaine que ce soit vraiment au poing que j'ai mal. Non, cette douleur... je ne suis pas sûre qu'elle soit dans mes doigts, je ne suis même pas sure qu'elle soit réelle. Je ravale lourdement les larmes qui menacent et me tourne vers le ciel, les nuages gris s'agglutinent au-dessus de ma tête. Qu'au-dessus de ma tête ?

Arrête de jouer avec moi !

Je ne me suis même pas rendue compte que je crie mais maintenant que j'entends ma voix, je comprends que si. Mais cette voix.. elle parait différente. Appartenir à quelqu'un d'autre ? Lointaine.. Le ciel se couvre de plus en plus alors je décide de reprendre ma course, comme si je voulais échapper aux gouttes de pluie qui menacent. Comme s' il s'agissait d'acide. "Arrête". J'accélère, espérant repousser mes tourments. Mes tennis soulèvent de plus en plus de terre, occultant plusieurs fois ma vue. Est-ce un putain d'euphémisme ?! "Je crois t'avoir déjà dit de ne plus faire ça non plus". Je ne vois rien, je ne comprends rien ! Je chancèle un peu à cause de la rapidité qu'a pris ma course, essayant d'échapper à quelque chose, la pluie ? Mes pensées ? Nolan ? Moi ?

Existence - Tome 1 [TERMINEE]Des histoires addictives. Découvrez maintenant