Chapitre 57 Un concept isolé ?

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8:00 a.m

"Nous étions les gens dont on ne parlait pas dans les journaux. Nous vivions dans les espaces blancs et vides en marge du texte imprimé. Cela nous donnait davantage de liberté.

Nous vivions dans les brèches entre les histoires".

La Servante Écarlate de Margaret Atwood m'a toujours beaucoup questionnée. Dans la vie, l'être humain a besoin de s'identifier à quelqu'un ou quelque chose. Que ce soit une célébrité, un voisin ou bien une religion, nous aspirons à ressembler à ce qui nous semble être l'idéal. La chose ou la personne qui nous rassure. Cela nous permet d'avoir une ligne de conduite. Pourtant, chaque être humain est différent, il est donc impossible d'obtenir le même résultat, même si nous nous efforçons à reproduire les ambitions d'un autre. Mais cela ne nous empêche pas d'essayer. De faire tout ce qui est en notre pouvoir pour atteindre cet objectif abstrait. Et quand c'est chose faite, sommes nous heureux ?

Je n'en ai pas la moindre idée. Je n'ai jamais réussi à m'identifier à qui que ce soit, je ne me suis jamais sentie proche d'une quelconque religion et ce, même si je m'efforce à y croire. Combien de livre traite d'une héroïne autiste, hypersensible, ou tout simplement folle ? Très peu. Et combien s'efforce à reproduire les sentiments contradictoires que peuvent ressentir ces héroïnes ? On diminue encore le nombre. Alors comment est-il possible de se sentir en accord avec la société ? Comment est-il possible de rester connecter à la réalité générale ? On développe la nôtre. Et c'est pour ça que rapidement, nous nous sentons en marge, toujours à côté de la plaque, parce que peu s'évertuent à comprendre cette autre réalité.

Cela peut donc créer une certaine liberté j'imagine. On ne nous voit pas, on ne parle pas de nous. Nous sommes simplement oubliés. Mais est-il possible de parler de liberté si elle n'est pas ancrée dans la société. Sommes-nous libres si tout le monde s'en moque ? Cela revient à se demander si nous avons besoin des autres pour exister ? Sommes-nous, si personne ne nous voit ?

Je me gratte l'arrière de la tête et pose mon livre à côté de moi. Un mal de crâne gargantuesque commence à m'embrumer, ce qui m'empêche d'y voir plus clair. Comme si la vie n'était pas assez compliquée comme ça, je me sens obligée de la compliquer encore plus en la questionnant encore et encore.

Tu es prête ?

Je tourne la tête vers la porte de ma chambre et vois Rory, complètement habillée, dépasser de l'entrée. Elle est souriante, comme à son habitude.

Oui. J'attrape mon sac.

- Ok. Je t'attends devant la maison.

J'acquiesce et me relève du lit. J'attrape mon sac et regarde par la fenêtre. Il fait beau aujourd'hui. Tant mieux, d'après ce que j'ai compris le shooting est en extérieur. Je prends une grande inspiration et entreprends mon mantra inlassablement jusqu'à la porte d'entrée de la maison que je ferme à clé derrière moi. Je devrais être habituée maintenant à être prise en photo et pourtant.. J'ai l'impression de devoir me produire devant des millions de personnes à chaque fois.

Je m'installe dans l'Impala côté passager et m'étire de tout mon long. Je n'ai pas beaucoup dormi, je peux dire merci aux verres de vin que j'ai descendus hier soir comme si j'avais encore dix-huit ans.

Rory démarre la voiture en même temps qu'elle démarre une conversation à laquelle je ne prête pas plus attention que ça. La mannequin à toujours pleins de choses à dire, elle ne manque jamais de ressource et semble vivre une vie idyllique. Pourtant, je ne peux m'empêcher de penser à la quantité de drogue qu'elle prend. Elle me l'a dit elle-même, c'est pour s'évader de ce monde qu'elle prend toutes ces conneries. La vie est quand même injuste. C'est vrai ! Certaines personnes veulent se libérer de la réalité par tous les moyens quitte à vendre leur âme, tandis que d'autres vendraient leur famille pour simplement goûter à cette réalité.

Existence - Tome 1 [TERMINEE]Des histoires addictives. Découvrez maintenant