Midday
La balançoire continue de tanguer d'avant en arrière à cause de l'élan. J'ai l'impression que les nuages rejoignent mon état, de plus en plus opaque, la pluie n'attend plus et s'abat sur notre jardin, sur moi. Je lève la tête vers le ciel et attends que le supérieur s'arrête. Qu'il arrête la pluie, qu'il arrête la douleur qui envahit mon estomac.. Les picotements sous mon crâne s'intensifient et se propagent dans mes épaules, dans mes bras puis dans mes mains.
Je relève la tête vers la baie vitrée. Tous les trois discutent toujours. Ils font de grands mouvements avec les bras un peu comme ces poupées dangereuses qui virevoltent dans les airs. Je traverse l'herbe pour rejoindre la terrasse, je soulève beaucoup de terre sur mon passage. Je me rappelle qu'il faut que je lève les pieds sinon ils vont se mettre en colère. Alors je lève le pied droit bien haut et quand je le repose je trébuche sur une chaise.
Je m'aplatis au sol et serre les dents. J'ai mal à la cheville, je veux pleurer mais il ne faut pas. Ils disent tout le temps qu'il ne faut pas pleurer. Les picotements s'intensifient à nouveau. J'ai l'impression d'avoir des fourmis au bout des mains. Je ne peux rien dire, c'est moi qui devais ranger cette chaise. Je frotte le bout de mes doigts les uns contre les autres pour ressentir quelque chose mais rien.. Je ferme les poings, je n'ai pas coupé mes ongles quand ils me l'ont demandé. Je crois que je regrette maintenant. Ils s'enfoncent dans la paume de mes mains.
Je serre très fort, ça y est, je sens, je ressens. Je lève le regard vers la cuisine, une assiette vole et se fracasse juste à côté de sa tête. Je hoquète, surprise. Elle ne bouge pas, contrairement à mes ongles qui creusent de plus en plus profondément. Je me relève pour l'aider mais j'ai mal au genou. Je le regarde, il saigne beaucoup. Mince.. Ils vont encore me dire que je suis faible. Je mords fort ma lèvre et accepte la douleur. Je me relève et ouvre les poings. Du sang, du sang partout. Ma vue se trouble, l'air cogne de plus en plus fort et la pluie devient un rideau épais. Je ne vois plus rien.
Je me relève brusquement et je regarde autour de moi. Dehors, le soleil brille à son apogée, pas l'ombre d'une brise. Je frotte mes doigts les uns contres les autres, mes mains sont moites. Je les pose sur la couverture qui est plus par terre que sur moi, un peu comme la salade dans les sandwichs des fast-foods. Ok, je suis dans un lit. Je regarde autour de moi et je tombe sur ma boite à musique. J'ai oublié de les prendre hier. Je tends la main pour l'ouvrir. La musique s'empare de toute la pièce. Le Vermont. La soirée. Les souvenirs d'hier se bousculent dans mon crâne, chassent mes vieux démons, s'agitent dans ma tête.
Une trompette, des tambours et un clairon font un concert, ils rejouent une vieille musique rock que mes parents avaient l'habitude d'écouter. Je pose mes mains sur mon crâne pour éviter qu'il explose. C'est un réflexe idiot et dénué de sens. Je glisse mes jambes hors du lit et me tracte à l'aide de mes bras pour me lever. Le sol tourne, beaucoup. Mon estomac fait de la corde à sauter et s'entrave. Je cours dans la salle de bain et vomis tout ce que j'ai, excepté mes souvenirs.
Je tire la chasse d'eau et regarde mon reflet dans le miroir. Ce n'est pas beau à voir. De grandes cernes forment des poches sous mes yeux. J'ai du mascara un peu partout me donnant une allure de panda. Mes lèvres sont gercées et gonflées, le rouge à lèvre a dessiné une balafre sur ma joue. Je ressemble au clown dans Ça, ce n'est pas très glorieux. Comme par instinct mes doigts viennent glisser sur ma bouche, une sensation étrange se dépose dessus. Je fais couler de l'eau dans un verre et prends mon cachet.
Je file sous la douche, réglant la température sur 42. J'ai froid, rien n'arrive à me réchauffer, même pas l'eau, même pas mes mains qui me frictionnent les bras et les jambes. J'échappe un claquement de dent inquiétant, alors je monte la température. 44. La porte de la salle de bain claque me faisant sursauter. Le bruit de la cuvette qui se relève m'alerte. Comme un gout de déjà vu, cette fois-ci je ne me ferais pas avoir. Je me recroqueville dans un coin de la douche et dirige le pommeau au-dessus de moi.
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Existence - Tome 1 [TERMINEE]
RomanceJameelyne, jeune femme de 26 ans, quitte sa campagne natale pour vivre à New York dans une colocation de cinq personnes. Perdue et brisée, elle va chercher à définir son Existence. Elle va tomber et se relever, se découvrir et se perdre. Dans cette...
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