Dans la seconde, des oiseaux fendent l'air, le battement d'ailes frénétique et les croassements monstrueux, se hâtant dans toutes les directions. Ils ne sont pas maîtres d'eux-mêmes et d'ailleurs, je compte de nombreux corbeaux et rapaces, des volatiles annonciateurs de mauvaise augure et qui ne sont pas les bienvenus dans ces bois. Ceux-ci sont habités par des animaux paisibles qui chassent peu, des biches et des lièvres, des moineaux et des colombes. Même les loups et les ours ne seront jamais sauvages ici, mais apprivoisés aussi bien par la Forêt que par les Elfes. En tout cas, il n'existe rien dans les parages qui soit agressif et qui s'affole de la sorte.
— Archers..., murmuré-je, cet écho se perdant aussitôt dans le vent.
Maelan réagit à toute vitesse et commande à ses sentinelles :
— Archers, abattez-les ! Abattez ces maudits espions ! Lokaï, portez l'information à l'Intendant que la Forêt est attaquée. Ramenez avec vous les archers de la cité et les gardes de la bordure nord-ouest. Aux premiers, vous leur direz de traquer le moindre volatile, de les chasser de nos terres ou de les tuer si nécessaire. Ils ne doivent pas trouver les voies secrètes des Jours Éternels et surtout, ils ne doivent pas les transmettre à leur maître. Avec les gardes, vous défendrez notre frontière.
L'éclaireur Lokaï opine rigoureusement du chef et s'en va en sprintant au travers des bois. Le Capitaine bande son arc et tire avec ses sentinelles sur les oiseaux qui se confondent avec le brun et le vert des feuillages. Le Prince des Arbres d'Argent les imite, mais tous n'essaient pas de les tuer, contrairement à l'ordre de Maelan. Les Sylvains chassent beaucoup, mais ils massacrent peu. Les bêtes sont leurs amies, ils jouent avec elles et refusent de leur ôter la vie, hormis en de rares occasions où ils se nourrissent parfois de viande ou si des animaux extérieurs pénètrent sur leur territoire, des sangliers ou des charognards en provenance des plaines. Ils s'évertuent surtout à faire peur à ces espions et à les désorienter dans leur vol chaotique.
Les volatiles ne fuient pas, au grand regret des archers. Ils les visent avec plus de précision et malgré leur réticence à tuer, ils percent leurs ailes et leurs cibles tombent les unes après les autres. Une pluie noire macabre. Toute la beauté de la Forêt s'en retrouve ternie, assombrie par l'Obscurité. Pour les Sylvains, cette tuerie d'oiseaux leur brise le cœur et c'est une tâche cruelle que leur impose le Mage Fou qui contrôle ces créatures. Il faut s'en débarrasser pour que les animaux soient libérés de son emprise. De toute évidence, Laerran suit un raisonnement similaire, puisqu'il replace son arc sur son dos, range sa flèche et dégaine ses longs et fins poignards argentés.
— Maelandroth, venez avec moi. Archers, tenez vos positions.
Ils commencent à partir en direction de la bordure ouest du fleuve, alors que les archers se dispersent dans la zone pour couvrir plus de terrain.
— Pas sans moi !
Le Capitaine ne se retourne même pas vers moi, comme s'il s'y attendait. Je pointe un Elfe au hasard et proclame :
— Vous veillerez sur Veseryn et l'enfant. Ne vous avisez pas de perdre l'un ou l'autre ! Veseryn, soyez sage. Ne tentez rien et restez sous sa garde.
Elle acquiesce vivement, bien heureuse d'être protégée, quelque peu effrayée par cette cascade morbide d'oiseaux ensanglantés. Duran saisit son glaive et Torebok prend sa hache, mais Maelan l'arrête d'un signe décidé.
— Non, le Nain demeurera auprès de la jeune fille. Il ne parcourra pas nos bois à sa guise. Les autres, suivez-moi ! Il n'y a pas qu'un Mage Fou aux abords du Fleuve Creux. Par deux, trois ou en groupe, ils se déplacent toujours.
Quel autre pouvoir affronterons-nous ? Le Capitaine, habitué de ses terres, file entre les arbres à vive allure. Duran et moi le talonnons de près, bien que les Elfes soient bien plus endurants et bien moins essoufflés que nous. Nous atteignons rapidement l'endroit où la crise a éclaté et la capacité du second Mage Fou m'apparaît en un coup d'œil. Ces scélérats ont vraiment choisi leur cible avec un plaisir malsain, car l'un possède les bêtes dans le ciel et l'autre les bêtes sur la terre, et je ressens alors toute la détresse des Sylvains débordés et anéantis à l'idée de massacrer des animaux innocents qui les attaquent avec une férocité barbare.
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Dame Aeryn
FantasíaLe crépuscule d'une ère menace tous les peuples encore libres, les ténèbres s'étendent sur toutes les terres souveraines et le monde tel qu'il est connu s'apprête à chavirer dans l'Obscurité, sous le joug des Mages Fous, les Maîtres absolus de la ma...
