Trois jours plus tard, alors que cela faisait déjà deux semaines qu'Oshady était arrivé à Odysseis, Malaki lui annonça avec un grand sourire qu'il était désormais suffisamment guéri pour tenter de troquer sa queue pour une paire de jambes s'il le voulait. Accroupi auprès d'eux au bord du bassin, Kahu se mit à rire en voyant le regard écarquillé de leur rescapé et il lui ébouriffa gentiment les cheveux.
— Je sais qu'Eliakim meurt d'impatience de te faire visiter le reste du parc, s'amusa-t-il. Et que tu ne tiens plus en place maintenant que tu arrives à nager normalement. Alors si Malaki dit que tes muscles peuvent supporter la transformation, eh bien... allons-y !
Rayonnant d'excitation, Oshady acquiesça vivement et sourit à ses mamans lorsqu'elles lui prirent les mains pour l'aider à supporter la douleur du changement. Bien sûr, comme il n'était pas du genre à faire les choses à moitié — Kahu commençait à voir pourquoi tout le monde les comparait, Oshady et lui — il ferma les yeux et commença à changer aussitôt. Une vague plainte de douleur lui échappa, mais il continua courageusement et bientôt sa nageoire fut remplacée par deux jambes fines et maladroites.
— Tu t'en sors mieux que moi ! s'exclama Eliakim avec admiration. J'ai mis un moment avant de réussir à supporter la douleur pour me transformer aussi vite.
— C'est relatif, expliqua Oshady en lui offrant une grimace un peu triste. Après les dernières semaines, ma tolérance à la douleur n'est plus du tout la même. J'ai des courbatures depuis des jours, alors ça ne change plus grand chose à ce stade...
Le cœur serré, Kahu échangea un bref regard avec Malaki dont le visage était aussi peiné que le sien à la mention des souffrances qu'Oshady avait traversées. Mais puisque cela ne servait à rien de s'appesantir dessus, Kahu retrouva vite son sourire pour tendre les bras vers Oshady et l'aider à sortir de l'eau.
— Eliakim t'a apporté des vêtements, indiqua gentiment Malaki. Il va t'aider à t'habiller.
— Mais avant ça, intervint Kahu d'une voix plus sévère, laisse-moi jeter un œil à tes jambes pour voir l'avancée de la cicatrisation.
Parce qu'il restait avant tout un soigneur et que cela ne servait à rien de forcer Oshady à malmener ses muscles si c'était pour qu'il se blesse plus gravement encore. Tout doucement, assisté par Rahiri, il l'aida à étendre ses jambes sur la serviette que Malaki avait placée à côté de lui. Elles étaient encore bien trop maigres, les muscles pas assez solides pour lui permettre de tenir debout et les os presque apparents au niveau des genoux.
— Je ne vais pas pouvoir marcher, comprit Oshady d'un ton triste.
— Pas aujourd'hui, tempéra Kahu. Mais bientôt, tes gambettes seront assez fortes pour te soutenir. En attendant, on a apporté le fauteuil roulant pour que tu puisses quand même découvrir le parc.
Tout en parlant, il inspectait délicatement chacune de ses jambes, soulagé de voir que sa peau était aussi dorée que le reste de son corps, sans la moindre nuance trop pâle ou trop grise. La nécrose à la base de sa caudale avait laissé une vilaine marque au niveau de sa cheville, qui mettrait du temps à se résorber, mais sur laquelle ils pouvaient appliquer encore quelques soins.
— J'ai des cicatrices partout...
Avec une moue boudeuse, Oshady passa le bout de son doigt sur les traces rouges et violacées qui marbraient toute la longueur de ses jambes, depuis ses cuisses jusqu'à ses pieds. Les lésions les moins profondes étaient bien parties pour disparaître, mais Kahu savait d'expérience que les plus grave resteraient probablement très longtemps, peut-être toujours.
— Et alors ? releva Malaki avec un sourire malicieux dans la voix. Ce serait un peu dommage de ne pas en avoir, après tout ce qui t'est arrivé. Tu as survécu à une épreuve affreuse, toutes ces cicatrices sont des preuves de ta victoire, pas vrai ?
Kahu se décala un peu pour le laisser s'approcher, et son amant s'assit auprès d'eux avec un peu de maladresse, pour montrer ses propres jambes sur lesquelles s'étiraient encore les traces des terribles blessures causées par l'épave dans laquelle Kahu l'avait trouvé.
— Regarde les miennes, elles n'ont pas disparu non plus mais je ne veux pas les cacher. Déjà, elles font partie de moi, maintenant. Ensuite, eh bien elles me rappellent que je suis passé très près de la mort, mais que quelqu'un m'a sauvé. C'est un souvenir des soins que l'équipe m'a apportés, et de la tendresse de Kahu qui s'est occupé de moi jusqu'à ce que je sois guéri. Si tu demandes à n'importe qui ici, tu verras que tout le monde en a. Certaines sont plus grandes que d'autres, moins jolies aussi, mais mis à part Caden et Kahu qui en ont récolté pour avoir fait les idiots, tout le monde a seulement été blessé en essayant d'aider ou en faisant de son mieux.
La moquerie poussa Kahu à gronder un peu en lui tapant sur l'épaule, sans parvenir à cacher son sourire et la chaleur qui lui serrait le cœur face au discours de Malaki. Sa douceur et sa compréhension étaient exactement ce dont Oshady avait besoin, et Kahu n'aurait pas pensé pouvoir tomber encore plus amoureux mais il avait l'impression qu'une vague menaçait de faire déborder son cœur.
— Tu as aussi des cicatrices ? s'étonna Oshady, ce qui le tira de sa contemplation énamourée de Malaki.
— Bien sûr que oui ! rit-il. Mais moi je les ai décorées.
Il se rapprocha un peu pour lui montrer la grande ligne courbe sur son biceps tout au long de laquelle il avait fait tatouer un motif de rayons de soleil, puis la petite étoile sur le côté de son genou qui était incorporée dans la raie manta qui descendait vers son mollet.
— J'en ai pas mal, à force. Et c'est toujours amusant de trouver un moyen de les ajouter à mes tatouages. Parfois, il arrive aussi qu'elles déforment le motif, mais ce n'est qu'une raison pour changer les dessins.
Les grands yeux nacrés d'Oshady brillaient d'admiration et d'émerveillement, ce qui lui tira un nouveau rire à la fois amusé et attendri.
— Avant de commencer à réfléchir au motif que tu veux tatouer sur tes petites jambes, commence déjà par finir de guérir, se moqua-t-il gentiment. Et là, tu verras que la plupart des cicatrices vont complètement disparaître. Je vais te mettre de la pommade avant que tu ne t'habilles, ça aidera à assouplir la peau. Ensuite, Eliakim pourra te faire visiter.
Ce fut vite fait, parce qu'Oshady était un patient exemplaire, et Kahu put laisser la place à leur stagiaire qui avait passé la soirée entière à réfléchir aux meilleurs vêtements qu'il pouvait lui prêter. Finalement, il s'était décidé pour un t-shirt du parc et une longue jupe fluide qui ne pouvait que lui appartenir, étant donné qu'elle était de la même couleur que ses écailles.
— C'est mon petit ami qui me l'a offerte pour mon premier anniversaire sur la terre ferme, expliqua-t-il avec un clin d'œil. Ce sera plus confortable pour toi qu'un short qui risquerait de frotter sur tes blessures.
Enchanté, Oshady se laissa habiller avec curiosité, et Malaki le souleva ensuite pour le déposer dans le fauteuil roulant, dont Eliakim prit aussitôt les poignées. Kahu eut à peine le temps de lui rappeler qu'il ne fallait pas courir, avant que les deux ne soient partis.
VOUS LISEZ
Odysseis (1&2)
ParanormalKahurangi est une sirène, mais pas que. Il y a quelques années, il a fondé avec ses deux meilleurs amis le parc animalier Odysseis en Nouvelle-Zélande, et ils se sont donné pour mission de préserver l'océan ainsi que ses habitants. Désormais, le par...
