Epilogue.

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Il pleuvait ce jour-là, comme s'il fallait laver la ville de tout ce qui avait été dit, fait, ou aimé.

Je me tenait sur le quai d'une gare seule dans les rues de Chicago, seule sous un parapluie trop grand pour moi. Je n'attendait personne.

Pas cette fois.
J'avais trop attendu.

Trop espéré. Trop cru.

Je n'étais pas malheureuse, j'étais pas heureuse non plus. J'étais vivante. J'avais juste fini par se dire que certaines personnes sont des tempêtes : on les laisse passer, et on essaie de reconstruire ce qu'ils ont détruit.

Parfois, même les souvenirs.

Mon doigt glissa sur la reliure d'un vieux carnet en cuir. À l'intérieur, des morceaux de nous. Ou de ce qui étais nous. Des fragments de phrases, de promesses murmurées dans le noir, d'insultes jetées comme des couteaux, de silences trop lourds.

Des "mon petit cœur" tracés en lettres tremblées, mêlés à des "idiote" griffonnés dans des accès de rage.

Jayden Davies.

Il avait été tout. Mon sommet et ma chute. Le brasier et la cendre. Je l'avais aimé comme on saute dans le vide, sans filet. Il m'avais détruite comme on écrase une rose pour tester sa douceur.

Je l'appelait Lucifer pas vrai. Et Lucifer ne change pas, même par « amour »



Mais ce que personne n'avait compris, c'est qu'elle ne l'avait jamais aimé malgré sa noirceur. Elle l'avait aimé à cause d'elle. Parce que dans ce chaos, dans ce déluge de violence, de silence, de feu et de glace, il avait été le seul à vraiment la voir.

Et parfois, être vu, c'est suffisant pour aimer quelqu'un au point de s'oublier.

Valentina avait survécu à l'enfer. À son père, à sa vie, à sa propre histoire. Elle était partie pour se sauver. Elle était restée loin pour ne plus jamais retomber.

Mais certains soirs, quand l'orage grondait au loin, elle posait sa main sur son ventre. Vide. Et elle pensait à ce qu'ils auraient pu être. À ce futur qui n'était jamais né.

Je l'aimait encore. Je le haïssait encore. Je l'aimait de cette haine-là, la pire. Celle qui t'arrache à toi-même.

Je n'avais pas refait ma vie, pas encore. Mais j'avais quelqu'un pour moi, il étais pas comme Jayden, rien comme Jayden mais... il étais présent.

Jayden, lui, n'était plus l'homme qu'il avait été. Il ne portait plus d'armes, plus de masques, plus de colère. Il portait juste l'absence. Il vivait entouré de souvenirs, de regrets, de fantômes.

Il n'avait pas refait sa vie. Il avait été forcé par le loup. Des rendez-vous sans goût. Mais personne n'avait ses yeux. Personne ne lui tenait tête comme elle. Personne n'avait ce parfum de feu et de peur.

Il avait signé les papiers du divorce comme on signe un arrêt de mort. Il n'avait jamais eu le courage daller la voir. Pourtant, dans un coffre-fort au fond de son bureau, se trouvait une photo d'elle. Elle riait, cette fois-là. C'était rare. Il ne se souvenait même plus pourquoi.

« j'ai a tout gâché »,

Mais il le savait. Ils ne pouvaient pas être ensemble. Ils s'aimaient trop. Trop fort, trop mal. Et cet amour-là, ce genre d'amour, finit toujours par exploser. Par laisser des cicatrices au fer rouge.

Elle est dans mon sang. Elle est partout. Même quand je respire, elle est là.

Car il n'avait pas le droit de la réclamer. Pas après ce qu'il lui avait fait. Pas après l'avoir brisée alors qu'elle n'avait demandé qu'un peu d'amour.

Si ça tenait qu'un lui, elle serai encore là. Mais c'est son père. Cette ordure.

Il lui avait tout pris.

Et elle était partie.

Mais elle n'avait jamais cessé d'écrire.

Il y a des gens qui sont faits pour vivre dans nos cœurs, mais pas dans nos vies.

Elle l'avait aimé.
Elle l'aimait encore.
Mais il avait choisi de vivre. Sans elle.

Et c'était ça, la véritable victoire.

Elle avait enfin pu écrire sa propre histoire.

Et lui, il resterait un chapitre qu'on relit parfois, en silence, quand tout le monde dort.

Une histoire impossible.

Mais belle.

Fin...

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